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Rome, naissance d’un empire / Stéphane Bourdin, Catherine Virlouvet 14/07/2021

Posted by Rincevent in Mes lectures, Mondes anciens - Belin.
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Et enfin le voilà ! Deux ans après la sortie du premier volume de cette trilogie, voilà enfin le premier volume dans l’ordre chronologique ! Rome, naissance d’un empire de Stéphane Bourdin et Catherine Virlouvet vient donc de paraître chez Belin dans la collection Mondes anciens. C’était un régal. Voir aussi le billet sur le tome suivant, celui sur la fin de l’empire et celui sur le Proche-Orient romain.
ISBN 9782701164953

Rome, naissance d'un empire / Stéphane Bourdin, Catherine Virlouvet

Rome, naissance d’un empire / Stéphane Bourdin, Catherine Virlouvet

J’attendais avec une certaine impatience ce volume car les débuts d’une civilisation se perdent toujours dans la légende, le mythe et l’imprécision. J’avais donc très envie de savoir ce qu’historiens et archéologues avaient réussis à mettre au clair à partir des très rare sources écrites et de ce que le sous-sol leur avait conservé. Toujours aussi richement illustré et cartographié, ce volume nous fait découvrir une jeune Rome qui, dès le début, se pose comme une ville de bonne taille. C’est que, par le phénomène de fusion de plusieurs communautés et villages (ce qu’on appelle le synœcisme), Rome naît presque déjà la plus grande agglomérations de la péninsule italienne et distance rapidement ses rares rivales de l’époque. Très intéressant aussi est le paysage culturel italien de l’époque, la notion même d’Italie venant des Grecs et ne désignant au départ que le Sud qu’ils étaient en train de coloniser, le Nord du pays situé au-delà des Apennins et comprenant la plaine du Pô était pendant longtemps considéré comme terre étrangère (tout comme les îles). C’est l’époque où l’Italie que l’on connait était une mosaïque de langues très diverses : des langues pré-indo-européennes (étrusque, rhétique, camunien), des langues indo-européennes issues des rameaux celte (gaulois, voire ligure), illyrien (le messapien qui semble apparenté à l’albanais actuel), grec et enfin italique à travers trois grands groupes de langues : l’ombrien au Nord, l’osque au Sud et deux petites langues alors peu parlées, le latin et le falisque à l’Ouest.

Les langues d'Italie à l'âge du fer - Wikicommons

Les langues d’Italie à l’âge du fer – Wikicommons

L’histoire de cette jeune Rome est tumultueuse (assez littéralement, tumultus signifiant en latin l’état d’urgence nécessitant une levée en masse). On est dans un monde qui admire la Grèce et qui est constitué de cités-États qui se fédèrent, s’allient, se trahissent en permanence. Si Rome appartient à la ligue latine, son poids croissant lui aliène progressivement les cités « amies ». En dépit des cartes il est parfois difficile de suivre qui fait quoi et où car les conflits étaient nombreux et se déroulaient dans des espaces relativement réduits où quelques kilomètres seulement séparaient alliés et ennemis. Au niveau institutionnel j’ai beaucoup apprécié la clarté des auteurs qui ont veillé à présenter l’organisation primitive qui allait changer. S’il est facile de comprendre que les rois de Rome (pas toujours latins eux-mêmes) étaient élus par les chefs des communautés originelles pour arbitrer les conflits, il est moins évident de cerner au départ que la société d’alors connaît une triple répartition : en tribus (reflétant peut-être la composition ethnique d’une époque très reculée), en curie (probablement au départ la simple appartenance à une communauté fondatrice) et en centurie. Basée sur le niveau de fortune, cette dernière répartition détermine le poids politique des classes sociales : plus on est riche plus on a les moyens de se payer de l’armement, plus on a voix au chapitre ; à l’inverse les pauvres sont des « prolétaires », ils ne comptent que pour les enfants qu’ils fournissent à la cité et ne participent souvent pas aux votes. Ainsi si au départ une centurie était une compagnie militaire d’une centaine d’hommes, à la fin de la république des milliers de prolétaires s’entassaient dans quelques centuries alors que des centaines de riches constituaient 98 centuries.

Une fois que la fonction monarchique a perdu l’essentiel de ses pouvoirs pour être réduite à des fonctions religieuses (le rex sacrorum) la Rome se transforme progressivement en république, instaurant diverses charges civiles. Les auteurs nous font bien comprendre qu’on est dans un monde inégal où les riches dominent, toutefois pas sans que la plèbe n’aient les moyens de manifester son mécontentement. C’est un monde profondément conservateur où on n’écarte pas les traditions et fonctions obsolètes, on les maintient simplement, vidées de leur sens premier. Pour autant, ce n’est pas un monde fermé, la Grèce et dans une moindre mesure l’Orient exerçant une forte influence religieuses et culturelle dès l’époque archaïque. C’est aussi un monde tiraillé entre l’envie d’étendre son autorité sur un périmètre de plus en plus large, officiellement seulement pour se défendre mais souvent par envie de ramener du butin, et l’envie de rejeter le luxe et l’interventionnisme. C’est un monde qui admire les hommes forts capables d’obtenir la victoire et la gloire mais craint qu’ils ne soient tentés par le pouvoir personnel. Un monde qui proclame l’égalité de tous dans la loi et la possibilité d’intégrer le corps civique mais a beaucoup tergiversé avant d’accorder la citoyenneté romaine à d’autres cités d’Italie. Le vainqueur d’un jour peut donc facilement devenir le condamné du lendemain (voire le défunt dans certains cas). Socialement, c’est un monde où l’homme idéal ne travaille pas, possède de grands domaines cultivés par des esclaves (souvent prisonniers de guerre), mais ne s’abaisse pas non plus à prendre part au commerce et qui se doit de participer à la vie politique de la ville par le vote ou en devenant magistrat.

Bref, c’était vraiment une lecture très sympathique et qui, en ce ce qui me concerne, est probablement indispensable avant de lire les volumes suivants pour mieux comprendre l’origine des institutions romaines et les tensions qui ont pu laisser des traces en Italie et dans la société de Rome elle-même. En fin d’ouvrage, comme toujours, la rubrique l’Atelier de l’historien nous propose d’abord un résumé des des institutions de la république puis aborde le problème des sources et de leurs biais. Une chronologie et un lexique se révèlent très utiles.

Commentaires»

1. rudolphesplesdin - 14/07/2021

L’idéal n’est plus ou pas pareil et puis çà m’étonnerait qu’il n’est pas d’idée le reste est une histoire de bras signé la louve


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