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Naissance de la Grèce : de Minos à Solon / Brigitte Le Guen, Maria Cecilia d’Ercole, Julien Zurbach 08/08/2019

Posted by Rincevent in Mes lectures, Mondes anciens - Belin.
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Et nous revoici plongés de nouveau dans l’Antiquité la plus ancienne, pour retrouver la Grèce d’avant la Grèce et la Grèce archaïque. Naissance de la Grèce : de Minos à Solon a été dirigé par Brigitte Le Guen et coécrit par Maria Cecilia d’Ercole et Julien Zurbach et est paru en avril dernier, toujours chez Belin dans la collection Mondes anciens.

Naissance de la Grèce : de Minos à Solon / Brigitte Le Guen, Maria Cecilia d'Ercole, Julien Zurbach

Naissance de la Grèce : de Minos à Solon / Brigitte Le Guen, Maria Cecilia d’Ercole, Julien Zurbach

Si j’aimais beaucoup l’antiquité grecque quand j’étais gamin, en raison de certain dessin animé japonais entre autres, je ne m’étais pas replongé dans la période depuis et n’avais lu que le livre de Walter Burkert sur la religion grecque antique (passionnant par ailleurs !). Toujours aussi intéressant et richement illustré (et cartographié), ce volume nous fait découvrir le passé lointain de ce qui deviendra la Grèce. Rien que l’introduction nous amène à imaginer un paysage très différent de celui auquel le nom du pays renvoie : à la fin de la préhistoire, ce n’est pas encore une terre aride mais une contrée verdoyante et couverte de forêts primaires qui se jettent abruptement dans la mer. Des siècles de défrichages épuiseront vite la couche de terre fertile que le ruissèlement transportera des kilomètres plus bas pour constituer des plaines côtières propices à la vie agricole. La géographie fait aussi que la Grèce sera un pays de morcellement humain, qui sera partagé entre différentes cultures : Hellade (Grèce continentale), Crète et îles voisines, Cyclades et régions avoisinantes de Troie ou encore Chypre. C’est en Crète que l’histoire commence, cette Crète que la tradition attribue au roi Minos du mythe. On y observe une civilisation développant l’écriture, le linéaire A pas encore déchiffré et dont on ne sait s’il écrit un dialecte grec ou pas, autour de « palais » qui semblent régir l’économie et insérer l’île dans des circuits commerciaux à longue distance. Faute de comprendre les quelques écrits laissés on ne sait rien des Minoens. Des troubles se produisent à certaines périodes, conduisant à des destructions de palais, parfois reconstruits. Il semble que la civilisation mycénienne qui s’impose par la suite a prospéré dans le mercenariat auprès de grandes puissances du moment, comme l’Égypte, mais aussi dans la piraterie. Elle a laissé des textes écrits et déchiffrés en écriture linéaire B. De ces textes, qui ne nous sont parvenus que parce que leurs tablettes d’argile ont cuit dans des incendies, on ressort quelques données économiques et « administratives » mais on ne sait toujours rien de l’organisation sociale et on ne connait aucun nom de roi, à supposer qu’il s’agisse bien de rois. Le vocabulaire utilisé pour ceux-ci et leurs domaines se retrouvera plus tard dans les épopées archaïques, associé aux divinités, les rois archaïques réutilisant le titre d’agents des palais dont on ne sait pas davantage.

Présentation du livre par Maria Cecilia d'Ercole

J’ai été très intéressé par les passages abordant les invasions des Peuples de la Mer, dont on ne sait toujours pas exactement qui ils étaient mais qu’on peut soupçonner d’être un mélange de peuples commerçants de Méditerranée (Sardes, Siciliens ou autres). De même, la période dite des âges sombres séparant la fin de l’époque mycénienne du début de la Grèce archaïque est peu à peu éclairée par les progrès de l’archéologie qui révèle le processus par lequel la population, malgré un net déclin démographique, continue un temps à vivre comme au temps des palais avant de se regrouper peu à peu en villages dont les chefs seront probablement à l’origine des rois fondateurs des futures cités. Il est ainsi très intéressant de découvrir que les dialectes mycéniens parlés dans toute la Grèce ne sont pas les prédécesseurs des dialectes grecs archaïques qui suivront, ce qui reflète l’arrivée des populations doriennes et ioniennes qui refoulèrent les maîtres des palais et imposèrent sans doute leurs propres dialectes. Faute d’écriture, la chronologie, sans cesse réajustée, repose presque uniquement sur le style des poteries retrouvées. On s’étonne et on se passionne en découvrant la façon dont les Grecs percevaient et interagissaient avec le reste de leur monde : mouvement d’essaimage colonisateur à travers toute la Méditerranée (se déroulant non sans heurts avec les populations autochtones ni même les autres Grecs) ; Épire et Macédoine au Nord, dont les Anciens débattaient pour savoir s’il fallait les considérer comme Grecs ou non ; cultures d’Asie mineure (Lydie, Phrygie) qui eurent un impact important sur les Grecs, tout comme les Phéniciens, Étrusques et Égyptiens, etc. Bien entendu toutes les parties relatives à la culture, à l’économie, au savoir sont fascinantes et on se plaît à voir apparaître des notions que nous utilisons encore de nos jours. S’il est impossible de retracer l’histoire complète de chaque cité, j’ai beaucoup aimé la fin de l’ouvrage qui présente le temps de crise du VIe siècle qui voit les institutions ébranlées puis réformées par des hommes providentiels devenant tyrans (ils sont arrivés au pouvoir en dehors de la voie légale) ou législateurs (eux ont respecté les règles). Ce qui est rigolo c’est qu’il a pu y avoir des bons tyrans ayant laissé un bon souvenir et des législateurs ineptes qui se sont fait renverser.

Dans l’atelier de l’historien qui se trouve en fin d’ouvrage on retrouve des portraits des fondateurs de l’archéologie grecque : Schliemann le découvreur de Troie ; Evans, l’inventeur de la Crète Minoenne ; Ventris et Chadwick qui déchiffrèrent le linéaire B. Nous avons aussi une présentation des problèmes de chronologie liés, entre autres, à l’absence de sources écrites et à l’usage de calendriers différents par chaque cité. Suivent des pistes de recherche, notamment sur l’exploration des milieux ruraux et l’histoire environnementale, ainsi qu’une réflexion sur la notion de palais attribuée un peu arbitrairement aux bâtiments les plus anciens et les plus massifs. Un glossaire explique les termes techniques, ce qui est toujours utile et une chronologie générale permet de revoir le déroulement des périodes.

Commentaires»

1. Angelilie - 12/10/2019

J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte et blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir.


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