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Sanglantes bannières : la pompe martiale sur le champ de bataille médiéval / Robert W. Jones 05/07/2019

Posted by Rincevent in Mes lectures.
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Encore une petite lecture fort intéressante, repérée en lisant le Manuel d’héraldique de Laurent Hablot. Bloodied banners : martial display on the medieval battlefield est paru en 2010 chez Boydell Press.

Bloodied banners : martial display on the medieval battlefield / Robert W. Jones

Bloodied banners : martial display on the medieval battlefield / Robert W. Jones

Un bouquin très intéressant sur la manière dont le chevalier (et même la société médiévale d’une manière générale) se percevait et se mettait en scène. L’héraldique est évidemment abordée mais n’est qu’un des points sur lesquels l’auteur se penche. On part ceci dit de celle-ci pour analyser le besoin du combattant médiéval de se faire reconnaître. Il ne s’agit pas tant de se faire identifier, même pas par ses armoiries – sur un champ de bataille rassemblant des milliers de personnes il s’agit de toute façon d’un vœu pieux (sans compter nombre de cas où des gens portant des armoiries très proches voire identiques se font face) – que de se faire socialement reconnaître. L’armoirie, tout d’abord, sert à signaler le statut chevaleresque et donc la valeur martiale mais aussi pécuniaire de l’individu qui peut dès lors espérer une fin honorable et une capture donnant lieu à rançon. Laquelle rançon ne s’applique jamais aux fantassins et archers. De même, si jamais il est annoncé qu’on ne fera pas de prisonnier, l’armoirie devient un signe encombrant dont il faut se débarrasser bien vite si on veut sauver ses miches.

Outre les armoiries qui aux XIIe et XIIIe siècles pullulent sur tous les supports possibles (écu, évidemment, mais aussi tenue du chevalier, housse de son cheval, bannières, etc.), l’auteur présente les autres objets qui, à l’époque, servent au combattant à proclamer son existence. Il peut s’agir de drapeaux comme les bannières, pennons ou gonfanons dont la présence ne sert pas que de point de ralliement mais permet aussi de donner des instructions, au point de provoquer une débandade si jamais ils viennent à être pris par l’ennemi et dont le déploiement est un des deux signes qui annoncent que le sang va désormais irrémédiablement couler. D’ailleurs, autant l’auteur est très intéressant à ce sujet autant il traduit avec une certaine inconséquence les termes français, trahissant ainsi le sens des phrases. Ainsi un gonfanon ou un pennon peuvent devenir une bannière ou inversement. Dans la mesure où il ne s’étend pas sur leurs différences ça ne porte pas trop à conséquence mais il s’agit d’objets différents d’importances différentes. L’autre objet phare de la bataille est le casque (ou heaume) qui, dès lors qu’il est porté, annonce le point de non-retour tout comme la bannière déployée. Armoiries, bannières et heaumes incarnent l’individu et se substitue même à lui, soit lors de batailles ou un roi peut céder la place à un chevalier jouant son rôle le temps de se faire soigner, par exemple, soit lors de funérailles ou le chevalier en grande tenue héraldique (sous laquelle se cache un individu spécialement payé pour) suis son « propre » cercueil jusqu’à l’église, ou même encore lorsqu’il s’agit d’exercer son autorité par l’intermédiaire d’un agent.

L’auteur présente aussi l’influence et l’impact de l’épée, d’abord rare et chère au point de servir de substitut au seigneur avant de perdre un peu d’importance. Le cheval, bien qu’étant indissociable du statut de chevalier et hors de prix, n’est paradoxalement pas spécialement mis en valeur. Contrairement à l’armure qui, elle, est valorisée voire donne lieu à des excès de luxe et est même largement détaillée dans les romans de chevalerie, le cheval n’apparait que comme un accessoire nécessaire dont on ne mentionne que très exceptionnellement le nom. L’armure reçoit donc toutes les attentions, suit même les évolutions de la mode civile (imitations de plis, entrejambe proéminent sous Henri VIII) et sert de support à la dévotion du chevalier qui se place sous la protection divine, via des gravures de figures mariales, par exemple. L’ambiance sonore d’une bataille est aussi abordée via les cris de guerre et trompettes, de même que le système des devises qui se répandit dans la société à compter du XIVe siècle, suivant partiellement l’évolution des armées féodales (le roi appelle ses vassaux qui viennent s’ils le peuvent) vers un modèle moderne (des combattants professionnels non-nobles sous contrat).

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