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Tibet : les derniers mois d’une nation libre, les relations indo-tibétaines (1947-1962) / Claude Arpi 09/04/2018

Posted by Rincevent in Le Tibet, Mes lectures.
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Voilà une petite lecture tibétaine que j’avais déniché sur Amazon. Tibet : the last months of a free nation, India – Tibet relations (1947-1962) de Claude Arpi est paru en 2017 chez Vij books. C’est un premier tome, une suite est à prévoir. J’avais découvert l’histoire du Tibet il y a longtemps avec un autre ouvrage (en français) de Claude Arpi intitulé Tibet : le pays sacrifié. Petite précision : l’auteur écrit dans le cadre du United Service Institution of India, un think tank indien qui se spécialise dans les questions de défense et de stratégie. C’est bon à garder en tête quand on lit l’ouvrage. Lire aussi mon billet sur l’accord en dix-sept points de 1951.

Tibet : the last months of a free nation, India - Tibet relations (1947-1962) / Claude Arpi

Tibet : the last months of a free nation, India – Tibet relations (1947-1962) / Claude Arpi

Le livre nous présente donc les dernières années du Tibet indépendant en se concentrant sur les relations qu’il entretenait avec l’Inde. C’est assez intéressant, ne serait-ce que pour constater le haut niveau d’incompétence du gouvernement tibétain. En 1947 l’Inde devient indépendante et doit assumer les droits et devoirs que le gouvernement britannique avait négocié pour elle avec ses voisins. L’Inde hérite donc des missions diplomatiques et des comptoirs commerciaux au Tibet. Pas très à l’aise avec ces reliques de l’ère coloniale, Nehru souhaite cependant que le Tibet confirme que les engagements antérieurs ont toujours cours. Hélas pour lui, les Tibétains vont tergiverser pendant de nombreux mois, pour une raison propre à leur mode de gouvernement : tant que le Dalaï-lama est mineur personne n’ose prendre de décision qui pourrait être désavouée lorsqu’il accèdera au pouvoir. C’est un immobilisme institutionnalisé qui stupéfie et irrite d’autant plus Nehru que Lhassa se paie le luxe de réclamer la restitution d’un certain nombre de territoires sous administration indienne ! Ce n’est qu’après de longs mois et des menaces voilées d’instaurer des barrières douanières sur les exportations de laine que les Tibétains acceptent, oralement, de reconnaitre l’Inde comme héritière de la Grande-Bretagne. Mais ce n’est que le début, car voilà que les communistes s’imposent en Chine et proclament leur volonté de réintégrer le Tibet à la mère patrie. Si les Indiens ne voient pas tous d’un très bon œil la perspective d’avoir une frontière commune avec la Chine, Nehru et Panikkar, son ambassadeur à Pékin, ont les yeux pleins d’étoiles. L’un comme l’autre rêvent de se tailler une stature internationale d’apôtre de la paix. Dans ce contexte, un Tibet indépendant les gêne plus qu’autre chose.

Nehru, tout à son rêve, ne cesse d’inciter les Tibétains à négocier avec les Chinois. Hélas, quelques écueils se présentent. S’il déconseille, malgré tout, aux Tibétains de se rendre en Chine pour négocier en terrain défavorable au profit d’un territoire neutre comme Hong Kong, ceux-ci n’obtiennent pas l’accord des Britanniques qui ne veulent pas les laisser transiter par leur colonie. Tibétains et Indiens sont du reste baladés par Pékin, pensant que des négociations retarderaient la mise en route des troupes chinoises alors qu’il ne s’agit en définitive que d’une manœuvre dilatoire. En dépit des illusions de Nehru, les premières accusations d’impérialismes visant l’Inde sont lâchées. Mais l’affaire tibétaine se corse quand éclate la guerre de Corée. Ce conflit violent est pour Nehru une priorité qui justifie qu’on laisse tomber le Tibet : pour défendre la paix dans le monde et obtenir la supposée amitié d’une Chine censée se joindre au concert des nations, on est prêt à sacrifier le Tibet ainsi que la sécurité des frontières indiennes. Pékin manipule à merveille Panikkar, lui faisant entendre ce qu’il veut entendre, car Panikkar a l’oreille de Nehru. Un magnifique agent de désinformation. En novembre 1950 les Tibétains sont, quant à eux, plongés dans leur saison de piques-niques et de théâtre quand les troupes chinoises défont les leurs, bien moins entrainées et équipées.

Les Chinois s’arrêtent à Chamdo, dans le Kham, car ils n’ont pas encore les moyens d’avancer jusqu’à Lhassa mais ils travaillent d’arrache-pied pour bâtir des routes en territoire conquis. Le territoire indien du Nord-Est, partiellement administré par Lhassa, commence à sentir la présence des troupes chinoises puisque celles-ci font appel aux populations tribales installées de chaque côté de la frontière pour leurs travaux. Les autorités locales, bien qu’occupées par les réparations consécutives à un tremblement de terre, prennent la mesure du risque et ferment la frontière autant que possible. La capture d’un soldat chinois déguisé en lama provoque l’arrivée des fusiliers de l’Assam, une force de police paramilitaire. On choisit également d’occuper activement la région de Tawang, liée au puissant monastère de Drepung, ce qui soulève des commentaires indignés de la part des Tibétains. Désormais conscients des événements, ceux-ci choisissent de se tourner vers l’ONU. Pas grâce à l’Inde, qui les laisserait passer sans les soutenir, mais grâce au Salvador qui soulève la question. L’Inde fera tout son possible pour ralentir et décourager toute discussion sur le sujet. Pour ne pas compromettre la paix et mettre en danger « l’influence » qu’elle croit exercer sur la Chine… Les puissances occidentales susceptibles d’aider le Tibet choisissent de se caler sur la politique indienne, ne pouvant de toute façon accéder au pays sans l’accord de son voisin méridional. En décembre 1950 le sujet est enterré. Les échanges sont d’autant plus compliqués que les interlocuteurs tibétains sont éparpillés : une partie du gouvernement est restée à Lhassa mais le Dalaï-lama et les ministres restants sont réfugiés à Yatung, près de la frontière indienne, tandis que l’ancien gouverneur du Kham Ngaphö Ngawang Jigme discute aussi avec les Chinois. En février 1951, les Tibétains se résolvent à envoyer une délégation à Pékin. Les négociations sont de pure forme car il n’y a plus rien à discuter (l’auteur parle d’accord obtenu sous la menace et la contrainte, ce que Tsering Shakya conteste). Le destin du Tibet est désormais tracé.

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Commentaires»

1. Angelilie - 09/04/2018

J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte. blog très intéressant. Je reviendrai. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir

Rincevent - 09/04/2018

Merci beaucoup pour votre commentaire et ravi que la lecture vous ait plu. Au plaisir de vous recroiser.


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