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La République imaginée : 1870-1914 / Vincent Duclert 13/05/2016

Posted by Rincevent in Mes lectures.
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Oui alors, avant toute chose en effet, je n’ai pas fait de billet pour le tome précédent, La révolution inachevée : 1815-1870 de Sylvie Aprile. Parce que la flemme, parce que j’ai trainé à le lire et que voilà. Bref, La République imaginée : 1870-1914 de Vincent Duclert est sorti en 2010, toujours chez Belin. À sa lecture, on comprend mieux pourquoi les gens de l’entre-deux-guerres avaient appelé cette période la Belle Époque, tant l’existence semblait rétrospectivement insouciante et optimiste après le carnage.

La République imaginée : 1870-1914 / Vincent Duclert

La République imaginée : 1870-1914 / Vincent Duclert

Que dire ? Je n’attendais pas grand chose de cette période charnière et au final c’était assez intéressant. On voit notamment comme ce qui n’est déjà plus le Second Empire vit, et survit à l’occupation prussienne, marquant l’ascension d’un certain nombre de personnes, en premier lieu Gambetta. Inutile de s’appesantir sur la Commune tant cet événement a dû être ressassé, la suite m’a déjà plus plu, notamment les décennies 1880-1890 où la forme du gouvernement perdure sans être tranché. Il est presque amusant de voir un pays vivre quinze ans avec un gouvernement provisoire dont tout le monde se demande s’il va tomber dans la restauration monarchique ou la république, et à quel moment. Il est fascinant aussi de voir à quel point la répression féroce (qu’elle soit physique ou politique) qui suivit la Commune fit le lit des républicains jusqu’à ce qu’ils poussent Mac-Mahon à la démission. C’est donc une république sans vraie constitution qui s’assume comme telle à partir de la fin des années 80, mais qui conquiert bien des cœurs. Je dois dire que certaines citations des grands hommes de la république résonnaient particulièrement intensément à l’heure actuelle. Pour autant, la liberté parlementaire patine vite et s’englue dans la corruption et le conservatisme au moment même où bien des Français réclament du changement. C’est aussi la période où le patriotisme ouvert et tolérant se transforme peu à peu en nationalisme exclusif, qui tolère d’ailleurs de moins en moins bien qu’une bonne partie des Français se détourne de la Revanche et des provinces perdues.

Je m’attendais bien entendu à ce qu’il soit question de l’affaire Dreyfus, mais je n’avais jamais compris le degré de violence et le choc qu’elle avait représenté pour la nation. Outre les déboires personnels du bonhomme, dont la force de caractère et la droiture étaient vraiment admirables, j’ai aimé lire les effets de l’onde de choc morale qui se propageait dans l’opinion. L’auteur nous précise d’ailleurs la différence entre dreyfusard (défenseur du capitaine au nom de l’injustice subie), dreyfusiste (outre l’injustice individuelle, l’affaire est une occasion en or pour dénoncer et réformer un peu) et dreyfusien (les mous, qui ne se mirent à bouger que quand les nationalistes commencèrent à menacer l’ordre et le pouvoir). Tout aussi intéressant, et révélateur, furent la convergence et la fusion qui se joua entre royalistes, nationalistes et antisémites, qui au nom de la défense de l’honneur de l’armée (pourtant prise la main dans le sac à mentir) déversèrent des torrents de haine et projetèrent et tentèrent plusieurs coups d’État. On comprend mieux dès lors ce qui se joua lors de l’occupation… Tout aussi intéressante fut la vie politique après l’affaire, où la gauche put réformer un peu en instaurant le dimanche chômé et la limitation de la durée de travail. Ce qui n’empêcha pas les parlementaires de s’enliser de nouveau dans la petite politique et la confrontation brutale avec l’Église catholique. Là encore certaines citation au sujet des rapports entre l’État et les religions étaient d’une actualité brûlante. C’est avec une certaine tristesse qu’on voit aussi les leçons de l’affaire Dreyfus s’effacer lentement des esprits alors que ceux-ci s’échauffent progressivement à chaque différent colonial impliquant l’Allemagne et que la revanche devient enfin, quarante ans après, un sujet d’actualité. On a de la peine pour le pauvre Jaurès qui pissa dans un violon en s’efforçant d’arrêter la marche à la guerre. Intéressante aussi fut la partie abordant la colonisation et la quasi-unanimité qu’elle fit en France (là pour le coup ce fut Clémenceau qui pissa dans un violon), personne ne voulant voir la contradiction entre les idéaux affichés par la république, et le déni de justice qu’elle imposait aux colonisés.

Comme toujours, l’atelier de l’historien nous présente ensuite les sources, pléthoriques car la période est celle du règne de la presse et des médias imprimés, mais aussi l’historiographie de la période, notamment la vision qu’en développèrent les historiens étrangers, et les grandes idées qui survécurent de ces années jusqu’à nos jours.

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