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Histoire de la Chine : des origines à nos jours / John King Fairbank, Merle Goldman 05/10/2015

Posted by Rincevent in Mes lectures.
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Après avoir visité l’histoire de la Corée, je me suis dit, tiens, allons donc jeter un coup d’œil à la Chine. Histoire de la Chine : des origines à nos jours de John King Fairbank (complété par Merle Goldman) est sorti en 2010 chez Tallandier… C’est une traduction d’une mise-à-jour de 2006, la première édition datant de 1992. L’ouvrage, ne traitera donc pas les événements de la décennie passée.

Histoire de la Chine : des origines à nos jours / John King Fairbank, Merle Goldman

Histoire de la Chine : des origines à nos jours / John King Fairbank, Merle Goldman

Alors que dire ? L’ouvrage affiche une ambition certaine puisqu’il va lui falloir synthétiser toute l’histoire de la Chine, et ça commence à faire beaucoup puisque les premières traces d’écritures remontent à la dynastie Shang, soit il y a plus de trois mille ans. Autant dire que dans un ouvrage de moins de sept cent pages, l’auteur a dû condenser. Les premiers chapitres m’ont un peu fait l’effet d’une cavalcade au cours de laquelle on a à peine le temps de croiser certaines dynasties qui, certes, ont aussi pu être très très brèves (Qin, Han, Sui, même les Yuan). J’ai eu un peu de mal avec les nuances du confucianisme qui, comme toute construction humaine, a connu ses propres évolutions. Les premières dynasties m’ont un peu fait l’effet d’être constituées d’une bande de fous furieux mégalos n’hésitant pas à faire zigouiller, pour chaque ministre suspecté de complot, leurs proches, leurs voisins, les proches des voisins et jusqu’aux puces du chien. La première moitié de l’ouvrage couvre donc les origines semi-légendaires jusqu’à l’arrivée au pouvoir des Qing, dernière dynastie d’origine mandchoue. C’était néanmoins intéressant, notamment les passages sur les Song qui étaient tellement raffinés qu’ils méprisaient profondément la violence et les militaires qui l’exerçaient. Nul doute que leurs envahisseurs (Khitans, Jürchens puis Mongols) leur en surent gré après les avoir progressivement conquis, même si ce ne fut que temporaire. Les Ming aussi m’intéressèrent assez par le contraste entre la prospérité dont ils bénéficièrent et leur attitude résolument hostile envers le commerce : faire de l’argent c’est sale, ça permet aux gens de se démarquer, et donc ça perturbe l’ordre social. Donc c’est à limiter au maximum. L’obsession de l’ordre social et l’absence total de contre-pouvoir (sauf à renverser l’empereur, mais c’est quitte ou double) conduisit à nombre de situations assez ubuesques, comme ce fils qui voulut protéger son père dans une rixe mais le poignarda accidentellement, et vit sa peine de mort par décapitation gracieusement commuée en peine de mort par démembrement parce qu’il avait tenté de le défendre…

La seconde partie nous montre donc de nouveaux envahisseurs se faire une place en Chine et prospérer dans un premier temps avant que la pression démographique commence à susciter des rébellions de plus en plus difficilement écrasées, au moment même où les puissances étrangères, lasses de réclamer l’assurance d’être traitées comme des égales, décident tout simplement de passer en force. Après une tentative de restauration de l’autorité dans le pays, la dynastie sombre comme tous ses prédécesseurs, faute d’avoir su écouter la population réduite à la misère. Le XXe siècle, chaotique, se taille évidemment la part du lion. Il est intéressant de voir comment les révolutionnaires chinois ont donné naissance aux partis communistes et nationalistes, d’abord alliés de mauvaise grâce sous les conseils soviétiques, puis ennemis irréductibles entre 1927 et 1936, la Seconde Guerre mondiale ne marquant pas les esprits par leur collaboration acharnée. J’ai été intéressé par la présentation du régime nationaliste, qui s’est très vite compromis avec la pègre et se détourna de la révolution au fur et à mesure que l’administration corrompue remplaçait les militants. Point de régime capitaliste, bien au contraire ! Les nationalistes s’avèrent être de véritables prédateurs qui extorquent tout ce qu’ils peuvent des commerçants et peinent à mettre en place une politique économique cohérente (si tant est qu’ils en aient eu). La guerre ne fit que révéler l’incompétence d’un régime coincé entre ses rivaux communistes, les Japonais et les seigneurs de la guerre locaux dont il fallait acheter la tranquillité. La guerre civile perdue, les nationalistes s’installèrent à Taiwan où ils purent joyeusement broyer la population locale qui avait eu le tord de subir des décennies de colonisation japonaise (et une vie somme toute plus prospère et tranquille que leurs cousins du continent). Très intéressants aussi les chapitres montrant comment Mao est passé du statut de chef rebelle à celui de chef d’un État dont il se méfia vite car toute administration nécessite une spécialisation et suscite un certain conservatisme. Ses erreurs répétées et sa volonté de maintenir une révolution permanente en orchestrant, notamment par la révolution culturelle, la chute de ceux qu’il avait promus plongèrent le pays dans l’instabilité et une quasi-guerre civile à laquelle il eut lui-même du mal à mettre un terme. Sa mort s’accompagna d’un retour des victimes de purges résolues à ne plus laisser un seul homme concentrer tout le pouvoir, des victimes qui avaient pu constater de leurs yeux l’état des campagnes et la misère qui y régnait. La volonté de ne plus tomber dans le n’importe quoi sonna le glas progressif de la collectivisation et permit à la Chine d’arriver à la prospérité qu’on lui connait actuellement.

Ah, et sinon le Tibet est quasiment absent de ce bouquin et n’apparait qu’à travers les bouddhistes tibétains qui influencèrent les cours Yuan et Qing, ainsi que par les émeutes de 1989. Et c’est tout, à moins que j’ai raté quelque chose.

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