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Histoire de la Corée : des origines à nos jours / Pascal Dayez-Burgeon 23/07/2015

Posted by Rincevent in Mes lectures.
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Voilà une lecture qui me tentait depuis un petit bout de temps. J’avais vu ce titre et l’avais pris pour la bibliothèque, et j’ai donc profité des vacances pour me plonger dans le passé du pays au matin clair et frais (ah oui, le nom « pays du matin calme » c’est une bourde de traduction en fait). Histoire de la Corée : des origines à nos jours de Pascal Dayez-Burgeon est paru en 2012 chez Tallandier.

Histoire de la Corée : des origines à nos jours / Pascal Dayez-Burgeon

Histoire de la Corée : des origines à nos jours / Pascal Dayez-Burgeon

C’était un ouvrage très intéressant à lire, car je ne connaissais pas grand chose à la Corée jusque-là, en dehors de quelques grandes lignes. On y découvre donc que les ancêtres des Coréens occupaient, et leurs descendants y sont toujours, une partie de la Chine du Nord-Est (Liaoning et Mandchourie) ; que leurs débuts sont turbulents et que pendant plusieurs siècles, les Coréens sont divisés en de multiples confédérations tribales et principautés, se battant entre eux et contre leurs voisins Chinois jusqu’à ce que ces derniers viennent instaurer des commanderies pour administrer partie de la péninsule. Comme tous les pays, la Corée connait des phases de prospérité et de déclin, mais on repère néanmoins certains éléments récurrents. Tout d’abord les Coréens s’efforcent de résister aux invasions des peuples nomades ou de la Chine et développent vite une conscience de constituer un groupe homogène. Ensuite s’installe vite une relation d’influence avec la Chine, qui devient un modèle et, dans la conception politique confucéenne qu’elle lui transmet, la grande sœur responsable de la Corée. Autre élément récurrent, la proximité avec le Japon : géographique, bien entendu, mais aussi culturelle puisque pendant longtemps les deux pays s’entendent bien et développent des relations d’amitié. La Corée aurait même fourni un empereur à son voisin, bigre. On remarque aussi que si les Coréens n’ont pas forcément été des manches quand il s’agit de faire la guerre (comme partout ailleurs ils ont eu leur lot de généraux et d’amiraux de génie), ils l’ont très peu portée chez les autres, se contentant de défendre la mère patrie. À partir d’un certain stade, toutefois, les élites coréennes semblent rester bloquées sur le respect dû à la Chine des Ming et peinent à admettre les changements de dynastie quand les Mongols puis les Mandchous s’imposent successivement à Pékin. Une attitude qui leur causera du tord. Envahie à son tour, la Corée sert d’abord de base de départ aux Mongols pour des tentatives d’invasion du Japon (tentatives ratées… trop de vent) qui y voit une trahison et ne le pardonne pas. La péninsule devient rapidement un finistère négligé par les Mongols et ravagé par la piraterie japonaise, les Mandchous n’en faisant pas grand chose non plus. C’est au XIXe que la Corée fait ses choix les plus dramatiques, quand elle constate que la Chine se fait vaincre par les Européens. Là où le Japon choisit de s’occidentaliser et de se moderniser à marche forcée pour ne pas se laisser dévorer, là où la Chine tergiverse et souffle le chaud et le froid en espérant contenir les étrangers, la Corée décide de se fermer totalement, convaincue que l’isolement dissuadera les envahisseurs. Peine perdue, non seulement ceux-ci lui appliquent aussi la politique de la canonnière, mais les Japonais eux-mêmes leur emboîtent le pas.

Les prédécesseurs de la Corée moderne, du Joseon ancien aux trois royaumes de Corée - Wikicommons

Au fur et à mesure que le Japon se modernise et se renforce, il entre en conflit avec la Chine au sujet de ce qu’elle considère toujours comme un de ses satellites. De conflits en conflits, la Chine perd du terrain et l’influence japonaise s’étend, repoussant finalement celle des Russes que les Coréens avaient tenté de lui opposé. La Corée connait néanmoins de nombreuses tentatives réformistes et se modernise bon an mal an, mais sans pouvoir tenir tête au Japon, et surtout en étant affaiblie par l’incurie des yangban (aristocratie lettrée) et de la cour agitée par les intrigues de palais. En 1905 le Japon impose un protectorat avant d’annexer purement et simplement le pays cinq ans plus tard. Si d’un côté la colonisation modernise enfin le pays et ses structures, elle le fait au seul bénéfice de l’armée japonaise qui ne rend de toute façon aucun compte au gouvernement civil à Tokyo, toute contestation étant de plus en plus impitoyablement réprimée et les Coréens étant priés de se transformer le plus vite possible en Japonais (de seconde zone). Si certains choisissent de jouer la carte japonaise, bon nombre de Coréens s’exilent et / ou mènent la lutte armée contre l’occupant : certains s’enrôlent dans les troupes chinoises nationalistes ou communistes, d’autres constituent des « armées vertueuses » harcelant l’occupant au pays. Réticents lors de la Seconde Guerre mondiale, les Japonais finissent toutefois par enrôler des Coréens dans leurs troupes, et hélas des milliers de femmes « de réconfort » violées à tour de bras, mais énormément d’entre eux sont contraints au STO et envoyés faire tourner les usines japonaises, victimes de pogromes. La libération se présente mal dès le départ : la Corée ne fait pas partie des préoccupations des Alliés qui se méfient de ses habitants, « de la même espèce de chats » que les Japonais. La rupture Est-Ouest consommée, les résistants et indépendantistes historiques sont écartés et chacun confie le pouvoir à son homme de confiance. Au Nord, le jeune Kim Il-sung gagne la confiance de la Chine et de l’URSS puis écarte vite ses vieux compagnons et les fondateurs du PC coréen ; au Sud le général McArthur laisse les mains libres à Yi Seung-man qui sait lui vendre un anticommunisme viscéral. Avant même que les frères ennemis ne se sautent à la gorge, le Sud sombre dans la dictature et la violence politique. Elle n’y cessera qu’à la veille des années 1990…

La guerre de Corée (juillet-septembre 1950) © Atlas-historique.net La guerre de Corée (septembre-novembre 1950) © Atlas-historique.net La guerre de Corée (novembre 1950-janvier 1951) © Atlas-historique.net

La guerre de Corée © Atlas-historique.net

Jusqu’aux années 1970, le Nord est stable et relativement prospère, profitant des largesses chinoises et soviétiques, louvoyant de l’un à l’autre en fonction de ses intérêts et des revirements idéologiques qui agitent le bloc communiste. L’industrie lourde tourne à plein rendement, on y vit assez correctement, mais en se serrant la ceinture. Au Sud, c’est une autre histoire. La situation y est si mauvaise, le régime ne survivant que grâce à l’aide américaine, qu’on espère que le Ghana nouvellement indépendant ne tombera pas encore plus bas… Trois dictateurs s’y succéderont : Yi Seung-man, Park Chung-hee puis Chun Doo-hwan. Chacun fera régner la terreur au moindre soupçon d’opposition (de véritables massacres auront lieu, parfois jusque pendant les années 1980), mais ils redresseront successivement le Sud en maintenant un coût du travail très bas et une flexibilité tendant à la corvéabilité (en 1967 on file même des amphétamines aux ouvriers pour les tenir éveillés) et surtout en s’alliant aux chaebol, conglomérats coréens en plein devenir. Par contre, Nord et Sud investissent tout aussi lourdement dans l’éducation, jugée gage de réussite. Passé un temps, Nord et Sud se retrouvent coincés et sans soutien. Kim Il-sung finit par snober ses protecteurs chinois et soviétiques, promouvant désormais la doctrine nationaliste et isolationniste du juche, et au Sud on se rend compte que les États-Unis qui sortent de la guerre du Vietnam n’ont pas franchement envie de se jeter dans une nouvelle guerre de reconquête. La situation économique s’inverse alors : le Nord n’a plus personne à qui exporter, et ne peut plus payer ses importations (produits manufacturés et pétrole) ; le Sud triomphe progressivement au point qu’on parle de miracle puis se démocratise enfin. Paradoxalement, les années 1990 auraient pu marquer une occasion de rapprochement : le Nord est touché par une gravissime famine de plusieurs années, le Sud subit de plein fouet la crise financière asiatique. Ils répondront différemment à ces défis. Au Nord on remise au placard les dernières références au communisme pour adopter la libre entreprise en autorisant celles-ci à licencier, à fixer leurs objectifs et investir mais aussi en autorisant les marchés privés. Il est d’ailleurs frappant de voir comment la dynastie Kim a progressivement relégué le parti aux oubliettes pour privilégier le chef suprême, qui à partir de la famine se retrouva obligé de ne se reposer que sur l’armée pour éviter un effondrement complet du pays, et doit depuis s’efforcer de la ménager (l’armée voit d’un mauvais œil la libre entreprise car elle concurrence ses propres filières). Au Sud on se plie aux instructions du FMI qui permettent certes au pays de rebondir mais au prix de dégâts sociaux considérables. Politiquement, Séoul prend de plus en plus les habitants du Nord en pitié et tend la main à Pyongyang envers et contre tout (non sans vives critiques quant à l’efficacité de cette politique, néanmoins), au Nord on instrumentalise la course au nucléaire pour tester les réactions des grandes puissances et obtenir subsides et nourriture en temps de crise. Aujourd’hui, l’évolution des Corées est toujours plus incertaine. Au fil des générations, le traumatisme de la séparation des familles s’estompe et on s’habitue d’autant plus facilement à la partition qu’on sait qu’une réunification serait coûteuse et dévastatrice à l’heure actuelle. Le long terme favorisera peut-être des retrouvailles, ou bien cimentera définitivement le divorce.

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