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La France des lumières : 1715-1789 / Pierre-Yves Beaurepaire 08/07/2014

Posted by Rincevent in Mes lectures.
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Eh bien… Il m’aura fallu six mois pour le lire, celui-là. Je me suis connu plus motivé. Enfin bref. La France des lumières : 1715-1789 de Pierre-Yves Beaurepaire est paru en 2011 chez Belin, toujours dans la collection Histoire de France.

La France des lumières : 1715-1789 / Pierre-Yves Beaurepaire

La France des lumières : 1715-1789 / Pierre-Yves Beaurepaire

Alors… Que dire sur un ouvrage qu’on a lu tellement lentement qu’on ne se souvient plus trop du début ? L’impression qu’il me laisse, c’est celle d’une période d’intense activité intérieure, tant sur le plan politique que culturel. C’est l’apogée et la fin des Lumières, la France brille de tous ses feux, et surtout elle réfléchit intensément à ce qu’elle pourrait changer en son royaume et de quelle manière. La réforme semble être la ligne directrice des divers gouvernements qui se succèdent de Louis XV à Louis XVI. La France brille, mais la France va mal. L’État jette le pognon par la fenêtre, en est bien conscient, mais peine à se réformer. Pourtant des essais sont tentés, plus ou moins concluants, plus ou moins critiqués : établissement de cadastres afin d’affiner les politiques fiscales ; crises de la représentation politique qui conduisent les autorités à se fâcher avec les parlements et les États provinciaux ; pensée physiocratique qui voit en l’amélioration de l’agriculture la seule source de richesse pour le pays ; on envisage même de supprimer la corvée et d’autoriser la libre circulation des grains (mais dans un contexte de crise alimentaire et sans discussion, ce qui ne fait que provoquer des troubles). Avec le temps, la parole et les écrits se libèrent de plus en plus et instaurent un tribunal de l’opinion publique qui condamne de plus en plus impitoyablement les gouvernants du moment, non sans mauvaise foi. Progressivement, la monarchie perd le respect qu’on lui témoignait jusque là : Louis XIV avait laissé un royaume fiscalement exsangue à sa mort, et l’avènement de Louis XV suscita d’immenses espoirs que la polysynodie (ou gouvernement par conseils) rendit un temps vraisemblables, mais la réputation de débauche de ce dernier eut vite fait de ternir sa fonction et la nature même de son statut. Céder face à la colère publique et lâcher ses propres hommes qui tentaient de réformer dissuade un peu les bonnes volontés… Si son petit-fils eut droit en lui succédant à sa part d’espoirs, les mauvaises habitudes prises sous le règne précédent revinrent vite, et sa difficulté à produire un héritier le fit passer pour un faible dont on pouvait se moquer à loisir, le train de vie fort dispendieux de son entourage n’incitant pas à la sympathie quand l’État frôlait en permanence la banqueroute.

La période correspond aussi à la fin du conflit opposant jansénistes et clergé soumis au pape, le sujet cédant vite la place à la déreligiosité que manifestèrent de nombreux philosophes. Le temps est à l’esprit critique et à la réflexion, et tout se joue dans les lieux de sociabilisation aristocratique : sociétés savantes et académies, salons de lecture, premières loges maçonniques importées de Grande-Bretagne, théâtre, etc. Mais la belle société qui se targue de respect et d’égalité demeure aristocratique avant tout et la moindre faute de goût voit les portes se fermer à ceux qui n’ont pas compris les codes mondains de l’entre-soi (souvenons-nous du film Ridicule). Du reste, la noblesse elle-même s’agace de devoir compter parmi ses membres de plus en plus de riches anoblis, et s’interroge sur ce qui la définit en tant qu’État. Si elle n’est plus définie par le service au prince que les privilèges viennent compenser, mais par la seule fortune de ceux qui ont les moyens de se payer charges et titres, comment justifier des privilèges qui ne font qu’engraisser les grandes fortunes alors que des nobles d’épée se déclassent et doivent déroger pour survivre ? Des progrès ont néanmoins lieu, mais ils sont souvent ignorés : la population augmente en permanence (alors qu’on est persuadé à l’époque que le royaume se dépeuple et s’affaiblit), notamment grâce au souci de santé publique qui passe par la naissance de l’obstétrique ; l’enseignement s’améliore sous l’action des jésuites (du moins jusqu’à ce qu’on les foute à la porte du royaume). Au final, les grands ministres qui se succèdent dans les vingt dernières années de l’Ancien Régime (Choiseul, Maupéou, Turgot, Necker, Calonne, Loménie de Brienne) n’auront eu de cesse de tenter réformer la France, mais sans trouver la manière de négocier avec la base du royaume, se coupant par là même de précieux alliés. Surtout, leur accession au pouvoir se fit presque tout le temps après avoir miné l’autorité de leur prédécesseur, une tradition qui leur coûtera bien vite leur propre position.

L’atelier de l’historien nous propose comme d’habitude de découvrir les sources de la période, de plus en plus nombreuses car le commun commence à consigner ce qui lui arrive et ce qu’il perçoit du monde qui l’entoure ; l’historiographie de cette période longtemps uniquement perçue à travers le prisme d’une Révolution estimée inévitable ; et des débats surtout économiques sur l’activité sous Louis XVI, l’origine de la monnaie métallique ou encore l’analyse des économistes modernes sur la période.

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