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Les guerres de religion : 1559-1629 / Nicolas Le Roux 02/09/2013

Posted by Rincevent in Mes lectures.
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Poursuivons note balade historique. Ce coup-ci je suis arrivé dans une période assez noire de l’histoire de France, très riche en événements. Les guerres de religion : 1559-1629 de Nicolas Le Roux est paru en 2009, toujours dans la collection Histoire de France, chez Belin.

Les guerres de religion : 1559-1629 / Nicolas Le Roux

Les guerres de religion : 1559-1629 / Nicolas Le Roux

Cette période couvre à peine une vie humaine (néanmoins une vie longue pour la période concernée) et pourtant il s’en est passé des choses, dans cet intervalle. Du coté de la monarchie, les Valois ont réédité l’exploit de leurs prédécesseurs les rois maudits, Capétiens directs, de faire péricliter leur lignée avec les règnes successifs de trois frères dépourvus d’héritier. Quand Henri II meurt très connement en se prenant un bout de lance dans l’œil au cours d’un tournoi, il laisse quatre fils. On pouvait donc se dire que la famille n’avait pas d’inquiétude à avoir quant à son avenir. Eh ben si. François II règne un peu plus d’un an, avant de céder le trône à ses frères Charles IX (qui aura certes un fils, mais bâtard) et Henri III (éphémère roi de Pologne, qu’il abandonna pour revenir en France), le turbulent petit dernier François d’Anjou calenchant avant lui. Un petit hoquet dynastique ça arrive, mais quand ça tombe en pleine guerre civile, ça suscite encore plus de remous : la couronne devait revenir à quelqu’un de sang royal, et il fallut remonter un peu l’arbre généalogique pour trouver qu’il s’agissait d’un descendant du dernier fils de Saint-Louis occupant alors le trône de Navarre. Henri IV ayant eu le malheur d’être protestant, des dents grincèrent, malgré le fait qu’il se soit converti au catholicisme et qu’il ait accepté d’épouser la sœur des défunts rois, Marguerite de Valois. Un mariage qui finit par être annulé, les événements ne faisant rien pour améliorer les choses.

Il est difficile de résumer cette période tant les guerres ont été nombreuses : sept guerres de religion, deux guerres de la Ligue, et encore deux guerres menées par Louis XIII. J’en retiens surtout la profonde intransigeance de chaque coté. En effet, en dépit des efforts des modérés de chaque confession et de ceux des souverains, la paix et l’unité chrétienne fut mise à rude épreuve. Pour les catholiques extrémistes, les protestants n’étaient que des hérétiques dont la mauvaise conduite était dictée par le diable et qui allaient provoquer la fin du monde s’ils ne se repentaient pas. Pour les protestants, les catholiques n’étaient que des brebis égarées qu’il fallait convaincre de l’inanité de leurs croyances et ramener à une foi épurée et débarrassée de ses traditions et rituels inutiles. Autant dire que les possibilités d’entente n’ont guère suscité l’enthousiasme chez les concernés. La chronologie des événements donne le tournis : pendant et après chaque conflit se succédaient les édits de paix, étendant ou réduisant la tolérance religieuse au gré des rapports de force. Quelques mois suffisaient pour rendre caduc ce qui avait été proclamé plus tôt. On ne s’étonne pas que le royaume y a perdu son latin. Si globalement les protestants réussirent à obtenir des garanties et s’efforcèrent de les préserver (places de sûreté où ils pouvaient tenir garnison, places de culte ou de mariage, sièges dans les institutions du royaume), deux choses ont marqué la fin de l’expansion du protestantisme. Tout d’abord le massacre de la Saint-Barthélémy, qui généra une onde de choc telle que les conversions se multiplièrent dans le royaume. Ce funeste jour de 1572, la paix cumula les handicaps : alors que la cour célébrait le mariage du futur Henri IV avec Marguerite de Valois, destiné à sceller la fin de la guerre, l’amiral de Coligny se fit dézinguer par un électron libre qui avait été au service des Guise (ultracatholiques). Tentant d’abord d’étouffer le feu puis craignant une réaction violente des protestants, la famille royale préféra anticiper et ordonna l’extermination des chefs huguenots présents à Paris. Dans un contexte économique difficile pour les Parisiens (leur approvisionnement en vivres était compromis par les guerres et l’incendie de plusieurs moulins), il n’en fallut pas plus pour que les catholiques extrémistes y voient un feu vert de massacre généralisé. On constate donc que le massacre se doubla de pillages des maisons de riches protestants, mais aussi d’artisans de biens précieux (joailliers, libraires, travailleurs du cuir). Tel un rond dans l’eau, une vague de massacre traversa la France. Le deuxième obstacle à l’expansion du protestantisme fut l’édit de Nantes (1598). S’il ne fut pas facilement accepté de part et d’autres, il rétablit néanmoins la paix civile et ressouda la plupart des sujets autour d’Henri IV. Ses dispositions allaient toutefois nuire aux protestants sur la durée : certes ils récupéraient la liberté de conscience et plusieurs places, mais ce même édit autorisait la présence de missionnaires catholiques aux mêmes lieux. Lesquels seront particulièrement zélés et ramèneront de nombreux croyants dans le giron de l’Église catholique.

Outre les conflits opposants catholiques et protestants, les rois durent aussi gérer l’hostilité de la maison de Guise qui se faisait le héraut de la grande noblesse. Celle-ci s’estimait lésée par l’essor des grands officiers et des favoris qui monopolisaient le gouvernement. S’estimant aptes à conseiller le roi de par leur naissance, les grands s’efforcèrent de renverser l’ordre des choses afin de pouvoir s’imposer au trône. L’agitation perpétuelle qu’ils suscitèrent poussa Henri III à ordonner a liquidation du duc de Guise. Mal lui en prit, il se retrouva avec les ultracatholiques dressés contre lui, avec le soutien du Pape. Chassé de Paris par les Ligueurs, et occupé à les affronter, Henri III fut assassiné par un moine feignant de lui révéler des informations permettant de reprendre la ville. Hélas pour la minorité de Ligueurs, la majorité de la noblesse restait neutre et un bon tiers suivait le nouveau roi Henri IV. L’annonce de sa conversion et son engagement à défendre le catholicisme lui rallia de nombreux seigneurs, et inversa le rapport de force. Pire, les Ligueurs commirent l’erreur de s’entendre avec l’Espagne et de promettre la couronne à l’infante Isabelle. Au fil des mois les ralliements au roi au panache blanc se multiplièrent, encouragés par son incitation à la soumission. Son autorité établie, Henri IV s’efforça de manifester une grande clémence afin de limiter les mécontentements. Une poignée de Ligueurs durent s’exiler et se mettre au service de l’Espagne, et il fallut encore quelques temps pour réduire les derniers chefs en armes. Imposant un oubli généralisé sur ces années troubles, Henri IV espérait établir une ère nouvelle. La reprise en main fut ferme : son surintendant des finances, Sully, reconstitua le trésor royal en profitant de l’essor économique suscité par la fin de la guerre et une meilleur gestion fiscale, notamment grâce à la vente libre d’offices. Une situation tranchant nettement avec celle qui prévalait sous Henri III où les guerres et les dépenses ahurissantes de la cour avaient vidé les caisses de l’État. Ayant restauré l’autorité royale, Henri IV se préparait à contrer militairement l’Espagne dans une crise successorale allemande, mais son projet fut interrompu par son assassinat par un catholique exalté. Cet assassinat fut vécu comme un drame et ralluma les craintes de guerre civile. La reine assurait la régence et choisit un rapprochement avec l’Espagne par un double mariage de ses enfants avec ceux du roi d’Espagne. Cette alliance inquiéta vivement les protestants alors que les grands s’alarmait de la prise de pouvoir du favori de la reine mère, Concini. Louis XIII, désormais majeur, changea radicalement la donne en faisant supprimer ce dernier et en écartant les conseillers de sa mère. Mais il dut imposer sa volonté par la force.

Alors que les catholiques abandonnaient la violence pour un sursaut de ferveur religieuse (nombreuses fondations pieuses, essor de l’enseignement) destiné à prouver aux protestants et à eux-mêmes du bien fondé de leur point de vue, d’ultimes guerres religieuses se produisirent. Désireux d’affirmer son autorité, Louis XIII s’efforça de faire plier les protestants. Non en raison de leur religion, mais parce qu’ils prenaient les armes contre lui (du moins quelques uns, souvent motivés par des considérations personnelles) et s’opposaient à la venue de missionnaires catholiques. L’opération fut plutôt couronnée de succès, en dépit des nombreuses pertes occasionnées par les longs sièges de Montauban et La Rochelle (qui ne céda qu’en 1628). La mort de son favori Luynes obligea le roi à se reposer sur le cardinal de Richelieu, ancien protégé de sa mère. Celui-ci développa un système administratif centralisé, plus efficace, mais ne touchant pas aux grandes provinces plus enclines à la révolte. Le roi et Richelieu déjouèrent en outre plusieurs complots à la tête desquels figuraient Gaston, le frère du roi. Afin de mieux contrôler la noblesse, les duels furent interdits, et l’exécution spectaculaire de deux contrevenants proches de Gaston histoire de rappeler que les lois étaient pas là pour faire joli. La cour favorisait désormais un modèle de courtisan lettré et instruit, maître de lui-même.

Dans l’atelier de l’historien, on découvre comme d’habitude les sources de la période (particulièrement abondante car tout un chacun laissait un témoignage écrit de sa mémoire et de ses conceptions), mais aussi son historiographie. Enfin, l’auteur présente différents champs de recherche.

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