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Le Moyen-Orient pendant la Seconde Guerre mondiale / Christian Destremau 09/04/2012

Posted by Rincevent in Mes lectures.
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Voilà une lecture que j’ai plutôt appréciée, sur un sujet ma foi assez méconnu. Le Moyen-Orient pendant la Seconde Guerre mondiale de Christian Destremau est paru en 2011 chez Perrin.

Le Moyen-Orient pendant la Seconde Guerre mondiale / Christian Destremau

Le Moyen-Orient pendant la Seconde Guerre mondiale / Christian Destremau

Cet ouvrage se lit très facilement, chaque chapitre faisant à peu près le tour du pays traité. Parmi ces derniers, nous avons donc : la Libye, l’Égypte, l’Irak, la Syrie et le Liban, la Palestine, l’Iran et l’Afghanistan, l’Arabie Séoudite. Malgré des différences locales, on retrouve un certains nombres de points communs entre ces pays pendant le conflit. Tout d’abord, un fort nationalisme marqué par une très nette volonté d’obtenir l’indépendance ou de la renforcer si elle était déjà acquise officiellement. Ensuite, une certaine sympathie envers la Grande-Bretagne, dont on se méfie mais qu’on connait bien et qu’on préfère avoir à ses cotés plutôt que comme ennemie. Les deux ne sont pas incompatibles, ce qui n’empêchera pas les Britanniques de craindre par-dessus tout une alliance entre les peuples arabes et l’Allemagne et les poussera à prendre des décisions des plus malheureuses. Il est vrai que l’Allemagne suscite alors une franche admiration de par ses exploits militaires, et avait l’avantage avant-guerre d’offrir une alternative diplomatique et économique aux écrasantes influences coloniales. L’Italie, qui ne cachait pas sa soif de conquête et dont la brutalité en Éthiopie ne passa pas inaperçue, était au contraire vue très négativement (sauf en Égypte dont le roi s’était entouré d’Italiens). Les Français, qu’ils soient de Vichy ou de la France libre, n’étaient pas beaucoup mieux perçus en raison de leur mauvaise volonté à promettre l’indépendance. L’attitude des dirigeants du Moyen-Orient au cours du conflit dépendra donc beaucoup du sort des armes, les défaites britanniques et la proximité des troupes de l’Axe ayant pour conséquence de les faire réfléchir à un éventuel rapprochement avec l’Allemagne, quand les défaites de l’Axe susciteront parfois un vif engouement. Des contacts plus ou moins sporadiques ont toutefois eu lieu dans presque tous les pays, sans déboucher sur quoi que ce soit dans la plupart des cas, car dans l’ensemble on préféra faire preuve de loyauté envers la Grande-Bretagne, sans toutefois aller jusqu’à déclarer la guerre à l’Allemagne. L’Irak, secoué en 1941 par un coup d’État portant Rachid Ali au pouvoir, sera le seul pays à réclamer une aide militaire allemande, mais à sa décharge et malgré la bonne volonté manifestée envers la Grande-Bretagne, il devait faire face à une invasion décrétée par Churchill qui en avait décidé ainsi (quand Churchill en colère, lui toujours faire ainsi). Berlin se creusera la tête pour trouver un moyen d’intervenir, et ne devra son salut qu’à Vichy qui l’autorisa à utiliser ses aérodromes syriens et qui accepta d’armer l’armée irakienne. Malheureusement pour eux, les pilotes allemands se rendirent compte que les insurgés irakiens avaient bien du pétrole à leur proposer, mais pas de kérosène, et que les Britanniques étaient déjà entrés dans le pays pour y réinstaller les anciens dirigeants. Rachid Ali se réfugia en Iran avant de rejoindre l’Allemagne où il végètera jusqu’à la fin de la guerre aux cotés de l’autre collaborateur arabe : le mufti de Jérusalem. Celui-ci avait fomenté une révolte en réaction à l’immigration juive de Palestine, puis avait été expulsé en Syrie, qu’il quitta pour rejoindre l’Irak avant de partir en Allemagne pour tenter de décrocher un soutien concret. Là encore ce fut en pure perte, notamment en raison de son incapacité à organiser une insurrection en Palestine, et lui aussi finit par rester sur place aux frais de la princesse. Lui et Rachid Ali ne cessèrent de s’y chamailler pour des questions de prééminence, réduisant à néant le peu de crédit que les Allemands leur accordaient jusque-là.

Rashid Ali al-Gillani (1892-1965) Haj Mohammed Effendi Amin el-Husseini (1895-1974)

Rashid Ali al-Gillani (1892-1965) et Haj Mohammed Effendi Amin el-Husseini (1895-1974) - Wikicommons

En effet, avant la guerre l’Allemagne n’avait absolument rien envisagé en ce qui concernait les pays arabes et ne souhaitait rien faire qui puisse fâcher son allié italien. Dès lors, lorsque des représentants de pays arabes prirent contact et tentèrent d’obtenir une promesse d’indépendance qui ne vint jamais, l’Allemagne tergiversa. Elle n’avait de toute façon pas d’autres possibilité puisqu’il lui était quasiment impossible d’intervenir directement dans la région, et que ses rares tentatives échouèrent toutes lamentablement, offrant à quelques reprises à la Grande-Bretagne le moyen de désinformer les services de renseignements de l’Axe. Les Britanniques furent néanmoins sérieusement menacés à quelques reprises : lorsque Tobrouk se rendit et que les troupes de l’Axe se rapprochèrent dangereusement de l’Égypte au point que le gouvernement britannique envisagea sérieusement la destruction de l’appareil industriel local (tout en craignant logiquement les réactions arabes) ; et lorsque les troupes allemandes en Russie se rapprochèrent du Caucase pour prendre le contrôle de leurs champs de pétrole (l’Allemagne était au bord de la rupture de stock, et l’Azerbaïdjan était à l’époque le plus gros producteur mondial), ce qui leur aurait permis de s’avancer en Iran puis en Irak. Mais les Soviétiques profitèrent des hésitations allemandes (fallait-il détruire les champs pour nuire aux Soviétiques, ou les récupérer et les remettre en service ?) et détruisirent leurs champs et leur appareil de production, puis envahirent l’Iran conjointement avec les Britanniques, au motif que le pays était un repère d’espions à la solde de l’Axe. En réalité, si l’Iran et l’Afghanistan avaient été les pays où l’influence allemande avait été la plus forte avant-guerre, la crainte d’une cinquième colonne de l’Axe relevait autant du fantasme britannique que du prétexte tout trouvé. La marée s’inversa avec certitude dès que les Américains eurent débarqué au Maghreb, ce qui fut une victoire stratégique pour Churchill qui sut utiliser la chute de Tobrouk et la menace sur les champs de pétrole pour influencer Roosevelt et repousser ainsi le débarquement en Europe. Les États-Unis ne venaient toutefois pas pour sauver un empire colonial qu’ils détestaient, ce qu’ils ne manquèrent pas de rappeler. Pour cette raison, le monde arabe observa l’entrée en scène de ce petit nouveau avec un grand enthousiasme. Les États-Unis ne venaient-ils pas de signer la charte de l’Atlantique qui ne pouvait que soutenir les indépendances ? Certes, les intentions affichées relevaient aussi de la propagande, mais le personnel diplomatique américain était très majoritairement arabophile, ce qui provoqua plus tard un fort sentiment de trahison quand le président Truman reconnut Israël. Qui plus est, à aucun moment les populations locales ne furent réellement consultées, ni même respectées. Le sommet de Téhéran qui réunit pour la première fois les trois grands alliés, les vit utiliser purement et simplement le sol iranien sans demander la permission du gouvernement, sans les y inviter et en snobant leur représentants. C’est d’ailleurs lors de ce sommet (où l’ébriété était très présente) que Roosevelt proposa à Staline le partage du contrôle des chemins de fer iraniens et l’accès aux ports du pays, toutes choses que les tsars avaient rêvé d’obtenir sans jamais l’avoir. Ses conseillers feront rapidement disparaitre cette idée lancée en l’air par la suite. Au retour, Roosevelt rencontrera le roi d’Arabie Séoudite à qui il fera une très bonne impression. En dépit de son fondamentalisme wahhabite et de son antisémitisme affiché (et bien réel), le dirigeant sera quelqu’un d’extrêmement pragmatique qui ne renoncera jamais à l’alliance avec les États-Unis.

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