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Histoire des Pays-Bas : des origines à nos jours / Christophe de Voogd 11/12/2011

Posted by Rincevent in Mes lectures.
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C’est assez étrange… Dès que je vois un bouquin sur un pays pas connu j’ai envie de le lire. Et inversement, l’histoire de nos voisins m’a toujours assez peu motivé. Trop proche, peut-être ? Je me suis quand même poussé à prendre Histoire des Pays-Bas : des origines à nos jours de Christophe de Voogd, publié en 2003 chez Fayard. Ce pays que je percevais comme un peu plan-plan allait-il me passionner ?

Histoire des Pays-Bas : des origines à nos jours / Christophe de Voogd

Histoire des Pays-Bas : des origines à nos jours / Christophe de Voogd

La réponse est non. Mais ça veut rien dire, je suis pas très passionnel comme individu. Quoi qu’il en soit j’ai assez apprécié ce livre et sa manière de présenter la manière d’être de ces charmants Bataves qui me plait assez. Si je voulais vraiment pinailler je dirais qu’il manque un glossaire des termes néerlandais, mais ceux-ci sont finalement assez rares (ou en tous cas très discrets). Par contre, comme dans tous les bouquins qui parlent du XXe siècle, on se perd dans les acronymes des partis politiques. Une petite liste en fin d’ouvrages aurait pu éviter de devoir rechercher la première apparition des uns et des autres pour savoir de qui on parle. Oost, West, thuis best ! disent donc les Néerlandais. Ce proverbe est forgé pour moi ! Il faut dire qu’à force d’être envahi par toutes les armées du continent, on finit vite par apprécier son indépendance. Du passé lointain, on n’apprend pas grand chose en raison de la rareté des sources écrites contemporaines. C’est que les Romains ne mentionnent la région que par bribes incertaines. Les Bataves que l’on retient aujourd’hui ne sont qu’une des tribus d’origine germanique peuplant la région, tribu qui s’allie plus ou moins de bon cœur avec Rome pour contenir ses voisins moins bien disposés. Avec le reflux de l’empire, la région retourne dans l’obscurité et n’en sort que lorsque les Francs puis les Carolingiens reprennent le pays et le christianisent. À la différence de ce qui deviendra la France, la région connait moins de grands seigneurs féodaux en raison de l’influence du Saint-Empire germanique soutenant les évêques d’Utrecht. Les villes obtiennent tôt des franchises qui leur garantissent une grande liberté de mouvement. Des seigneurs puissants, et non des moindre, existent pourtant puisque les ducs de Bourgogne mettent vite la main sur la région et tentent d’uniformiser leurs possessions tout en respectant leurs particularités. L’exceptionnelle prospérité de ce pays maritime lui assura vite une place de choix parmi les possessions ducales. Si Charles Quint s’occupa bien de ses terres, sa destinée européenne l’en éloigna physiquement et moralement puisque ses intérêts dynastiques guerriers passaient avant les intérêts commerciaux des Pays-Bas ayant besoin de paix. Le souverain avait quand même pour lui le fait de calmer les esprits en matière religieuse, ce dont son très catholique successeur, Philippe II, ne put se vanter. Pour faire face à cette menace, les Néerlandais peuvent compter sur le prince d’Orange, Guillaume de Nassau. Né dans une seigneurie allemande protestante, il se retrouve héritier du dernier prince (catholique) d’Orange qui lui transmet son fief du sud de la France (non sans provoquer une querelle de succession). En raison de son importance nouvelle, Charles Quint le fit éduquer comme un catholique francophone aux Pays-Bas. Devenu adulte, Guillaume prendra la tête de la noblesse des Pays-Bas pour tenir tête à Philippe II et utilisera sa souveraineté sur Orange pour éviter les accusations de révolte (il n’est pas un noble révolté contre son maître, mais un prince défendant ses biens aux Pays-Bas !). Pendant près de 80 ans, les Pays-Bas vont connaitre une série d’événements semblables à la guerre de cent ans : l’Espagne de Philippe tente d’imposer sa volonté et la contre-réforme, Guillaume mobilise ses troupes, se fait (généralement) battre et doit s’exiler avant de revenir dès que la situation devient favorable. Les deux ennemis, à bout de souffle, finissent par faire preuve de pragmatisme : que les successeurs de Guillaume d’Orange gardent les Pays-Bas s’ils le souhaitent, l’Espagne n’a pas les moyens de les leurs reprendre mais ne renonce pas à ses prétentions et conserve la Belgique catholique.

Les Pays-Bas 1556-1648 - Wikicommons

Les Pays-Bas 1556-1648 - Wikicommons

Pendant plusieurs siècles, la nouvelle république des Provinces-Unies va briller de tous ses feux. Dépourvue de constitution et malgré sa décentralisation (peu d’institutions fédérales, celles qui existaient étant très contrôlées), le pays est une puissance économique de premier plan. Sur le plan politique, le pouvoir se partage entre les régents cooptés par les élites provinciales (souvent marchandes) et les stadhouders (« lieutenant »). Dans la pratique, le prince d’Orange se retrouvait stadhouder de plusieurs ou toutes les provinces. L’entente réelle et durable entre stadhouder et régent de Hollande (province la plus riche et dominant les autres) assura une grande stabilité au pays, ce qui lui permit de se tailler un territoire en Indonésie. À la sortie de la guerre de trente ans, les relations entre les régents et le stadhouder Frédéric-Henri se dégradèrent à causes des tendances monarchiques de ce dernier. À la mort de son successeur s’ouvrit une période purement républicaine. Les marchands hollandais recherchaient en effet une période de paix favorable à leurs affaires, mais la concurrence avec la Grande-Bretagne s’envenima et déboucha sur un conflit entre les deux puissances. Vainqueurs, les Provinces-Unies doivent pourtant faire face à Louis XIV qui souhaite profiter du déclin espagnol pour récupérer l’actuelle Belgique. Peu enthousiasmés à la perspective de voir un royaume puissant et belliqueux à leur frontière, les Néerlandais s’allient aux Britanniques et aux Suédois. Mal leur en prend, la France occupe le pays, événement qui permet aux Orange de redevenir stadhouder. Les Provinces-Unies deviennent alors le banquier des coalitions anti-françaises. Au début du XVIIIe siècle, le pays se retrouve pourtant relégué au second plan derrière le Royaume-Uni et la Prusse qui s’affirme comme puissance montante. Pire, les Provinces-Unies sont piégées par leur alliance avec Londres, une concurrente dont elles dépendent financièrement et militairement. Le pays s’appauvrit progressivement alors que les élites marchandes stagnaient et rendaient leurs charges héréditaires. La fin du siècle vit une importante agitation opposant « révolutionnaires » aux idées libérales et orangistes. L’éclatement de la révolution française stimula les premiers mais l’occupation du pays par les armées françaises et sa satellisation croissante refroidit les bonnes volontés. La période marqua pourtant un tournant dans l’histoire néerlandaise dans la mesure où le pays connut pour la première fois une modernisation / centralisation de ses institutions. Napoléon plaça son frère Louis à la tête du royaume de Hollande. Destiné à n’être qu’un fantoche, Louis Bonaparte s’attacha pourtant profondément à son pays et tenta de défendre ses intérêts face aux appétits dévorants de la France. Napoléon s’en agaça et le vira donc de son trône pour lancer une politique assimilationniste. La débâcle impériale permit au prince d’Orange de revenir de son exil britannique. Il était pourtant clair pour tout le monde que le pays ne serait jamais plus le même, aussi naquit le royaume des Pays-Bas en 1814. Son souverain Guillaume Ier persuada les coalisés de le laisser « réunir » la Belgique à son royaume. Mais les différents historiques et économiques étaient trop anciens et Bruxelles obtint son indépendance après une révolution en 1830 puis les révolutions de 1848 poussèrent le roi Guillaume II a accorder une nouvelle constitution plus libérale pour protéger son trône. Son successeur n’eut de cesse de garder le plus de marge de manœuvre possible au sein d’un régime parlementaire. La fin du XIXe siècle fut celle de la question sociale, à défaut d’être socialiste. Ce sont en effet les partis classiques qui se sont emparés de ce sujet pour pousser à la concertation, ce qui explique la grande faiblesse du parti socialiste. Les partis confessionnels préfèrent en effet s’allier contre les libéraux aux idées jugées trop révolutionnaires. Malgré les oppositions fondamentales entre les uns et les autres, les partis prirent l’habitude de rechercher le compromis pour éviter la paralysie des institutions. Jusqu’à la Première Guerre mondiale les Pays-Bas connurent une période de développement économique renforcée par la rentabilité de l’Indonésie. Diplomatiquement, on suivait une politique de neutralité. Le conflit épargna de justesse le pays qui dut pourtant donner des gages de bonne volonté aux deux camps.

Grandes armoiries du royaume des Pays-Bas - Wikicommons

Grandes armoiries du royaume des Pays-Bas - Wikicommons

C’est en 1917 qu’est apparu le verzuiling (de zuilen, le pilier) ou cloisonnement qui formata la société néerlandaise jusque dans les années 1960. Son principe, très simple, était la liberté séparée de chaque communauté : chaque groupe gérait ses membres de la naissance à la mort de manière étanche, l’État laissant à chaque groupe sa liberté d’agir. Ainsi, on naissait catholique, on adhérait au syndicat catholique, on lisait le journal catholique, on votait pour le parti catholique, etc… sans se mêler aux autres zuilen. Une forme d’apartheid volontaire et respectueux des droits individuels, en quelque sorte. Libéralisme et socialisme y perdirent au change. Si les Pays-Bas furent durement touchés par la crise économique des années 1930, ils bénéficièrent d’une remarquable stabilité politique : trois Premiers ministres en vingt ans contre quarante pour la France… Le chaos observé à l’étranger et l’essor des régimes autoritaires renforça aux Pays-Bas le respect de l’autorité et la cohésion nationale. Le désir de neutralité qui avait primé sur l’effort de réarmement permet aux troupes allemandes qui envahissent le pays de le prendre en cinq jours en mai 1940. Si la reine s’exile à Londres (ou elle et son gouvernement seront relégués au niveau d’allié de second plan peu ou pas consulté), l’administration reste en place et adopte une politique d’accommodation : on poursuit son travail pour aider la population, en s’efforçant de ne pas aider l’occupant. Les Néerlandais furent particulièrement secoués par la brutalité nazie qui tranchait avec leur pacifisme viscéral, et ils l’exprimèrent par de grandes grèves (réprimées) en réaction aux mesures antisémites (les Juifs étant particulièrement intégrés). La résistance fut active mais ne chercha pas la confrontation, préférant entraver l’action de l’ennemi en détruisant des registres administratifs, en volant des papiers d’identité… Les années 1944-1945 furent particulièrement douloureuses pour le pays qui connut la famine et les combats de la libération. Au sortir de la guerre, il ne put que constater le peu de cas que les Alliés firent de lui en laissant l’Indonésie proclamer son indépendance. En Occident, les Pays-Bas mettent en avant leur statut de petit pays pour promouvoir l’égalité internationale. Pragmatiques, ils cherchent d’abord à neutraliser l’axe Paris-Bonn en misant sur les États-Unis ou une Europe supranationale, mais constatant leur absence d’influence sur les uns et leur incapacité à tenir tête aux autres, décident d’inverser leur position. Les années 1960-1970 virent les cloisons communautaires s’écrouler progressivement alors que des thèmes comme l’antimilitarisme, l’écologie et les droits de l’homme dominaient et bénéficiaient à des partis non confessionnels. L’abondance matérielle et l’essor des moyens de communication favorisa les mutations de la société par ailleurs très chouchoutée par l’État providence. Les chocs pétroliers mirent progressivement fin à cet période, sans qu’on le remarque : la population ne modifia pas son mode de vie grâce aux revenus des hydrocarbures produits sur place, alors même que la compétitivité de l’économie diminuait. Le Premier ministre Ruud Lubbers appliqua donc une longue cure d’austérité au pays pour mettre fin aux excès de l’État-providence. La chute de l’URSS et les nombreux conflits qui suivirent firent déchanter beaucoup de gens persuadés qu’une pais durable allait s’instaurer. Succédant à Lubbers, la coalition violette bénéficia de sa politique qui refit partir l’économie eut à faire face aux critiques croissantes au sujet des trafics de stupéfiants, ainsi qu’à la montée de l’insécurité dans le Pays. Pacifistes, les Néerlandais découvraient le revers de la médaille du multiculturalisme : forte immigration, problèmes d’intégration sociale et scolaire entrainant par contrecoup l’essor du populisme.

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