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Voir Lhassa : représentations britanniques de la capitale tibétaine 1936-1947 / Clare Harris, Tsering Shakya 11/11/2011

Posted by Rincevent in Le Tibet, Mes lectures.
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Voilà une petite lecture vite fait bien fait. Seeing Lhasa: British Depictions of the Tibetan Capital 1936-1947 coécrit par Clare Harris et Tsering Shakya est un livre publié en 2003 par Serindia Publications. Son titre est on ne peut plus clair : nous découvrons ici les photographies et peintures prises par les Britanniques (ou Indiens) amenés à visiter la capitale tibétaine pendant une petite décennie.

Seeing Lhasa: British Depictions of the Tibetan Capital 1936-1947 / Clare Harris, Tsering Shakya

Seeing Lhasa: British Depictions of the Tibetan Capital 1936-1947 / Clare Harris, Tsering Shakya

Si les images sont abondantes, elles ne sont pourtant pas dominantes et restent en effet un élément secondaire par rapport au texte. Car nous n’avons en effet pas affaire à un livre de photos d’archives, mais à un étude sur les relations entre Tibétains et Britanniques, et surtout sur la façon dont la photographie a pu les influencer / articuler. Ainsi, à la différence de l’Inde photographiée et peinte sous toutes les coutures par les zélés fonctionnaires de l’empire, et même à la différence de n’importe quel pays sous influence occidentale, le Tibet a longtemps suscité les fantasmes en raison de son isolement diplomatique volontaire. Les toutes premières photographies du pays ne datent donc que de l’expédition Younghusband de 1904. Le XIIIe Dalaï-lama ayant cherché à affirmer l’indépendance de son pays, c’est sans surprise qu’il se tourna vers l’Inde britannique et que les premières visites officielles purent avoir lieu, notamment en raison de l’amitié personnelle qui le lia à Sir Charles Bell, officier politique responsable du Tibet, du Bhoutan et du Sikkim. Les années 1920 virent l’élite tibétaine contaminée par les pratiques occidentales, et la photographie qui apparut timidement. À Lhassa, les Britanniques se font un devoir de documenter leur présence et leur activité, d’abord à des fins scientifiques (sciences naturelles, « ethnologie »), mais aussi à des fins professionnelles et de propagande puisqu’ils envoyaient chaque semaine un compte-rendu de l’actualité politique et sociale de Lhassa, et y joignaient des photographies qui permettaient à leurs supérieurs londoniens de pouvoir juger visuellement l’évolution de leurs travail. Les Britanniques se firent par ailleurs un devoir de traquer les meilleurs points de vue de la région, mais certains éléments leur échappèrent totalement. C’est notamment le cas du Jokhang, « cathédrale » de Lhassa, qu’ils ne purent jamais photographier de manière satisfaisante car il est enchâssé au milieu de la ville. De même, la poussière et la fumée de Lhassa leur causa bien du souci et gêna leurs tentatives de photographier les rues de Lhassa. Leur liberté de mouvement fut même parfois limitée lors des grandes processions qu’ils ne purent photographier que d’un balcon réservé aux invités, les Tibétains refusant qu’on puisse dominer le Dalaï-lama. Tout ceci n’empêcha les Britanniques d’utiliser des kilomètres de pellicule en noir et blanc et en couleur (la pointe de la technologie de l’époque !). Un accord avec Kodak leur permettait même d’envoyer leurs films et photographies à Londres pour qu’ils y soient développés en priorité avant de revenir au bout d’un mois !

La mission britannique à Lhassa en 1936 © Tibet Album

La mission britannique à Lhassa en 1936 © Tibet Album

Pour ce faire, la mission britannique basée à Lhassa à partir de 1936 se lança à corps perdu dans la sociabilisation : pour pouvoir photographier l’élite tibétaine, mieux valait avoir de bonnes relations avec elle. La chose ne fut pas difficile tant les uns et les autres se jugeaient proches. Les Britanniques ne pouvaient s’empêcher de noter avec fascination les similarités entre leur hiérarchie sociale et impériale et celle de l’élite aristocratique et religieuse de Lhassa. Très vite, le bâtiment de la mission devint l’hôte de fréquents pique-niques où le tout-Lhassa se pressait. Et au cas où l’invitation se fasse attendre, il suffisait de prendre les devants et d’inviter les membres de la mission à ses propres fêtes privées dans l’espoir qu’ils vous rendent la pareille. La mission britannique se paya même le luxe d’organiser un arbre de noël pour quelques enfants de l’élite (dont les frères du Dalaï-lama) et fit faire des cartes de vœu par des artistes tibétains qui furent expédiés par la poste jusqu’à Londres. En effet, les Tibétains étaient particulièrement honorés de recevoir une carte portant le cachet de la poste londonienne. La mission se garantissait un bon accueil par l’élite en lui apportant deux services inexistants jusque là : un médecin britannique pouvant opérer et soigner efficacement (notamment les maladies vénériennes, très répandues) et surtout plusieurs photographes qui immortalisèrent grandes familles et lamas de haut rang. Très vite, les aristocrates tibétains apprirent la technique et importèrent des appareils pour s’y mettre eux aussi. Bien que ça ne soit pas l’objet du livre, on apprend que l’attitude des Tibétains changeait totalement selon qu’il se trouvait devant ou derrière l’appareil photo. Ainsi les photographies prises par les Britanniques sont toutes posées et très figées, et reflètent bien la position sociale des modèles, en totale opposition avec celles, très détendues et naturelles que ces derniers prenaient d’eux-mêmes. L’un d’entre eux, l’ancien favori Tsarong, réalisa même une carte de vœu pour le nouvel an tibétain intégrant une photographie du Potala qu’il avait prise lui-même. Outre la photographie, la peinture réaliste occidentale enthousiasme les Tibétains habitués jusque là à des représentations stylisées. Le peintre que tous reçurent furent l’Indien Kanwal Krishna qui bénéficia du soutien de l’épouse du vice-roi des Indes pour accompagner Sir Basil Gould à Lhassa en 1940 pour l’arrivée du jeune XIVe Dalaï-lama. Ses représentations lui valurent un grand succès assuré par sa rapidité d’exécution (il mettait deux heures à faire un portrait). Parmi ses commanditaires : le jeune régent Reting, l’oracle de Nechung, les parents du Dalaï-lama et d’autres membres de l’élite. Posséder un de ses portraits devint un signe ostentatoire de réussite qu’on montrait à ses amis et à ses proches.

En plus de tout ceci, on trouve dans le livre un article sur la photographie en tant qu’objet d’histoire (m’a gonflé… j’ai zappé) et les biographies de plusieurs photographes ayant officié au Tibet. Et pour ceux qui aiment les images d’archives, voilà quelques liens d’archives photographiques et d’autres d’archives vidéos. Vous pouvez aussi utiliser cette carte des trajets des différents photographes qui vous permettra d’afficher les photos par lieu.

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