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Le Léon : histoire et géographie contemporaine / Louis Élégoët 18/07/2011

Posted by Rincevent in Mes lectures.
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Passons encore une fois à des quelque chose de très différent. Je suis tombé il y a peu sur ce livre publié en 2007 aux éditions Palantines, et qui m’a beaucoup intéressé en raison d’attaches familiales dans la région. Nous découvrons donc l’histoire de cette région de la préhistoire à nos jours.

Le Léon : histoire et géographie contemporaine / Louis Élégoët

Le Léon : histoire et géographie contemporaine / Louis Élégoët

Voilà un titre intéressant et très bien illustré. Seul petit bémol, la Seconde Guerre mondiale et l’occupation sont expédiées en deux pages citant des témoignages. Je suis sûr qu’il y aurait eu moyen de parler des autonomismes, de la collaboration etc… Trop sensible, peut-être ?

Le Léon donc, est un des anciens diocèses historique de la Bretagne, qui couvre à peu près le tiers nord-ouest du Finistère. Bien que ses limites ont fluctué au fil du temps, on considère généralement qu’il s’arrête à l’est à Morlaix, et un peu au sud de Landerneau, et comprend toutes les terres à l’ouest et au nord de ces villes. La ville de Brest constitue une exception notable dans la mesure où elle est historiquement une ville-garnison française plantée en terre bretonne. Le nom de cette région pourrait venir de la présence d’une légion romaine, le mot ayant par la suite été déformé. Lieu d’échange dès la préhistoire (on y retrouve des produits venus d’Espagne et des îles britanniques), la Bretagne se celtise progressivement avec l’arrivée des premiers Gaulois. Les Armoricains y fondent des cités et des tribus, et la région est dominée par les Osismes basés à Vorgium, l’actuelle Carhaix. La cité périclite en même temps que l’empire romain, l’agitation politique poussant les gens à enterrer des trésors qui seront retrouvés des siècles plus tard. L’Armorique commence peu après (IVe-Ve siècles) à devenir la Bretagne lorsque les Bretons insulaires émigrent pour s’y installer. Plus que des invasions anglo-saxones, il faut peut-être en voir la cause dans l’instabilité liée au départ des garnisons romaines et aux attaques des Pictes de l’actuelle Écosse et des Scots de l’actuelle Irlande. Ce mouvement très progressif de population a des conséquences importantes : la langue gauloise cède la place à l’ancêtre du breton ; les nouveaux venus rebaptisent les lieux en leur donnant le nom de leurs anciens terroirs, ce qui explique la présence de noms identiques de chaque coté de la Manche (Domnonée / Dumnonia, Lanildut / Llanilltud). Autre conséquence, la côte nord et l’ouest de la Bretagne sont sous l’influence du clergé celte et irlandais alors que le sud et l’est restent dans la sphère gallo-romaine.

Les provinces historiques de Bretagne © Géobreizh

Les provinces historiques de Bretagne © Géobreizh

Alors qu’il rentre dans le Moyen-Âge, le Léon tombe dans l’escarcelle de vicomtes. Très tôt, ceux-ci s’empoignent avec les Anglais ou le duc de Bretagne lors des divers conflits, au point qu’au XIIe siècle la vicomté perde une bonne partie de ses terres au profit du duc de Bretagne. Le pays, bien que maritime, n’occupe pas une place importante dans le commerce international : on transporte bien plus pour le compte des autres que pour le sien. Au XIVe siècle, on commence à produire du lin dont on fait des crées, des voiles de marine qui alimentent le marché, en particulier en Grande-Bretagne. Pas de manufactures ou de grandes concentrations, dans le Léon, tout se fait à la maison ou presque. La prospérité permet toutefois aux communautés villageoise de faire construire et embellir leurs lieux de culte. Ceci n’empêche pas la région de subir famines et disettes. L’introduction du sarrasin et de la pomme de terre améliore toutefois un peu la situation. Du point de vue culturel, on est ici en présence de ce que l’auteur appelle une civilisation paroissiale tant le pays se démarque de ses voisins cornouaillais et trégorois. Le taux de pratique religieuse y atteint généralement les 90 % et Saint-Pol-de-Léon, siège de l’évêque aux allures de ville sainte, tranche fortement avec Morlaix dont on dénonce l’indifférence religieuse. Le poids social et politique du clergé est sans comparaison ailleurs en Bretagne, et les vocations sont suffisamment nombreuses pour que les candidats au ministère débordent sur les diocèses voisins (qui ne goûtent pas forcément leur exigence). Si on se sent breton, on est avant tout de sa paroisse, et les uns et les autres savent reconnaitre les origines rien qu’à l’oreille. L’attachement fort à sa terre se manifeste par une forte endogamie et une méfiance envers les migrations (que découragent les prêtres), qui confine parfois à l’autarcie. Chaque paroisse a des liens privilégiés avec les paroisses sœurs voisines qui échangent services et époux. La révolution est d’abord accueillie avec enthousiasme par les populations qui s’empresse de rédiger des cahiers de doléance et d’élire leurs premiers maires (souvent des prêtres), mais la nécessité de prêter serment à la constitution (et donc de ne plus dépendre directement du pape) entraine une brouille définitive avec la république. Sauf exception, les paroisses resteront fidèles à leur prêtre et bouderont ou feront partir son remplaçant jureur.

Armoiries du Léon : d'or, au lion morné de sable © Arnaud Bunel

Armoiries du Léon : d'or, au lion morné de sable © Arnaud Bunel

Le XIXe est une période calme mais qui voit la Bretagne et le Léon de plus en plus économiquement à la traine par rapport aux autres régions. Malgré quelques tentatives, parfois réussies, le Léon reste profondément rural et les innovations mettent du temps à arriver et ne révolutionnent pas la production. On développe toutefois la culture des légumes pour l’exportation (Johnnies et leurs oignons). La croissance naturelle forte de la région la fait passer aux yeux de Paris pour un pays sous-développé presque plus éloigné que les colonies. Cette croissance alimente d’ailleurs le chômage et annonce le grand bouleversement du XXe siècle. C’est en effet à partir des années 1930-1940 que la masse bretonne prend conscience de son retard technique par rapport au reste de la France, et que les paysans aisés complexés commencent à rejeter leur langue et leur culture pour mieux s’intégrer à la bourgeoisie urbaine francophone qui est alors vue comme la seule porte d’accès à l’ascenseur social. C’est dans les années 1950 que les bretonnants décident d’arrêter de parler breton à leurs jeunes enfants, souvent sans maitriser le français. Il en résulte une « identité négative » : on nait et on se sait breton, mais c’est vécu comme un effroyable fardeau dont il faut se débarrasser à tout prix. Les Trente glorieuses sont pour le Léon une période de révolution économique, sociale et culturelle : l’ancien terroir fragmenté et replié sur lui s’ouvre au monde et à la société de consommation avec une rapidité extraordinaire. La natalité léonarde finit par rattraper le niveau national alors que la religiosité s’effondre brutalement et dans des proportions incroyables. Néanmoins, l’effacement progressif de la culture bretonne fait réagir les jeunes générations qui cherchent au contraire à la défendre et l’affirmer. Depuis les années 1980, la scolarisation et l’accès à l’université dépasse allègrement la moyenne nationale.

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