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Une histoire du Tibet / Sam van Schaik 01/06/2011

Posted by Rincevent in Le Tibet, Mes lectures.
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Pour changer un peu, parlons d’histoire du Tibet (rires). Cet ouvrage qui vient de paraître chez Yale University Press est l’œuvre de Sam van Schaik, par ailleurs auteur de l’excellent blog EarlyTibet. M. van Schaik est spécialisé dans les sources tibétaines anciennes, c’est à dire essentiellement les textes retrouvés à Dunhuang. Il travaille d’ailleurs pour l’International Dunhuang Project (la BNF y contribue aussi, parmi d’autres bibliothèques du monde), qui a pour but de numériser lesdits textes et de faciliter leur diffusion et leur étude.

Tibet : a history / Sam van Schaik

Tibet : a history / Sam van Schaik

Ce livre est un livre d’introduction à l’histoire du Tibet et s’adresse donc au grand public. Je ne peux qu’espérer qu’il soit un jour traduit en français. La lecture en est très agréable, mais souffre de petits défauts (de mon point de vue d’amateur, en tous cas) : il y a vraiment très peu de dates données, ce qui rendra probablement perplexes les néophytes, d’autant plus qu’on ne trouve pas non plus de chronologie ni de liste de dirigeants à la fin. Les repères temporels sont donc un peu difficiles à établir. Autre petit défaut, l’auteur commence souvent ses sections en racontant l’histoire traditionnelle telle qu’elle est racontée dans les légendes ou par les auteurs bouddhistes, mais j’ai trouvé que ces passages ne se démarquaient pas assez du commentaire de l’historien. Mais heureusement les qualités compensent largement ces petits inconvénients (très relatifs). Une des choses qui m’a particulièrement plu, c’est qu’enfin, un auteur se donne la peine l’expliquer les différences entre les différentes écoles du bouddhisme tibétain. Dans la plupart des autres bouquins, soit on ne parle de ces écoles que dans un contexte politique, soit on détaille leurs spécificités au risque de devenir totalement abscons (pour moi, en tous cas), soit on considère tout simplement que le lecteur connait déjà l’origine de chaque école. Ce n’est pas le cas ici puisque l’auteur nous présente rapidement le contexte d’apparition des écoles et leurs spécificités : rituel privilégié, méthode d’enseignement particulière ou texte fondateur sont au moins nommés.

Le fait que l’auteur soit spécialisé dans l’ère impériale rend les premiers chapitres très intéressant. Bien heureusement, les passages suivants sont tout aussi bien et présentent clairement l’évolution politique du Tibet sans oublier les aspects culturels. Dès qu’on approche les points litigieux et chargés de polémique, il ne manque pas de présenter les opinions des « pro-chinois » et des « pro-indépendance » avant de donner le sien. Un point agréable est qu’on ne voit pas uniquement l’histoire tibétaine telle que vécue au Tibet central. Sam van Schaik n’oublie pas d’évoquer l’histoire des marges tibétaines souvent dédaignées par Lhassa alors qu’elles ont lourdement contribué à son développement, notamment en réintroduisant la vie monastique après l’effondrement de l’empire. Le livre permet de bien comprendre à quel point la situation religieuse du Tibet central a été bouleversée par l’accession au pouvoir de l’école Gelug grâce aux Dalaï-lamas et Panchen-lamas. Ainsi, la tolérance qui était globalement la norme avant le XVIIe siècle et qui se traduisait par la présence de nombreuses écoles a fini par céder la place à un sectarisme croissant. Alliée à de puissants protecteurs mongols (et malgré des périodes et des personnes favorables aux échanges entre écoles), l’école Gelug a écrasé militairement puis détruit ou annexé de très nombreux monastères des écoles rivale, au point que celles-ci se soit recentrées sur les marges de l’espace tibétain échappant à l’autorité de Lhassa (territoires sous domination indienne ou chinoise). L’école Gelug ne s’en laissa pas compter et utilisa ses puissants relais à la cour des empereurs mandchous pour pousser ces derniers à servir ses intérêts, quitte à nuire à l’autorité du Dalaï-lama. Les notes qui se trouvent en fin d’ouvrages sont également une mine d’information qu’il ne faut pas hésiter à consulter.

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Commentaires»

1. Jonathan Guyon Le Bouffy - 07/03/2012

Sur l’écriture de l’histoire du Tibet après l’accession au pouvoir temporel du Vème dalaï lama en 1642, et surtout les changements dans l’écriture de celle-ci durant cette période (c’est à dire la justification de la violence) voir l’article de Derek Maher, « Sacralized Warfare: The fifth dalai lama and the discourse of religious violence », pp. 77-90 dans Michael K. Jerryson et Mark Juergensmeyer (eds), Buddhist Warfare, Oxford Unity Press, 2010, 257 p.


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