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Guerriers des Himalayas : redécouvrir les armes et armures du Tibet / Donald LaRocca 15/05/2011

Posted by Rincevent in Le Tibet, Mes lectures.
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Cet article de 2008 a été complètement réécrit le 15/05/2011. Warriors of the Himalayas: Rediscovering the Arms And Armor of Tibet de Donald LaRocca est un catalogue d’exposition publié en 2006 par Yale University Press. C’est une présentation complète et précise de l’équipement militaire tibétain à travers les âges, précédés d’articles sur l’histoire des armes tibétaines, celle de la ferronnerie au Tibet, les armes dans l’art bouddhiste et un témoignage sur le fonctionnement d’une chapelle dédiée à un dieu protecteur.

Warriors of the Himalayas: Rediscovering the Arms And Armor of Tibet / Donald LaRocca

Warriors of the Himalayas: Rediscovering the Arms And Armor of Tibet / Donald LaRocca

Toutes les images illustrant ce billet sont © Metropolitan Museum of Arts

Les casques et armures lamellaires
Une armure lamellaire est constituée de rangées de plaques de fer ou de cuir cousues par un lacet de cuir les unes aux autres de manière à se chevaucher. Cette technique est connue au Proche-Orient depuis le VIIIe siècle avant notre ère et a été utilisée au Tibet jusqu’au XXe siècle. C’était même le dernier pays du monde à les utiliser. Elles se présentent comme une robe sans manche généralement faites de douze à quatorze rangées de plaques, des rangées supplémentaires pouvant protéger le cou et les épaules. Elles s’ouvrent par l’avant (un lacet refermant l’armure) et l’arrière est fendu pour permettre un déplacement facile. Des bordures de soie ou de cuir renforcé existent parfois en bas de l’armure ou des épaules. On y lit souvent ce qui passe pour des numéros d’inventaires, ces équipements étant conservés dans des arsenaux de l’aristocratie ou du gouvernement. Des bourrelets de cuir fixés aux rangées supérieures permettent d’empêcher une lame de glisser et d’atteindre la gorge ou les flancs.
Ces armures sont toujours accompagnées d’un casque construit sur le même principe : ils sont généralement constitués de huit plaques arrondies qui se rejoignent sous le cimier. Ce dernier ressemble à un calice : un pied à base losange surmonté d’un tube pouvant recevoir des plumes. Il y a parfois des rangées de plaques supplémentaires pour protéger les joues et la nuque.
Les exemplaires existants sont de qualités très diverses et on pourrait être tenté de penser qu’ils sont d’époques différentes. Des datations au carbone 14 montrent qu’il n’en est rien et qu’armures et casques datent tous plus ou moins d »une période allant du début du XVe siècle à la moitié du XVIIe siècle. Des chercheurs ont eu tendance à attribuer systématiquement ce type d’armures lamellaires aux conquêtes mongoles, hors il s’avère qu’on n’en a pas retrouvé ailleurs qu’au Tibet, sans compter que les auteurs tibétains qui signalaient d’habitude l’origine des armes ne l’ont jamais fait pour ceux-ci.

Armure lamellaire du XVIe-XVIIe siècle

Armure lamellaire du XVIe-XVIIe siècle

Les casques
Il y a deux principaux types de casques : ceux qui étaient fabriqués en même temps que les armures lamellaires, et ceux qui étaient faits d’un seul tenant avec des rabats de tissu. On les considère généralement comme d’origine bhoutanaise, mais ils faisaient partie de l’équipement des zimchungpa défilant à Lhassa lors de la Mönlam Chenmo. D’autres types de casques existent. Ils peuvent avoir plus de plaques que d’habitude, ou être tout simplement d’origine étrangères. Quant ils sont décorés, les motifs sont très souvent d’inspiration bouddhiste.

Les boucliers
Ils sont très mal connus alors qu’on les utilise depuis au moins aussi longtemps que les armes. Ils sont toujours ronds, mais peuvent être plats ou convexes. Ils sont faits d’osier ou de rotin et sont rarement décoré si ce n’est de la peinture. Il y a presque toujours un umbo (je viens de découvrir le mot 😛 : c’est le machin métallique au milieu du bouclier) rattaché à la poignée et d’où rayonnent souvent des montants métalliques assurant l’intégrité de l’ensemble. La version plate semble être originaire du Tibet occidental. Des boucliers de cuir existaient aussi et étaient un peu plus légers, mais se trouvaient plutôt dans les régions frontalières du sud.

Casque du XIVe-XVIe siècle Bouclier du XIVe-XVIe siècle

Casque et bouclier du XIVe-XVIe siècle

La barde
C’est la protection du cheval, identique à l’armure lamellaire. Les peuples nomades voisins de la Chine en ont utilisés dès le IIIe siècle avant notre ère. Le modèle utilisé par le Tibet existait déjà au Moyen-Orient au VIIe siècle. La dynastie chinoise des Tang louera ces protections ainsi que tout l’arsenal tibétain de l’époque. Il n’existe plus d’ensemble complet et homogène, mais les parties éparses retrouvées permettent de connaitre ce qui le composait : le chanfrein (tête), la barde d’encolure, le plastron, les flançois, la barde de croupe et d’autres encore pour protéger les autres parties du corps. L’originalité tibétaine est d’associer une armure lamellaire à des panneaux de cuir (souvent vernis et doré). Les panneaux de cuir sont richement décorés par ce qui ressemble à de la laque mais n’est en fait que l’application de plusieurs couches de laque, de feuilles d’or et d’huile de tung. On retrouve les motifs traditionnels d’arabesques, de lotus et de dragons, de symboles bouddhistes.
Les datations au carbone 14 donnent le même âge que les armures lamellaires, c’est-à-dire la période où les derniers grands seigneurs laïcs s’affrontaient à grande échelle. Il n’y a pas de certitude sur la provenance de ces bardes : certes les Mongols en ont utilisé deux siècles avant les Tibétains, mais les exemplaires retrouvés présentent une décoration typiquement tibétaine, des lettres tibétaines et ont clairement été produites lors de conflits internes au Tibet. Toutefois, aucun auteur tibétain ne les mentionne.

Les armures de cuir
Ce sont des protections vernies ou teintes, parfois renforcées par des montants métalliques. La notion de décoration semble importante puisque le nom tibétain, setrab, désigne spécifiquement un cuir vernis ou teint. Elles sont utilisées en Asie depuis au moins le VIIIe siècle avant notre ère. Les plus anciens exemplaires tibétains ont été retrouvés à Miran (fort d’Asie centrale occupé par l’empire). Les Yi / Lolo des marches sino-tibétaines en utilisaient toujours au XXe siècle. Il n’existe plus que des pièces d’armures éparses, notamment des avant-bras gauche.

Les cottes de maille et autres formes d’armures
Les Tibétains les appellent armures d’anneaux et les utilisent depuis longtemps. On ignore à quelle étendue elles ont continué à été utilisées. On sait que lorsque les troupes chinoises en ont découvert au Xinjiang au XVIIIe siècle, cet équipement leur parut déjà exotique. Les photographies du XXe siècle montrent que les cavaliers de Lhassa (parfois des centaines) en portent toujours lors de la Mönlam Chenmo. C’est une chemise à manche courte qui descend rarement plus bas que les hanches.
Les cottes de maille sont souvent accompagnées d’une protection appelée « les quatre miroirs ». Il s’agit d’un ensemble de quatre disques métalliques maintenus par des lanières de cuir qui protègent la poitrine, le dos et les aisselles. D’origine perse, ces disques étaient également utilisés en Inde. Les Tibétains les font damasquiner ou incruster d’or et d’argent.

Chanfrein du XVe-XVIIe siècle Protection d'avant-bras du XVe-XVIe siècle

Chanfrein du XVe-XVIIe siècle
Protection d'avant-bras du XVe-XVIe siècle

Les épées
Sans surprise, c’est l’arme principale utilisée par les Tibétains du VIIe au XXe siècle. Elle est d’autant plus respectée qu’elle bénéficie d’une position enviable dans le bouddhisme : l’épée est l’arme utilisée par plusieurs bodhisattva pour pourfendre l’ignorance qui empêche les êtres vivants de se libérer du cycle des réincarnations. C’est aussi un signe extérieur de richesse qui permet d’affirmer son statut social, ce qui explique le soin particulier qu’on accorde à sa réalisation et à sa décoration. Il en existe quatre principaux types : l’épée droite à tranchant unique qui se termine en biseau (plus ou moins aigu) ; l’épée droite à tranchant unique qui se termine en pointe, plutôt utilisée en tant que dague ou épée courte ; l’épée droite à double tranchant qui se termine en pointe ; l’épée courbe de type sabre généralement d’origine étrangère. La texture de la lame est importante de par les motifs qui y apparaissent en fonction de la technique employée. Le plus souvent on observe des lignes noires et claires qui alternent le long de la lame, mais des ovales concentriques sont également possibles. Les Tibétains parlent de deux sortes de fer : le fer « mâle » est plus dur et plus sombre, le fer « femelle » est plus malléable et plus clair. C’est le mélange des deux qui permet de constituer une lame solide mais souple. La différence entre les deux sortes de fers peut s’expliquer par leur teneur en carbone. Il y a aussi un fer « neutre » et un fer composite qui ont également une couleur et une propriété différente.
Il y a deux types de pommeaux : le premier a souvent une forme de trèfle et est fait de fer ou d’argent. Sa surface est ciselée ou repoussée pour créer des motifs d’arabesques, de swastikas ou de frettes. Il porte une pierre précieuse et un anneau destiné à attacher une dragonne ou un ruban de soie. Ce type a une poignée de bois rectangulaire enveloppée dans du fil d’argent. L’autre type de pommeau se retrouve plus dans le Tibet oriental : c’est un losange incrusté de fils de cuivre, avec des cônes de fer et deux trous pour la dragonne. Sa poignée recouverte de peau de raie est plus longue et s’évase aux extrémités.
La garde est soit un ovale perpendiculaire à la lame dont les bords découpés forment un double trèfle, soit un ovale parallèle à la lame qui peut prendre la forme d’un masque effrayant. Quoi qu’il en soit, la garde s’ajuste parfaitement dans le haut du fourreau. Celui est réalisé en bois recouvert de textile ou de cuir et porte deux ornements qui servent aussi de renforts : la bouterolle (en bas) et la chape (en haut), qui sont toute deux richement ornées et portent des pierres précieuses.
L’épée est porté soit par devant, glissée dans la ceinture avec la poignée à droite, soit attachée à la ceinture du coté gauche.

Les lances, fers de lance et les autres armes
Les lances sont des armes de cavaliers, mais peuvent être utilisées par les oracles ou lors d’autres rituels. Seules les lances destinées au combat sont aiguisées et leurs hampe de bois est renforcée par une spirale de fer et un socle en fer. Le fer de lance peut être à double tranchant ou en pointe quadrangulaire. On peut les décorer avec des fanions ou des rubans de soie. Certaines étaient attachées à une corde pour servir de javelot. Seules les lances de cérémonie sont damasquinées.

Épée du XIVe-XVIe siècle Lance du XVIIIe-XIXe siècle

Épée du XIVe-XVIe siècle
Lance du XVIIIe-XIXe siècle

Le tir à l’arc
C’est la force militaire des nomades et des combattants à cheval. Les arcs tibétains étaient très variés et allaient de l’arc simple en bois à l’arc composite fait de bois, de corne et de tendon. Les flèches peuvent être en bambou ou en bois. La décoration concerne plutôt le carquois et le fourreau de l’arc, fabriqués en cuir vernis et doré, comme les éléments de la barde. Au départ, le fourreau de l’arc en recouvrait la moitié, mais la nécessité de pouvoir utiliser son arme rapidement (à la guerre ou à la chasse) réduit sa taille.

Les armes à feu et leurs accessoires
Bon, là j’ai un peu décroché parce que les termes étaient vraiment trop techniques et que je n’y connaissais rien. Les armes à feu ont probablement été introduites au Tibet vers le XVIe siècle depuis à peu près tous les pays voisins. Il s’agit essentiellement de mousquets qui s’utilisent avec une platine à mèche. Les Tibétains les ont adaptés en ajoutant une paire de pieds permettant une meilleure stabilité pour viser. Ces pieds fixés à l’arme étaient faits à partir de cornes animales. De par la longueur de ces armes, elles se sont assez bien prêtées à la décoration via leurs éléments métalliques.

La sellerie
Avec l’épée, c’est l’autre signe extérieur de richesse que s’autorisent les Tibétains. Devant et derrière la selle se trouvent des panneaux métalliques finement ouvragés et incrustés de pierres précieuses. Tout le harnachement du cheval est travaillé : les harnais portent des pendeloques, les étriers ont des têtes de dragons.

Bride du XVe-XVIIe siècle Selle du XVe siècle

Bride du XVe-XVIIe siècle
Selle du XVe siècle

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