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Redécouvrir les armes et armures du Tibet / Donald J. LaRocca 08/05/2011

Posted by Rincevent in Le Tibet.
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Tiens, puisque je n’ai rien à faire en ce moment, je vais revenir plus sérieusement sur les quatre articles qui figurent dans le magnifique ouvrage Warriors of the Himalayas : rediscovering the arms and armor of Tibet de Donald LaRocca, dont je compte réécrire le billet. Il signe le premier d’entre eux, qui sert d’introduction à l’ouvrage. Nous découvrons ici dans quelles circonstances les armes tibétaines ont été utilisées et comment les Occidentaux les ont découvertes.

Warriors of the Himalayas : rediscovering the arms and armor of Tibet / Donald LaRocca

Warriors of the Himalayas : rediscovering the arms and armor of Tibet / Donald LaRocca

L’auteur explique d’abord que le livre est basé sur une exposition présentant du matériel issu de divers musées mais ayant peu été étudié. En raison de l’aura spirituelle et pacifique que le grand public associe au Tibet, ces armes sont largement ignorées. Le fait est que l’Occident ne les a découvert que très tardivement en raison de la politique isolationniste du Tibet au XIXe siècle. Les premières information sur l’armement tibétain datent donc des combats menés par les troupes britanniques à cette époque ou du travail de quelques explorateurs. L’expédition de Sir Francis Younghusband de 1904 en ramena de nombreux exemplaires, ainsi que les toutes premières photographies d’un arsenal qui avait alors disparu d’Europe depuis des siècles. Les photos prises au cours du XXe siècle montrent quant à elle la relégation progressive (mais pas totale) des armes traditionnelles au statut d’objet de parade.

Il est difficile de ne pas penser à la chevalerie du Moyen-Âge européen lorsqu’on voit l’attirail des combattants tibétains : heaumes, cottes de maille, armures lamellaires en cuir ou en fer, caparaçons pour les chevaux, mousquets, épées, lances, arcs et flèches, chakram (anneaux tranchants à lancer, comme dans Xéna la Guerrière). Au XXe siècle, ces équipements sont essentiellement utilisées pour des parades comme lors de la Mönlam Chenmo (fête de la grande prière qui suit le nouvel an) à Lhassa. À cette occasion, une troupe est assemblée et équipée de matériel datant de la moitié du XVe siècle à la fin du XVIIe siècle, une période mouvementée de l’histoire tibétaine. Ces soldats de parade, les zimchungpa, se divisaient en fantassins et cavaliers. Les premiers servent de garde d’honneur au Dalaï-lama et à l’oracle d’État de Nechung et simulent un combat à la fin de la Mönlam Chenmo. Les cavaliers sont passés en revue et participent à un concours de tir au galop. Ce sont les grandes familles qui financent et équipent chaque homme, selon le système traditionnel utilisé pour lever des troupes. La qualité de l’équipement diffère d’un homme à l’autre, mais il reste relativement uniformisé et a dû se stabiliser aux XVIIe – XVIIIe siècles. Les cavaliers qui mènent la troupe ont un équipement de grande qualité, en particulier un cimier très élaboré dont les plus hauts sont attachés au pouce par une corde pour éviter qu’ils ne tombent à terre.

Des armes de l’ère impériale (VIIe – IXe siècles), il ne subsiste quasiment plus rien. Il est donc totalement impossible de se faire une idée précise de l’équipement qui a permis au Tibet de contrôler une partie de la route de la soie et de tenir en respect ses voisins de Chine et d’Asie centrale. Il n’en reste pas beaucoup plus de la période qui suivit au cours de laquelle l’empire se fragmenta avant de passer sous le pouvoir des Mongols au XIVe siècle. Ce sont les siècles suivants qui nous ont légués l’essentiel des armes et armures aujourd’hui conservées par les musées. Une fois de plus le Tibet était fragmenté, mais plusieurs petits pouvoirs tentèrent successivement d’étendre leur influence, ce qui provoqua de nombreux conflits. L’accession au pouvoir du Ve Dalaï-lama en 1642 marqua le début d’une centralisation croissante. L’armement en fut peu transformé si ce n’est l’apparition des armes à feu.

Les armes exposées dans les musées du monde y sont arrivées par divers moyens. Beaucoup furent prises après les combats menés lors de l’expédition de 1904, d’autres furent achetées sur place ou à des intermédiaires par des explorateurs, des missionnaires, des chercheurs. L’invasion de 1950 et l’exil de nombreux Tibétains en obligea beaucoup à vendre leurs armes précieuses pour subvenir à leurs besoins. Malgré les destructions de la révolution culturelle, de nombreux temples ont conservé les armes qu’on y a déposé en tant qu’ex-voto. Si elles sont aussi « abondantes » aujourd’hui, c’est parce qu’elles n’ont cessé d’être produites et d’un usage courant qu’au XXe siècle. Les armures sont par contre souvent plus anciennes et étaient conservées par l’aristocratie dans ses armureries ou dans celles de forteresses afin de pouvoir resservir rapidement, ce qui peut expliquer que beaucoup portent des numéros d’inventaires. Mais leur survie est également culturelle puisque le bouddhisme tibétain accorde une place importante aux armes utilisées par les divinités mondaines défendant leur religion (d’où leur utilisation comme ex-voto). L’iconographie bouddhiste les représente donc très souvent : les dieux sont toujours bien armés, surtout lorsqu’ils ont plusieurs paires de bras ! Les dépôts votifs, attestés par des voyageurs de diverses origines, permettraient probablement d’étudier l’histoire militaire du lieu où ils se trouvent. Les techniques utilisées pour décorer armes et armures sont très variées : gravure, incrustation, damasquinage, dorure au mercure, perçage et ajourage, ciselure, repoussé… Le degré de décoration varie énormément, mais on retrouve souvent des motifs d’inspiration bouddhistes servant de porte-bonheurs ou de signes de piété. La forme la plus répandue est certainement l’arabesque, motif de feuilles entremêlées qui peut se décliner en nuages stylisés ou en flammes. L’arabesque sert essentiellement d’arrière-plan à d’autres motifs, notamment aux créatures mythiques comme les dragons, garuda ou kirttimukha, ainsi que toute la panoplie des symboles bouddhistes. Les inscriptions sont plus rares, et utilisent généralement les caractères ornementaux lantsa, d’inspiration indienne. Les textes tibétains évoquent parfois les armes et armures du pays, mais il ne s’agit le plus souvent que de quelques passages isolés, et le plus ancien témoignage ne date que du XVIe siècle. Il est d’autant plus difficile d’étudier les armes tibétaines qu’à la différence des pays voisins, elles ne portent aucune marque de fabrique permettant d’identifier sa date ou son lieu de création. Les chercheurs sont donc réduits à les classer par style, ce qui conduit à une classification assez artificielle.

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