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La transformation de l’identité nationale tibétaine / Warren Smith 01/05/2011

Posted by Rincevent in Tibet and her neighbours : a history / Alex McKay.
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Dans cet article, M. Smith nous présente de façon claire quelles sont les différences de conception de l’identité tibétaine selon les autorités chinoises et les exilés tibétains, et surtout quels malentendus en sont nés et ont affectés l’évolution de leurs relations.

Comme l’explique l’auteur, la culture chinoise classique et la culture communiste voient toutes deux la fusion des nationalités comme un événement inévitable et l’extension des frontières de la Chine comme un processus naturel. Dans une optique comme celle-là, l’autonomie n’est qu’une phase initiale devant laisser la place à un contrôle chinois croissant assisté par l’immigration de Chinois de souche et l’assimilation des populations locales. Pour les cadres du parti communiste, l’autonomie a pour but de réduire l’opposition des élites locales avant de pouvoir renforcer le contrôle direct. Les Chinois avaient cependant sous-estimé l’intensité de la résistance des Tibétains, aveuglés par leur certitude que le Tibet avait toujours fait partie de la Chine. Par conséquent, toute tentative d’obtenir l’indépendance du Tibet ne peut qu’être l’œuvre de puissances étrangères car, bien entendu, la politique du parti est infaillible. Le sujet même n’en est pas un. Le seul sujet qui peut être abordé est la situation sociale au Tibet qui s’est nettement améliorée avec l’abolition du servage. L’envoi de troupes au Tibet est justifié par le fait que la Chine se devait de mettre fin à des siècles d’arriération et de barbarie. Sur place, la politique de la Chine balance entre l’assimilation et l’autonomie suivant quelle faction est en position dominante. Jusqu’à la moitié des années 1950, c’est l’autonomie qui a la faveur, puis l’assimilation est mise en œuvre dans les marches sino-tibétaines, plus anciennement occupées par la Chine. La révolte qui y éclate et se répand au Tibet central interrompt brutalement cette assimilation. Mais l’insurrection de 1959 et la fuite du Dalaï-lama discrédite les partisans de l’autonomie. La révolte est écrasée et le Tibet perd ce qui lui restait d’autonomie. Un endoctrinement massif et des séances d’autocritiques instillant la peur au sein de la population permettent d’éliminer les opposants, et l’économie commence à être collectivisée. La révolution culturelle voit l’assimilation s’accélérer brutalement : il s’agit désormais de remplacer la culture tibétaine par la culture marxiste chinoise.

La mort de Mao marque le début d’un timide relâchement : on revient à une politique d’autonomie sans l’appliquer réellement puisque seuls les aspects non-politiques de la culture tibétaine sont tolérés. Il ne s’agit pourtant pas d’une reconnaissance des différences entre la Chine et le Tibet. En réalité, les nouveaux dirigeants chinois sont persuadés que le nationalisme tibétain a été éradiqué par trente années d’occupation et d’assimilation. Dès lors, l’offre de retour au pays qui est faite au Dalaï-lama n’est qu’un luxe que Pékin s’autorise car on y est convaincu que la partie est gagnée. C’est une grave erreur : la visite de délégations envoyées par le Dalaï-lama combinée à la libéralisation sonne le réveil du nationalisme tibétain qui débouche sur les émeutes de 1987 à 1989. Après cette date, on revient à la répression et au développement économique qui est censé être la seule solution au problème tibétain. Alors que la présence d’officiels chinois avait décrue au début des années 1980, elle repart à la hausse. Les caractéristiques du Tibet ne doivent en aucun cas entraver le développement économique, ce qui signifie que l’autonomie n’est plus à l’ordre du jour. La volonté affichée de négocier avec le Dalaï-lama n’est désormais plus qu’un discours de propagande. La dernière ouverture a lieu à la mort du Panchen-lama en 1989, le Dalaï-lama étant invité à venir célébrer une cérémonie à Pékin. Cette invitation est refusée car les exilés pensent que la Chine n’a pas vraiment intention de discuter le statut du Tibet. Ils surestiment aussi l’efficacité de la mobilisation internationale. Les émeutes mettent fin à tout espoir de négociation. Les années 1990 voient donc la Chine adopter une politique résolument hostile au Dalaï-lama. Les deux camps affirment leur souhait de parvenir à un accord, mais utilisent des termes inacceptables pour l’autre : ainsi la majorité des officiels chinois pense que le relâchement de la décennie précédente n’a fait que stimuler le séparatisme et est donc incompatible avec la sécurité de la Chine (ils n’ont pas oublié que si au XXe siècle la Grande-Bretagne acceptait la suzeraineté chinoise sur le Tibet, ça ne l’a pas empêchée d’aider le Tibet à devenir indépendant de facto).

Dans la mesure où les Tibétains réclament une autonomie que ne peuvent accepter les Chinois, il n’est pas surprenant que la situation s’enlise. La Chine refuse même de reconnaitre l’indépendance de fait qu’a vécu le Tibet de 1913 à 1950 car le faire reviendrait à reconnaitre que sa libération fut en fait une invasion. La solution au problème semble être le temps : la Chine n’a plus qu’à attendre la mort du Dalaï-lama pour pouvoir désigner ensuite un successeur. De leur coté, les exilés tibétains espèrent qu’une Chine démocratique acceptera de négocier alors que l’intégrité de ses frontières serait tout autant menacée. En fait, c’est la survie même de l’identité tibétaine qui pose problème puisqu’elle remet en cause l’unité de la Chine. Bien que la volonté de négocier puisse sembler étrange dans un tel contexte, le Dalaï-lama a su populariser l’idée en occident. L’occident défend d’ailleurs d’autant plus facilement la nécessité de mener des négociations que ça ne lui coûte rien. Mais c’est réduire un problème de fond à un simple malentendu qui pourrait se réduire par la discussion. Pour l’auteur, les exilés devraient surtout faire preuve de réalisme et se préoccuper davantage de la survie de l’identité tibétaine quel que soit le statut du territoire. Car en effet si la Chine est agacée par la critique étrangère, c’est toujours plus supportable que l’autonomie désormais associée au séparatisme. Les Chinois quant à eux cherchent surtout à faire rentrer le Tibet dans le moule grâce au développement économique. Sur le plan intérieur, cette politique rencontre un succès certain, mais les pays étrangers n’en reconnaissent pas la légitimité. De fait, même au Tibet, la répression entraîne une autocensure qui peut faire douter de l’adhésion populaire à la politique officielle. La propagande chinoise touche pourtant une grande partie des Chinois et bon nombre d’étrangers. M. Smith suggère que la survie de l’identité tibétaine passe peut-être par un glissement : au lieu de réclamer une autonomie qui n’arrivera jamais (l’autonomie étant de toute façon concédée par un pouvoir supérieur), l’administration en exil aurait bien plus de succès en demandant le droit à l’autodétermination. Les deux concepts peuvent sembler identique, mais ils sont en réalité incompatibles : l’un résulte d’une décision prise d’en haut, l’autre n’a pas besoin d’aval pour exister. Il reste que l’autodétermination est une idée dangereuse pour la communauté internationale dont les membres craignent les sécessions. L’auteur y voit pourtant un moyen de soutenir l’indépendance sans le dire, tout en laissant la porte ouverte à d’autres solutions moins radicales.

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