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Une brève étude des relations Tibet-États-Unis / A. Tom Grunfeld 13/04/2011

Posted by Rincevent in Tibet and her neighbours : a history / Alex McKay.
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Si aujourd’hui la cause tibétaine semble être principalement animée depuis les États-Unis, il ne faudrait pas croire que le soutien croissant de l’opinion publique à l’administration en exil du Dalaï-lama puisse approcher ne serait-ce qu’un peu le niveau d’un soutien officiel. Bien au contraire, M. Grunfeld nous montre ici que si les États-Unis ont bel et bien accordé leur soutien à des tibétains, ils ne l’ont fait que pour contenir la poussée communiste et n’ont jamais envisagé ni souhaité son indépendance.

Les contacts officieux entre le Tibet et les États-Unis existent depuis le début du XXe siècle, mais les contacts officiels ne datent que de la Seconde Guerre mondiale, l’oncle Sam cherchant alors une voie de ravitaillement pour soulager la Chine de plus en plus isolée et menacée au fur et à mesure de l’avancée japonaise en Asie. L’Indochine et la Birmanie étant occupées par l’armée impériale, il ne reste alors plus que le Tibet. Washington dépêche alors une mission en 1942-1943 afin de traverser le pays et étudier les possibilités, mais cela ne débouche sur rien. Les États-Unis ne contestent pas les revendications chinoises sur le toit du monde, et en 1946 c’est le Tibet qui cherche à rompre son isolement et envoie une mission féliciter les Alliés, mais les protestations chinoises l’empêchent de quitter l’Inde et elle doit se contenter de s’adresser aux ambassades locales. L’année suivante, c’est une nouvelle mission commerciale qui part à l’étranger pour obtenir la fin des restrictions sur les exportations tibétaines, trouver éventuellement de nouveaux clients, acheter de l’or et si possible défendre l’indépendance tibétaine. La mission est un échec, d’autant plus flagrant que les passeports tibétains n’ont pas été reconnus. Des journalistes américains sont toutefois invités à Lhassa, ce qui fait une bonne publicité au Tibet sans changer la situation du pays. L’arrivée au pouvoir des communistes chinois rend brutalement le Tibet beaucoup plus important aux yeux de Washington qui cherche alors à prendre contact avec le gouvernement tibétain pour contrer Mao. Hélas, les nationalistes de Tchang Kaï-tchek exigent d’être les seuls interlocuteurs pour tout ce qui touche au Tibet et les Indiens, qui ont un monopole de fait pour tout accès au Tibet, ne veulent pas contrarier Pékin. Une rencontre a toutefois lieu en Inde en 1949 : les États-Unis témoignent leur sympathie mais refusent de le faire publiquement pour ne froisser personne. Il semble que les Américains ont envisagé jusqu’en 1952 une intervention militaire, mais l’éclatement de la guerre de Corée simultanément à l’invasion du Tibet les a finalement tournés vers les opérations psychologiques et paramilitaires. Les Tibétains résistants au communisme pourraient recevoir des armes légères et un financement si l’Inde le veut bien. De même, les Tibétains engagent un juriste et une société de relations publiques afin d’obtenir le soutien de l’ONU, sans effet.

Quand le Dalaï-lama se réfugie dans le sud du Tibet alors que l’armée chinoise progresse, Washington l’invite à se réfugier en Inde, mais il préfère essayer de négocier, ce qui débouche sur l’accord en 17 points de 1951. Le Dalaï-lama reçoit vite une lettre secrète où on lui propose, en échange du désaveu de l’accord et d’un appel à l’ONU : le financement d’un exil, la création d’un mouvement de résistance alimenté en armes légères, une campagne de propagande, et des revenus personnels annuels. Mais le souverain décline l’offre. Lorsque le gouvernement américain cesse ses ouvertures, c’est la CIA qui entre en jeu. Pendant des années, elle nouera des relations avec l’entourage du Dalaï-lama, ce qu’il niera pendant des décennies alors que Taiwan et la compagnie livreront des armes à la résistance pour qu’elle harcèle l’armée chinoise. Grâce à l’intermédiaire de Gyelo Döndrub, un des frères du souverain, des Tibétains sont formés par la CIA qui veut déstabiliser la région. Ces guérilleros seront largués au Tibet afin d’y aider la rébellion et inciter le Dalaï-lama à faire appel aux États-Unis. Les parachutages concernent aussi bien les hommes que le matériel : radios, armes et munitions, médicaments, presses portative pour imprimer des pamphlets. Jusqu’à 170 résistants s’entraineront sur la base de Camp Hale au Colorado. Mais les parachutages cessent dès 1961, les pertes étant trop importantes. La CIA décide alors de créer un camp au Mustang, petit royaume féodal du Népal d’où les combattants pourront harceler les troupes chinoises en profitant d’un refuge sûr. En parallèle, l’Inde qui vient de subir une guerre avec la Chine crée un centre d’opération commun avec les États-Unis pour gérer la résistance tibétaine : les effectifs sont tibétains, le financement et le matériel américain, l’encadrement indien. Les opérations ne rencontrent pas beaucoup plus de succès en dépit de quelques réussites comme la prise d’archives de l’armée chinoise. L’Inde crée quand même une unité frontalière tibétaine formée par les forces spéciales américaines et installe des postes d’écoute de l’autre coté de la frontière. Aux États-Unis même, la CIA crée ou noyaute des organisations de soutien aux Tibétains. De plus, les délégations du Dalaï-lama qui voyagent dans le monde voient leurs frais pris en charge, des bureaux sont ouverts dans plusieurs pays pour diffuser le point de vue tibétain et servir de « consulats » à l’administration en exil, des bourses universitaires sont accordées. Entre 1959 et 1974, le Dalaï-lama touchera 180 000 dollars par an. Les opérations du Mustang déclinent à partir de 1969 et cessent en 1971 lorsqu’Henry Kissinger se rend à Pékin et amorce un rapprochement avec la Chine. Dès que le soutien américain cesse, les opérations périclitent.

La mort de Mao et la libéralisation qui commence à la fin des années 1970 apportent au Tibet une ouverture longtemps attendue : les touristes sont autorisés, des Tibétains peuvent occuper des postes de décision, des exilés peuvent rendre visite à leurs familles et le Panchen-lama est libéré. Devant cette situation favorable, le Dalaï-lama modère ses discours et met en avant le bien-être économique des Tibétains plus que l’indépendance. Des discussions avec la Chine débutent en 1978 et Pékin autorise l’envoi de délégations du Dalaï-lama qui se met lui-même à voyager à l’étranger. Les discussions ayant pris fin en 1982, le Dalaï-lama tente de mobiliser l’opinion publique mondiale pour faire pression sur la Chine pour qu’elle rouvre les négociations. Le lobby tibétain est en pleine ascension avec la création de la campagne internationale pour le Tibet qui finance des visites de colonies tibétaines en Inde pour des congressistes et diffuse des publications sur le Tibet. Le mouvement a une certaine efficacité auprès d’élus américains qui s’agacent du déséquilibre économique croissant entre la Chine et les États-Unis. Tout ceci ne fait qu’agacer la Chine qui doit en outre faire face à une résurgence de la contestation interne. Les émeutes qui éclatent au Tibet marquent le début d’un durcissement. Du reste, l’opinion publique n’est pas le gouvernement américain. Celui-ci continue toujours à considérer que le Tibet fait partie de la Chine et ne reconnait pas l’administration du Dalaï-lama. Tous ces facteurs permettent à la faction radicale de s’imposer en Chine : puisque la modération n’a contribué qu’à raviver la contestation et n’a pas amené le Dalaï-lama à plier, alors autant recourir à la répression. La loi martiale est proclamée de 1988 à 1990. La politique chinoise est désormais d’attendre la mort du Dalaï-lama pour choisir et former son remplaçant, et d’accélérer le développement économique du Tibet et l’immigration han. Toute manifestation de soutien au Dalaï-lama ou en faveur de l’autonomie est interdite et punie. Le soutien occidental au Dalaï-lama ne faiblit pas, mais la politique américaine ne change pas pour autant. Si le Dalaï-lama rencontre trois présidents américains, c’est toujours à titre privé et en dehors des pièces réservées aux réceptions d’État. Les années 2000 et l’après 11/09 voient le soutien officiel du gouvernement américain (déjà seulement verbal) se réduire avec le besoin du soutien chinois à la politique de lutte contre le terrorisme, sans compter l’essor fulgurant de son économie.

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