jump to navigation

Le cadre conceptuel de la guerre de Galdan : le gouvernement bouddhiste au Tibet, en Mongolie et chez les Mandchous / Ishihama Yumiko 25/03/2011

Posted by Rincevent in Tibet and her neighbours : a history / Alex McKay.
Tags: , , , , , , ,
trackback

En dépit de l’aura de philosophie pacifiste et détachée des contingences matérielles que le bouddhisme a chez les Occidentaux, il y a eu aussi des fanatiques. Cet article nous montre comment un prince mongol a foutu la merde en Asie, mais aussi comment le bouddhisme tibétain constituait l’univers mental commun des dirigeants.

En 1645 naît un prince mongol dzoungare nommé Galdan Khan qui est plus tard reconnu comme une incarnation. Il étudie au Tibet avant de revenir au pays en tant que gelugpa. En 1688 il déclenche une guerre en attaquant ses compatriotes Kalkha (les Dzoungares et Khalkha étant des sous-groupes mongols). L’empereur Kangxi demande au Ve Dalaï-lama d’intervenir pour calmer les choses, ce qui est une pratique habituelle étant donnée l’influence de ce dernier sur les Mongols. Le Dalaï-lama s’exécute, ce qui débouche sur une conférence de paix sous la médiation d’un représentant de l’empereur et de l’abbé de Ganden, en présence du Jetsun Dampa (plus haute autorité bouddhiste mongole). La conférence prend fin après que les deux groupes ont juré de faire des efforts pour la paix. Au nouvel an suivant, Dzoungares et Khakha proposent de conférer des titres honorifiques à l’empereur qui refuse. Mais peu après, Galdan écrit une lettre au représentant chinois où il se plaint de l’attitude du Jetsun Dampa et l’accuse de s’être assis sur un siège à la même hauteur que celui du représentant du Dalaï-lama. Pour Galdan, c’est un crime de lèse-sainteté. Le Jetsun Dampa fait également parvenir une copie de la lettre à l’empereur, qui se contente d’abord d’observer. Mais lorsque Galdan envahit le territoire des Khalkhas et détruit le temple d’Erdeni Zuu, il semble clair que les choses n’en resteront pas là. Kangxi tente bien de le raisonner, en pure perte. Il informe donc le Dalaï-lama que les Khalhas sont sous protection impériale et lui réclame un ambassadeur qui pourra rétablir la paix. Le Dalaï-lama choisit l’abbé de Jampaling. Notons qu’en réalité, c’est le régent Sangye Gyatso qui le choisit car il a dissimulé la mort du Ve Dalaï-lama aux yeux de tous. L’empereur est très surpris quand le régent lui suggère de liquider le chef des Khalkhas et le Jetsun Dampa car ce ne sont pas des idées auxquelles l’a habitué feu le Dalaï-lama (qu’il pense toujours en vie). Galdan ayant pénétré en Chine pour poursuivre ses ennemis, l’empereur n’a plus d’autre choix que de le punir. Il rappelle toutefois que tant qu’il n’y a pas d’hostilité manifeste, il est toujours temps de se rattraper. En pure perte. Galdan est donc battu, mais peut repartir en promettant de ne plus entrer en Chine. C’est un vœu pieux puisqu’il recommence à faire parler de lui après avoir fait assassiner un représentant impérial. Cette fois Kangxi se fâche et lance une attaque massive qui pousse Galdan à se suicider en 1697.


À force de devoir faire le gendarme chez les Mongols, Kangxi a besoin de se détendre avec ses copains de la Cité interdite © The Dormitory Boys

Dans toute cette histoire, chacun n’a eu de cesse de se référer au concept de gouvernement bouddhiste. Quelle que soit la langue et l’interlocuteur, on le retrouve, servant de référence idéologique. Au sens propre, le chösi (törüshasin en mongol, doro shajin en mandchou) signifie « l’État et la religion ». Le sens évolue pour désigner un gouvernement suivant les enseignements du Dalaï-lama et de son école. Lorsque Kangxi demande au Dalaï-lama de calmer les choses, l’un et l’autre agissent en conformité avec le concept. Lorsque les Mongols proposent de décerner un titre à l’empereur, c’est parce qu’ils reconnaissent ses efforts conforme à ce qu’ils attendent d’un gouvernement bouddhiste. Si Galdan s’agace de voir un lama mongol trôner à la même hauteur que l’envoyé du Dalaï-lama, c’est parce c’est pour lui une atteinte à la dignité de ce dernier. Par conséquent, ses campagnes contre les fautifs sont un juste châtiment toujours conformes au principe du gouvernement bouddhiste. On constate dès lors que si le gouvernement bouddhiste est un idéal commun aux pays de Haute-Asie, les interprétations de ce qu’il doit être divergent. Quand plus tard Kangxi s’apprête à repousser Galdan en dehors de Chine, la raison officielle est qu’il veut seulement clarifier sa vision du gouvernement bouddhiste. Les rapports de ses envoyés (qui ne sont donc censés être lus que par l’empereur) mentionnent aussi ce concept, preuve que ce n’est pas une idée en l’air. Entre les deux incursions de Galdan, le régent Sangye Gyatso propose à Kangxi un titre honorifique le mettant en parallèle avec le Dalaï-lama, ce qui est une marque de profond respect autant qu’un renvoi d’ascenceur. Kangxi refuse parce que ce n’est pas le bon moment, alors qu’il est pleinement conscient de l’honneur qui lui est fait. Et quand il est obligé d’employer la force brute, il ne manque pas de rappeler qu’il a accueilli et honoré le Dalaï-lama à Pékin, qu’il a forcé un ancien régent à rendre son sceau à la demande de ce dernier, qu’il a banni l’école Nyingma pour lui. Être perçu comme un ennemi du bouddhisme par un trublion des steppes est donc la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Advertisements

Commentaires»

No comments yet — be the first.

Vous avez quelque chose à dire ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :