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Les relations politiques, économiques et religieuses entre la Mongolie et le Tibet / L. Chuluunbaatar 24/03/2011

Posted by Rincevent in Tibet and her neighbours : a history / Alex McKay.
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Que peut-il y avoir de plus rigolo que de décrypter un nom tibétain en translittération wylie ? Réponse : reconnaitre un nom tibétain déformé par la langue mongole puis retranscrit en caractère latin ! Cet article revient sur les circonstances des liens tibéto-mongols, en particuliers ceux qui datent du XVIe siècle.

Si la Mongolie a toujours été en contact avec la Chine et l’Asie centrale, ses premiers contacts avec le Tibet datent des débuts de l’empire de Gengis Khan (lire à ce sujet La première conquête mongole du Tibet réinterprétée par Turrell V. Wylie et Chö-yön, yön-chö et chöne/yönne : historiographie et sémantique d’un concept socio et politico-religieux tibétain par D. Seyfort Ruegg). La chute de la dynastie Yuan (mongole) en Chine interrompt les relations avec la Mongolie (celles avec la Chine continuent quelque peu). La région est en effet politiquement fragmentée, ce qui arrange beaucoup de monde qui ne souhaite pas avoir à courber une deuxième fois l’échine devant des envahisseurs étrangers. Pourtant, les princes mongols restent en liaison directe avec le Tibet et en tirent un grand prestige (et réciproquement). Le XVIe siècle est l’occasion pour plusieurs écoles du bouddhisme tibétain en lutte entre elles de rechercher des protecteurs puissants et aguerris : les Gelug (école des Dalaï-lamas et Panchen-lamas) sont alliés au Phagmodru, eux-mêmes sous-école Kagyü, tandis que leurs ennemis Karma-Kagyü s’allient aux puissants princes du Tsang. Chacun a besoin d’un soutien financier et militaire pour pouvoir l’emporter. Après tout, les Mongols sont des experts militaires et beaucoup de Tibétains sont fatigués des conflits incessants et ne dédaigneraient pas profiter de leur stature religieuse pour élargir leur clientèle. À l’époque, Altan Khan est un chef mongol qui souhaiterait développer les échanges entre la Chine et ses voisins mais qui se heurte à l’isolationnisme de la dynastie Ming. Le Tibet lui apparait donc comme un point de départ potentiel pour contrer la domination chinoise, mais aussi et surtout pour accroitre son influence politique et sa réputation parmi les siens. Il commence donc par annexer la région du Kokonor (ou lac Qinghaï), porte d’entrée pour le Tibet et rencontre un haut-lama de la cour de Pékin qui lui fait miroiter une possible alliance.

En 1570, trois délégations sont envoyées auprès d’Altan Khan et les moines qui en font partie reçoivent des titres honorifiques. L’un d’entre eux évoque Sönam Gyatso, réincarnation de l’abbé de Drepung et Sera. Altant l’invite donc en 1574 en lui envoyant de nombreux cadeaux pour les trois grands monastères gelugpa des environs de Lhassa. Sönam Gyatso accepte à la condition que la rencontre se fasse sur la frontière. Altan n’y voit aucun inconvénient et propose le Kokonor où il fait bâtir le monastère de Thegchen Chökhor Ling / Chabchiyal. La rencontre se fait le 15/05/1578 devant plus de dix mille moines et laïcs rassemblés pour l’occasion. Les Mongols adoptent officiellement le bouddhisme tibétain et Altan décerne à Sönam Gyatso le titre de Dalaï-lama. Dalaï désigne une accumulation d’eau formant une masse (d’où l’océan) et exprime l’idée que le lama sera un rassembleur des différentes écoles tibétaines. Le IIIe Dalaï-lama (ses deux précédentes incarnations le devenant à titre posthume) obtient de plus le droit de se déplacer librement dont jouissaient les lamas servant de précepteurs impériaux de Pékin. Des cadeaux luxueux sont aussi échangés. Quoi qu’il en soit, le Dalaï-lama est désormais une figure incontournable de la Haute-Asie jusqu’à l’essor de la dynastie Qing. Il repart avec une centaine de jeunes destinés à former le cœur du futur clergé mongol et servant éventuellement de garantie de soutien de la part des princes mongols (nan mais on est jamais trop prudent, hein). À la demande de la dynastie Ming, il s’efforce de faire cesser les attaques contre la Chine. La nouvelle alliance ne convainc pas tout le monde car Altan doit contraindre certains des siens à renoncer formellement à résister aux moines. Le IIIe Dalaï-lama ne rentre pas tout de suite à Lhassa et rend visite à plusieurs seigneurs locaux. Il faut dire que le Tibet central est alors aux mains des Karma-Kagyu. La mort d’Altan Khan en 1581 ne marque pas la fin de sa politique qui est reprise par son fils. Ce dernier rappelle le Dalaï-lama pour qu’il célèbre les funérailles en 1586… avant de décéder lui-même deux ans plus tard. Ses élèves commencent donc à chercher son incarnation et la trouvent opportunément en la personne du petit-fils d’Altan Khan (méga coïncidence, dis-donc !) qui devient dès lors Yönden Gyatso. Il ne part pour le Tibet central qu’à quatorze ans (1602), pour y recevoir des enseignements. Son « règne » voit la construction de l’Erdeni Zuu, plus célèbre temple bouddhiste de Mongolie. Son décès en 1616 (Chuluunbaatar le fait mourir à 47 ans en 1660, alors que le Ve Dalaï-lama règne sur le Tibet depuis dix-huit ans !) provoque une guerre entre Gelug et Karma-Kagyü gagnée grâce à l’intervention du clan d’Altan. Comme quoi c’est bien d’être prévoyant. Le XVIIe siècle voit diverses fédérations mongoles se constituer et s’effondrer très vite. Le Ve Dalaï-lama, lui, affermit son pouvoir sur le Tibet central. L’essor fulgurant des Mandchous qui finissent pas s’installer au pouvoir en Chine marque la fin du pouvoir militaire mongol, mais les relations avec le Tibet persistent, en particulier avec l’apparition de la lignée des Jetsun Dampa, pendant mongol des Dalaï-lama. Le Ier d’entre eux sera instruit par le Ve Dalaï-lama qui lui enverra plusieurs autres maîtres.

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