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Une évaluation critique du traité tibéto-népalais de 1856 / Tirtha Prasad Mishra 21/03/2011

Posted by Rincevent in Tibet and her neighbours : a history / Alex McKay.
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Le Tibet a toujours eu des relations plus ou moins conflictuelle avec son voisin méridional, le Népal. Bien qu’éclaté en de nombreux royaumes rivaux, celui-ci a bénéficié de traitements de faveurs grâce à sa puissance militaire. Lorsqu’au milieu du XIXe siècle survient un bouleversement politique népalais, par contrecoup la politique étrangère tibétaine s’en trouve bouleversée.

Les relations tibéto-népalaises sont très anciennes, probablement plus que les sources écrites existant aujourd’hui. Au XVIIe siècle, elles connaissent une première révolution lorsque les deux pays signent un traité commercial au bénéfice exclusif du Népal : Katmandou obtient le droit d’ouvrir trente-deux marchés à Lhassa et d’y nommer un représentant (le nayak) sans que le Tibet ne puisse percevoir de droits de douane. Pire, Lhassa doit céder son droit de battre monnaie. Le Népal est désormais en position clairement dominante, d’autant plus que deux autres royaumes du pays y gagnent également quelques droits. Histoire de bien pousser son avantage, Katmandou se permet de n’alimenter son voisin qu’avec des pièces de mauvais aloi. Sans surprise, les Tibétains apprécient peu le procédé et accumulent de la rancœur. Au XVIIIe siècle, le conflit opposant les rois Newars de Katmandou à leurs rivaux Gurkhas fait chuter les échanges entre les deux pays. Une fois les Gurkhas au pouvoir, ils s’empressent de revendiquer les droits de leurs prédécesseurs mais se heurtent au problème des pièces de mauvais aloi : les Tibétains n’en accepteront de nouvelles que si leurs voisins rachètent les précédentes à leur valeur faciale. Pendant des années, les deux pays sont incapables de trouver un accord. En 1788, le Népal envahit donc le Tibet et le contraint à signer un nouveau traité lui accordant de nouveaux droits. Rebelote en 1791, mais cette fois la Chine intervient et renverse la situation : le Népal doit signer un nouveau traité mettant fin à son droit de frappe et à ses privilèges tout en étant obligé d’envoyer une mission à Pékin tous les cinq ans. Jusqu’en 1853, les désaccords seront résolus par une commission bilatérale, l’amban (représentant de l’empereur à Lhassa) intervenant de temps à autre. La deuxième moitié du XIXe siècle verra le Népal profiter de la faiblesse de la Chine pour revenir en force. La période voit les rois de Katmandou réduits au rôle de figurants, la réalité du pouvoir revenant à la famille Rana qui instaure une dynastie de premier ministres héréditaires. Pékin est aux prises avec la révolte des Taiping et avec la domination croissante des pays européens, le XIe Dalaï-lama est mineur (il mourra précisément en 1856), le gouvernement tibétain divisé par le conflit entre le régent et le kashag. La situation est idéale pour Jang Bahadur Rana qui prétexte que des marchands népalais n’ont pas été bien traités pour réclamer un crore (dix millions) de roupies et la cession de deux territoires. Le Tibet se contente de promettre que les marchands népalais seront bien traités à l’avenir. La porte est ouverte pour l’invasion. Battu, le Tibet doit signer le fameux traité au palais des Rana. L’amban ne peut rien faire, mais réussit quand même à faire reconnaitre la prééminence de la Chine.

Le traité comporte dix clauses qui, sans surprise, ne bénéficient qu’au Népal. Il restera en vigueur pour presque un siècle et survivra à l’expédition britannique de 1904 et à l’invasion chinoise de 1908. Il impose notamment le paiement annuel de mille roupies (le Tibet veillera scrupuleusement à ne donner aucun prétexte à un durcissement ultérieur et paiera jusque dans les années 1950), que le premier ministre népalais maintiendra plutôt que d’être payé en une seule fois pour bénéficier des intérêts. C’est un somme dérisoire pour lui mais elle lui permet de renforcer la fierté nationale encore balbutiante. Le Népal se place donc en protecteur du Tibet (prenant ainsi la place de la Chine) et doit théoriquement l’aider en cas d’agression extérieure. C’est un vœu pieux car le Népal ne bougera pas lors des invasions qui suivront et aidera même la Grande-Bretagne à accomplir la sienne. Pire, le royaume fit payer au Tibet le manque à gagner de ses commerçants lors desdites invasions. Les marchands en question peuvent désormais vendre tout ce qu’ils veulent au Tibet et bénéficient de l’extraterritorialité (la loi népalaise continue à s’appliquer au marchands népalais, et en cas de litiges une commission ce qui laissent leurs confrères tibétains particulièrement amers (les Népalais tenteront pourtant d’aplanir les différends). De même ils ne paient aucun droit de douane jusqu’à ce que les Britanniques forcent l’entrée du Tibet (mais ils profiteront par la suite de la route commerciale ouverte par ceux-ci). Les interventions permanentes des représentants népalais provoquent d’ailleurs encore un conflit en 1883 au sujet du commerce de riz et de sel, sans que rien ne change. Ces représentants (jamais d’origine Newar) sont chargés de défendre les intérêts de leurs compatriotes et ont la responsabilité de les aider à écouler les produits de contrebande du premier ministre népalais. La seule réponse possible des Tibétains est donc de faire la sourde oreille et de ne plier que devant les menaces. Ceci ne doit pas masque le fait que des relations cordiales ont toujours existé, des Népalais contribuant ainsi à résoudre des problèmes diplomatiques. La situation change au début du XXe siècle, quand les rois népalais reprendront le pouvoir aux Rana, quand l’entrée en scène des Britanniques réduit leur influence. Malgré tout, tant le Tibet que le Népal cherchent à maintenir les relations existantes : pour l’un le traité est une marque d’indépendance, pour l’autre c’est la marque d’une gloire qu’il ne veut pas voir disparaitre. La prise de contrôle communiste et l’indépendance indienne changent par contre radicalement la donne : souhaitant échapper à l’emprise de Nehru, le roi népalais renverse son gouvernement démocratique et se tourne alors vers la Chine de Mao. Il signe alors un nouveau traité en 1956 qui abroge tous les traités précédents en matière de relations tibéto-népalaises.

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Commentaires»

1. D. Dufau - 22/03/2011

Eclairage très intéressant (et surprenant !). Merci

Rincevent - 22/03/2011

Surprenant à quel titre ? Parce qu’on découvre un Népal impérialiste ?


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