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Histoire du peuple roumain / Georges Castellan 09/01/2011

Posted by Rincevent in Mes lectures.
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Désolé, je suis pas très actif ces temps-ci. Je viens quand même de finir Histoire du peuple roumain de Georges Castellan, paru en 2002 aux éditions Armeline. Décidément j’aime bien découvrir ces pays quasiment inconnus chez nous.

Histoire du peuple roumain/ Georges Castellan

Histoire du peuple roumain/ Georges Castellan

Je ne m’étais pas rendu compte en l’empruntant que l’auteur était le même que celui du bouquin sur la Bulgarie. La lecture des deux titres m’a révélé de façon frappante à quel point Roumains et Bulgares sont deux peuples qui se tournent le dos. Si les contacts ont toujours eu lieu, force est de reconnaitre que si les uns regardent en direction du nord, les autres regardent vers le sud et n’ont eu que peu de rapports. À la vieille culture étatique expansionniste bulgare s’oppose ainsi le morcellement politique roumain qui a longtemps freiné le développement d’un sentiment national. Tout ceci m’a beaucoup intéressé. Il y a une petite chose qui m’a par contre un peu gêné, c’est la ponctuation pour le moins fantaisiste pendant le premier tiers du livre. Phrases non séparées par des points, énumérations non précédées de deux-points… On s’y retrouve quand même, mais ça surprend. Enfin bref.

L’espace occupé aujourd’hui par les Roumains et Moldaves est d’abord le foyer des Daces, qui sont vite conquis et intégrés à l’empire romain. La romanisation est probablement aussi complète qu’en Gaule, mais la culture grecque exerce aussi une influence via les colonies des bords de la mer Noire. C’est en 271 que la Dacie romaine disparait de l’histoire pour plusieurs siècles lorsque l’empereur Aurélien replie ses troupes au sud du Danube pour résister à l’afflux de peuples barbares. Ce silence historique aura de lourdes conséquences politiques puisque Roumains et Hongrois revendiqueront chacun l’antériorité de l’occupation, l’autre étant bien entendu un envahisseur dont il faut se défaire. Suivant la source retenue comme étant la première mention d’une population roumaine, le silence dure 700 ou 1 000 ans. La théorie roesslerienne, pro-hongroise, considère que la Transylvanie (région située au nord-est des Carpates) était peuplée de Hongrois avant que des populations roumaines n’arrivent du sud. Pour ses défenseurs, la culture daco-romaine avait totalement disparue, favorisant l’installation de nouveaux venus. Pour leurs adversaires, ce sont les Hongrois qui ont imposé leur domination à un territoire certes abandonné par l’empire mais toujours profondément romanisé. Quoi qu’il en soit, la Transylvanie est dès le début occupée par les Hongrois fuyant eux-même les Pétchenègues (nomades turcophones), l’existence de formations politiques roumaines leur résistant étant sujette à débat. Les régions à l’est des Carpates (Moldavie) et au sud des Alpes de Transylvanie (Valachie), bien que strictement roumaines, sont un couloir à invasion et voient de nombreux peuples s’y mélanger. Dès le départ, Valaques et Moldaves tentent de résister à la domination de leur voisins occidentaux tout en se battant entre eux à l’occasion. Au XIVe siècle, les principautés doivent aussi respectivement tenir compte de l’influence de Byzance et de l’Union polono-lituanienne qui tentent aussi de contrôler leurs frontières. Les Ottomans mettent tout le monde d’accord : les patrons c’est eux. Les principautés évitent l’annexion pure et simple que la Bulgarie subit, mais leurs dirigeants sont de plus en plus contraints de fuir quand ils ne peuvent ou ne veulent verser le tribut. Le XVe siècle est donc le siècle des soulèvements où les princes tentent de se dégager de la domination ottomane qui sait parfaitement jouer des antagonismes dans et entre les principautés. De l’autre coté des Carpates, les Roumains constituent la plèbe et sont rarement mentionnés par les textes : ceux d’entre eux qui réussissent à s’élever abandonnent leur langue et l’orthodoxie pour se fondre parmi l’élite (constituée des Hongrois, Sicules et Allemands) qui occupe le haut du panier et tente également de résister aux Ottomans. Les princes de Valachie et Moldavie sont des princes de courte durée car ils sont nommés et déplacés au bon vouloir d’Istanbul. Ils ne restent donc pas en place plus de deux ou trois ans. Il faut dire que les Ottomans montent les boyards contre leurs princes d’autant plus facilement que ceux-ci cherchent à établir des gouvernements centralisés. La Transylvanie, elle, constitue pour un siècle une principauté indépendante liée à la Hongrie tout en payant tribut à l’empire Ottoman. Les roumains n’auront de cesse de réclamer une reconnaissance officielle, en vain. Le XVIIe siècle voit les familles de boyards se succéder sur les trônes princiers et amasser d’immenses fortunes malgré les prélèvements considérables des autorités turques. Fait surprenant, à la différence des Polonais ou des Russes qui faisaient cultiver leurs terres, les boyards roumains laissent l’essentiel de leurs domaines à leurs serfs, mais tirent leurs revenus des taxes et monopoles. Au siècle suivant, les princes sont quasiment tous des Grecs originaires du quartier du Phanar à Istanbul (d’où le nom de période phanariote) : les Sultans ne les considèrent plus que comme des gouverneurs révocables (ce que les princes étaient de toute façon devenus de fait). Ces princes grecs irritent de plus en plus, mais ils permettent aussi aux principautés de s’intégrer à l’économie et à la culture européenne.

Les régions historiques de peuplement roumain (Transylvanie, Valachie et Moldavie) par rapport aux actuelles Roumanie et Moldavie - Wikicommons

Les régions historiques de peuplement roumain (Transylvanie, Valachie et Moldavie) par rapport aux actuelles Roumanie et Moldavie - Wikicommons

La révolution française et le chaos qu’elle provoque sèment les germes d’un éveil national. Les alliances et ruptures entre les grandes puissances France, Autriche, Russie et Ottomans transforment la région en champ de bataille. La Russie, tire particulièrement bien son épingle du jeu et amorce un long processus par lequel les Ottomans vont peu à peu se replier de la péninsule. Les boyards moldaves et valaques sauront parfaitement utiliser l’aide intéressée du grand frère russe pour réduire le poids de la domination ottomane. En 1821, une tentative d’insurrection échoua dans les principautés faute d’entente entre les révoltés. Cet échec mit pourtant fin à la période phanariote et marqua le début de l’éveil national. Désormais, les principautés retrouvent des princes roumains et deviennent vassales de la Russie. Une modernisation commence alors. Le passage d’une économie de subsistance à une économie de marché provoque de fortes tensions qui se teintent vite d’un fort antisémitisme au fur et à mesure que des juifs fuient la Russie et deviennent usuriers et régisseurs. En 1859, Alexandru Ioan Cuza réussit à se faire reconnaitre prince des deux pays par les puissances. En Transylvanie, les Roumains supportent de moins en moins la domination hongroise et se tournent vers les autorités autrichiennes pour tenter d’obtenir une reconnaissance officielle avant d’être réduits au silence par l’autoritarisme de l’empereur. En 1866, Ioan Cuza est forcé d’abdiquer à cause de son activité réformatrice, et c’est Charles de Hohenzollern qui lui succède sous le nom de Carol Ier, à la tête du nouveau royaume de Roumanie. L’histoire s’accélère au XXe siècle : la Roumanie profite de la Seconde Guerre balkanique pour tenter de récupérer des territoires bulgares en Dobroudja. La Première Guerre mondiale pose problème au gouvernement : l’opinion publique est hostile envers l’Autriche et méfiante envers la Russie alors que le roi Carol est pro-allemand. Ce n’est qu’en 1916 que la Roumanie rejoint le camp de l’Entente qui lui promet qu’elle pourra annexer les territoires voisins peuplés de Roumains. Les Roumains s’avancent en Transylvanie mais doivent vite reculer face aux Austro-hongrois et aux Bulgares, seule une partie de la Moldavie n’étant pas encore occupée. Coupés de leurs alliés et paniqués par la révolution bolchevique, les Roumains signent un armistice. Un traité de paix cède de nombreux territoires et de grandes quantités de vivres et matières premières aux empires centraux. La Roumanie ne se privait pourtant pas de récupérer la Bessarabie, partie orientale de la Moldavie cédée à la Russie au siècle précédent. La situation change encore en 1918 lorsque l’empire austro-hongrois se disloque et que les Roumains de Transylvanie doivent résister aux révolutionnaires hongrois. Profitant du chaos, ils purent imposer leur rattachement à la Roumanie, créant un contentieux territorial durable. Après la guerre, ces changements furent reconnus malgré la paix séparée signée par Bucarest et qui priva la Roumanie du statut de puissance victorieuse.

La Roumanie de 1856 à 1920 © Alain Houot

La Roumanie de 1856 à 1920 © Alain Houot

L’entre-deux guerres fut une période agitée. À une crise politique et économique servant les intérêts communistes s’ajouta une crise dynastique : Carol étant mort en 1914 sans héritier, c’est son neveu Ferdinand qui lui succéda et dû expulser son fils Carol dont il n’approuvait pas la vie privée. Son petit-fils Mihai (Michel) lui succéda de 1927 à 1930, année où Carol revint en Roumanie et lui reprit le pouvoir. Pendant sept ans il laissa les différents partis prendre le pouvoir et échouer à redresser la situation et en 1938 commença à gouverner seul en modifiant la constitution pour cela. Au cours de ces années, le roi dut tenir à distance la Garde de fer, mouvement fasciste qui n’hésita pas à assassiner un Premier ministre. À l’extérieur, la Roumanie devint membre de la Petite Entente pro-occidentale l’alliant à la Yougoslavie et la Pologne, mais le déclin de la SDN et le pacte germano-soviétique sonna le glas de cette politique. Cernée de voisins hostiles, la Roumanie fut contrainte par Hitler d’accepter d’importantes rectifications de frontières au profit de la Hongrie, de la Bulgarie et de l’URSS. De plus, Carol II devait s’exiler et laisser (de nouveau) le trône à son fils Michel Ier et le pouvoir au général Antonescu qui engagea résolument son pays aux cotés de l’Allemagne. Antonescu s’allia dans un premier temps à la Garde de fer mais dut l’éliminer impitoyablement à cause de ses débordements brutaux. Ses rescapés furent récupérés par l’Allemagne au cas où elle aurait besoin d’instaurer un régime plus fiable. L’armée roumaine suivit dès lors les malheurs de l’armée allemande. Déjà peu populaire, la guerre contre l’URSS se retourna vite contra la Roumanie. Malgré la menace d’invasion soviétique, Antonescu persistait dans sa politique, et l’opposition se renforça et gagna l’appui du roi Michel. Le 23 août 1944, celui-ci fit arrêter Antonescu et informa l’Allemagne que son pays quittait le conflit. La nouvelle ayant modérément plu à Hitler, les Roumains durent affronter leurs anciens alliés et se préparer à une occupation soviétique. Churchill ayant accepté que le pays passe sous l’influence de l’URSS, les jeux étaient faits. Comme ailleurs en Europe de l’est, une période de relative cohabitation permit au parti communiste de noyauter progressivement ses rivaux de gauche avant de se débarrasser des autres partis. Au sein du parti, on assista à une lutte féroce entre les anciens membres emprisonnés depuis les années 1930 et ceux qui s’étaient réfugiés auprès de Staline. En 1947, le roi Michel fut contraint d’abdiquer et de partir en exil au Portugal. Une république populaire fut immédiatement appliquée et la mainmise communiste fut totale. Le nouvel homme fort du pays, Gheorghe Gheorghiu-Dej, adopta une politique très indépendante vis-à-vis de l’URSS : épuration des membres du parti pour se débarrasser des nombreux opportunistes ou anciens collaborateurs des Allemands ainsi que de la faction moscovite ; refus de divulguer le rapport Krouchtchev ; refus d’intervenir contre la Hongrie en 1956 ; refus de condamner la Chine maoïste dans les années 1960… En 1965, la mort de Gheorghiu-Dej permet à un certain Ceaucescu de lui succéder. S’il poursuivit la politique de son prédécesseur (établissement de relations diplomatiques avec l’ouest, refus d’envoyer des troupes lors du printemps de Prague…), il montra très vite une attitude dictatoriale privilégiant le culte de sa famille et plaça des gens de son entourage aux postes clés du pays. Les années 1970 virent l’économie roumaine perdre de la vitesse et le pays s’endetta considérablement en important de plus en plus de biens de consommation occidentaux. Cette conjoncture tendue poussa le pouvoir à adopter une politique de plus en plus nationaliste voire xénophobe envers les minorités (en premier lieu les Hongrois et Allemands). La révolution de 1989 ne fut au final que le renversement d’un dictateur à la gâchette facile par une faction de rivaux politiques qui surent entrainer l’armée et la rue.

Ion Victor Antonescu (1882–1946) - Wikicommons Carol II (1893-1953) - Wikicommons Gheorghe Gheorghiu-Dej (1901-1965) - Wikicommons

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