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Nous voulons un Tibet uni / Alex McKay 18/08/2010

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Alex McKay nous explique ici que l’identité tibétaine telle qu’elle est défendue par les exilés est pour une bonne partie la création des Britanniques, qui ont été les seuls relais du Tibet auprès de l’opinion internationale. Grâce à cette position, ils ont ainsi pu choisir quels aspects du Tibet devaient ou non être divulgués, et ont systématiquement l’image du Tibet qui était la plus conforme à leurs intérêts.

Plusieurs des officiers qui se sont rendus au Tibet ont par la suite écrit des livres qui ont contribué à fonder les études scientifiques de ce pays. L’image du Tibet mythique qui continue à survivre est pourtant aussi le fruit de leurs ouvrages. La coexistence de ces deux visions n’est pas due au hasard mais à un calcul. Lorsque les Britanniques envahissent le Tibet en 1904, leurs connaissances du pays sont très limitées, aussi ont-ils beaucoup de mal à le comprendre. Venant d’une Europe constituée d’États nations, l’existence d’un embryon d’État aux frontières floues et qui ne coïncident pas avec les limites du peuplement tibétain leur parait des plus exotiques. Les premières descriptions sont celles des journalistes qui accompagnent l’expédition Younghusband, et ils donnent une image extrêmement négative du pays et bouddhisme. Cette vision ne dure que le temps du conflit, et le ton devient progressivement positif, des officiers comme Bell tentant de rendre le Tibet sympathique et familier. Leur ambition est d’en faire un État tampon destiné à protéger la frontière nord de l’Inde. Il faut donc renforcer les structures centrales existant alors. En échange de bonnes relations avec la Grande-Bretagne, le Dalaï-lama et son administration reçoivent le soutien de la Grande-Bretagne. Si les premières informations collectées sont d’ordre militaire, l’intérêt personnel manifesté par les officiers britanniques et leur idéal d’exactitude et de vérité les poussent à documenter tout ce qu’ils peuvent sur le pays. Leur nouvelle qualité d’expert ès Tibet leur permet d’orienter les informations transmises à leurs supérieurs pour que ceux-ci lisent ce qu’ils veulent lire, quand ils n’essaient pas de les influencer subtilement. Ces officiers sont issus d’une étroite classe sociale pour qui le prestige venait de la durée de service, surtout pour les postes au Tibet. Par contraste, leurs collègues subalternes qui ont parfois servi bien plus longtemps qu’eux au Tibet n’ont laissé que peu ou pas de témoignages écrits (alors que certains manifestaient de sérieux doutes sur la politique de leur pays et la viabilité du Tibet en tant que pays). C’est donc un tout petit groupe d’hommes qui a écrit l’histoire du Tibet, sans avoir la possibilité de remettre en cause la politique de leur gouvernement (par sens du devoir, parce que les forte-têtes ou farfelus étaient maintenus à distance du Tibet). Lorsque ces officiers écrivent (c’est-à-dire une fois en retraite), les éditeurs se rendent vite compte que les livres les plus réclamés ne sont pas ceux qui sont les plus conformes à la réalité, mais ceux qui privilégient l’anecdote et le coloré. On leur réclame donc un minimum de dépaysement et de frisson, ce qu’ils satisfont en décrivant funérailles célestes, danses monastiques… De la même manière, ils fournissent le surnaturel qu’on leur demande en ne confirmant rien tout en laissant la porte ouverte au mystère (du reste, certains d’entre eux regrettèrent de n’avoir rien vu d’inexplicable). Ce qui a poussé ces officiers à conforter l’image du Tibet mythique, c’est la certitude qu’en l’utilisant ils diffuseraient plus largement leur vision du Tibet : encourager le Tibet mythique, c’était affirmer son identité propre et lui donner une image morale positive. Qui plus est, l’image mythique ne constitue pas un sujet de conflit avec la Chine puisque celle-ci s’en désintéresse. Dans leurs livres, ils ont donc promu l’image d’un Tibet fort, uni et allié de la Grande-Bretagne, un Tibet plus proche de l’Inde que de la Chine. Dans cette vision, le Tibet est sur le point de devenir est pays normal avec un gouvernement centralisé et des frontières reconnues (mais gommant ainsi la réalité de l’Amdo et du Kham) et le Dalaï-lama et les Tibétains y sont représentés sous un jour particulièrement favorable. En exil, ces derniers auront beau jeu de recommander ces lectures flatteuses. L’image mythique leur permet de souligner leur nature unique de pays bouddhiste, et compense en partie un Tibet historique au statut jamais défini. La seule différence de point de vue entre les deux pays concerne l’indépendance : si d’un point de vue personnel Charles Bell a pu la souhaiter à terme, en tant que diplomate il n’a jamais manifesté le moindre signe d’encouragement, tout en agissant de manière à ce qu’elle puisse se produire.

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