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Tibet : le mythe de l’isolement / Alex McKay 15/08/2010

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Voilà un titre clair. Dans l’imaginaire collectif de la première moitié du siècle, nourri à coups de Tintin au Tibet ou autres Troisième œil, le Tibet est un pays magique et mystérieux totalement impénétrable (sauf si on est héros au cœur pur… je me demande si les héros au cœur pur ont des tarifs préférentiels pour les voyages longue distance, parce que vu qu’on les voit jamais bosser…). Ce n’est pourtant qu’une illusion qui a bénéficié de l’aide intéressé des empires voisins.

Il est vrai que le Tibet est un pays d’accès difficile à cause des chaînes de montagne qui l’entourent et qu’aucune grande route commerciale ne l’a jamais traversé (mis à part certains tronçons de routes de la soie à l’ère impériale). Ça n’a pourtant pas empêché les Européens de l’atteindre dès le XVIIe siècle quand, en 1624, les premiers jésuites arrivent par l’ouest et s’installent dans l’ancien royaume de Guge où ils fondent une église avec le soutien du roi. D’autres arrivent à Shigatse en 1628, à Lhassa en 1661. Des marchands suivent de peu : on signale un Français en 1717 et un Hollandais en 1728. Malgré un bon accueil de la part de certains aristocrates, tous doivent plier bagages devant l’hostilité du clergé bouddhiste qui ne tolère pas qu’on vienne marcher sur ses plates-bandes et qui associe très vite Européen et religion adverse. Dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, ce sont les représentants des Indes britanniques envoyés par le gouverneur du Bengale qui arrivent. Ils sont plutôt bien reçus par la cour du Panchen-lama malgré l’interdiction d’entrer au pays. Par contre lorsque leur présence est connue de Lhassa, ils doivent partir vite et ceux qui les ont aidé sont exécutés. C’est que l’Inde fait de plus en plus peur, et cette peur semble justifiée par la prise de contrôle progressive du petit royaume du Sikkim, au point de déclencher un conflit armé. Les Britanniques ne pouvant être vaincus, on leur ferme hermétiquement la frontière, attitude intolérable pour une puissance impérialiste. Mais la Grande-Bretagne n’arrive pas à savoir si cette politique est le fait des Tibétains et si elle bénéficie du soutien de la Chine. Celle-ci, vaincue à plusieurs reprises par les puissances européennes, a été obligée d’autoriser leurs ressortissants à s’aventurer partout sur son territoire. Mais le Tibet n’en a cure, et la Chine ne peut ni ne veut le forcer à s’y plier. Commence donc un jeu où Tibétains et Chinois se rejettent mutuellement la responsabilité de la fermeture des frontières, au grand dam des Britanniques et des divers missionnaires chrétiens qui piétinent dans le Kham en rêvant de partir convertir Lhassa.

Les Marmottes, l'équipe de foot de la mission britannique de Lhassa, en 1936 © The Tibet Album Trois patineurs sous le dzong (forteresse) de Gyantse, vers 1928 © The Tibet Album

Les Marmottes, l'équipe de foot de la mission britannique de Lhassa, en 1936 © The Tibet Album
Trois patineurs sous le dzong (forteresse) de Gyantse, vers 1928 © The Tibet Album

Le Tibet n’est toutefois pas inviolé : les régions tibétaine dépendant de la Chine ou l’extrême ouest sous-peuplé sont parcourus par les Occidentaux qui tentent d’y glaner des informations (dont les expéditions géographiques cherchant les sources des grands fleuves indiens) mais doivent rebrousser chemin dès lors qu’ils sont interceptés. Le Tibet central reste cependant inaccessible, et cet état de fait lui confère une aura mystérieuse, vite étendue à toutes les régions peuplées de Tibétains pour des raisons de prestige (c’est plus classe de dire je suis allé au Tibet que je suis presque allé au Tibet). La crainte de voir la Russie étendre son influence sur le pays provoque une expédition militaire britannique. Sa victoire facile fait paniquer Londres qui renonce à presque tous ses acquis. Ne sont conservées que quelques agences commerciales. Celle de Gyantse verra passer environ cent officiers britanniques jusqu’en 1947 (un télégraphiste y restera 26 ans !). Ces agences ne sont pas livrées à elle-même et recevront plusieurs visites d’inspection. Les visites seront vite soumises à l’approbation du gouvernement indien, inquiet des réactions tibétaines. Dès lors, pour se rendre au Tibet, il faut d’abord obtenir un laisser-passer pour le Sikkim puis un deuxième pour les agences commerciales au Tibet, pour un séjour maximum de six semaines. Concrètement, l’Inde se contente de bloquer les indésirables les plus évidents (missionnaires, chasseurs, chercheurs d’or, escrocs) en attribuant le rejet aux autorités locales, mais laisse passer ceux qui défendent ses intérêts (une notable exception étant une expédition allemande en 1939, suite à la politique de conciliation adoptée par Londres). Du reste, il est toujours possible de s’adresser directement aux autorités tibétaines, celles-ci ayant autorisé plusieurs Américains à venir dans les années 1930. Les Européens qui ont la chance de pouvoir se rendre au Tibet sont donc essentiellement des membres de la haute société britannique, qui espèrent d’ailleurs parfois que leurs déplacements restent discrets. Le voyage est coûteux puisqu’il faut payer porteurs et animaux de bât, plus les frais de change. Dès 1928, Charles Bell, officier politique au Sikkim, recommande de laisser de plus en plus d’étrangers entrer au Tibet afin que les habitants s’y habituent. Le nombre de voyageurs augmente progressivement et connait un pic en 1946-1947 quand les militaires attendant leur démobilisation décident d’aller faire un tour de l’autre coté de la frontière. Il faut aussi rajouter les différentes expéditions d’alpinistes allant vers l’Éverest (le Népal refusant leur passage) et les inévitables aventuriers qui se fraient un chemin, comme Alexandra David-Néel. Lhassa est bien entendu le point de mire de tous ceux qui veulent aller au Tibet. Dès 1920-1921, plusieurs techniciens accompagnant Charles Bell peuvent s’y rendre. Avec le temps certains viendront avec des membres de leur famille. Il n’empêche que le Tibet n’a jamais accepté ces visites et a constamment demandé aux Britanniques d’y mettre fin.

Ainsi, une centaine d’occidentaux se sont rendus au Tibet de 1700 à 1900, de 1500 à 2000 de 1900 à 1950, une poignée de camarades communistes de 1950 à 1980 et depuis le nombre de visiteurs a explosé.

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