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Le mouvement de résistance tibétaine et le rôle de la CIA / Jamyang Norbu 12/08/2010

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Voilà encore un sujet peu connu et qui peut mettre mal à l’aise les gentils petits pacifistes de tous bords convaincus que les Tibétains y sont trop non-violents. En effet, des Tibétains se sont révoltés contre l’occupation et les réformes chinoises et en ont finit par profiter de l’appui américain.

Comme l’explique l’auteur, cet aspect de l’histoire tibétaine est mal connu pour plusieurs raisons : d’une part parce que les États-Unis ont soigneusement veillé à ce que rien ne transpire des opérations menées avec leur soutien, ensuite parce que l’administration du Dalaï-lama elle-même était mal à l’aise avec une résistance qui soulignait son propre échec à s’opposer ou coopérer avec la Chine, mais aussi parce que les résistants avaient cultivé une culture du silence qui les a suivi pendant des années après la fin des opérations afin de ne pas embarrasser leurs pays d’adoption. Ce manque d’information a permis à l’administration en exil de diffuser le concept bidon du Tibétain non-violent réfugié dans le bouddhisme.

À partir des quelques récits qui sont parvenus jusqu’à l’auteur (l’article a été écrit en 1994, des témoignages et documents ont été publiés depuis), il semble que les combats dans le Kham (Tibet oriental) dans les années 1950 ont été comparables à ceux qu’à connu l’Afghanistan lors de l’occupation soviétique. Ils ont toutefois eu un impact considérablement moindre sur la population chinoise étant donné l’intensité de la propagande et le verrouillage de l’information qui avait lieu à l’époque. Les ravages démographiques dans la région ainsi qu’en Amdo (actuelle province chinoise de Qinghai) ont été intenses puisque des femmes ont dû se mettre à labourer alors que cette activité était réservée aux hommes. De même le recensement chinois de 1982 a montré dans la région que la proportions d’hommes âgés étaient plus faible que celle des femmes, indice de la saignée subie par la population. L’auteur signale d’ailleurs que cette disparité ne se retrouve pas ailleurs au Tibet central ou en Chine et qu’on ne peut l’imputer à la famine qui touche les deux sexes de la même façon.

Gompo Tashi Andrugtsang (1905 - 1964) © Jamyang Norbu Athar, un des premiers Tibétains parachuté par la CIA © Mikel Dunham

Gompo Tashi Andrugtsang (1905 - 1964) © Jamyang Norbu
Athar, un des premiers Tibétains parachuté par la CIA © Mikel Dunham

Les premières oppositions apparaissent avec l’arrivée de troupes chinoises en 1949 et se multiplient avec l’introduction des réformes démocratiques dès 1953 (le Kham et l’Amdo se trouvant déjà sous juridiction chinoise, il n’y a pas eu à obtenir un accord comme pour le Tibet central). En Amdo, les combats sont d’abord l’œuvre de Ma Bufeng, ancien seigneur de la guerre nationaliste. Issu de la communauté hui (Chinois musulmans), ils affronta les communistes en s’alliant avec les nomades Tibétains et Mongols de la province avant de fuir avec femme et argent en avion. Les tribus affrontent les Chinois sans se concerter et doivent par conséquent se réfugier en montagne d’où elles adoptent une tactique de guérilla. Malgré une trêve de 1952 à 1953, les combats reprennent face à des Chinois désormais pléthoriques. Ces résistances sont autonomes les unes par rapport aux autres : on se bat pour défendre sa tribu, son monastère, mais si les voisins se font laminer c’est leur problème. De la même manière Lhassa n’avait pas réussi à dresser les frontaliers contre la Chine en 1949 tant les différends avec ceux-ci persistaient. Le temps joue pourtant contre la Chine : plus les réformes s’étendent et se poursuivent, plus l’hostilité générale augmente, au point qu’en 1955-1956 éclate un soulèvement généralisé qui débouche sur la constitution d’une alliance lâche de chefs locaux, le Tensung Danglang Magar (armée volontaire de défense du bouddhisme / armée nationale volontaire de défense).

Malgré une coordination difficile, la révolte de 1956 a permis d’expulser presque toutes les troupes chinoises pendant quelques mois, ce qui ne les empêchera pas de revenir en force. Ce début d’unification est néanmoins remarquable étant donné l’absence de routes, de moyens communications et de transport modernes dans une région montagneuse et aux nombreuses vallées enclavées. On se bat maintenant pour protéger la société traditionnelle, c’est à dire le bouddhisme incarné par les monastères et la culture populaire. Cette cause a permis à la résistance de s’étendre au Tibet central alors que l’aristocratie et les monastères y étaient encore courtisés par la Chine. Les chefs n’ont toutefois pas su oublier les vieux différends pour susciter une réelle résistance nationale, ce que reflète le nom typiquement khampa donné à la résistance : Chushi Gangdruk (4 fleuves, 6 chaînes de montagne, surnom du Kham). La répression brutale dans le Kham entraîne un exode massif au Tibet central où la résistance est réorganisée par Gompo Tashi Andrugtsang pour constituer une résistance armée au sud de Lhassa. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, cette résistance n’est pas le fait des monastères ni de l’aristocratie, mais de riches marchands khampa qu s’étaient récemment enrichis lors de l’arrivée des troupes chinoises (transport, ravitaillement…). Les sommes gagnées furent utilisées pour acheter armes et munitions, complétées par des caches d’armes du gouvernement dont l’emplacement avait été révélé par le Drönyer chenmo (grand chambellan du Dalaï-lama). La CIA est totalement absente de cette première résistance, les tous premiers parachutages d’armes ayant lieu en 1958. Lors du soulèvement de Lhassa en 1959, les seuls agents de la CIA présents sont deux Tibétains qui aident à organiser la fuite du Dalaï-lama grâce à la radio qu’on leur a fournie.

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