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La mission commerciale tibétaine de 1948 au Royaume-Uni / Tsering W. Shakya 08/08/2010

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Comme les saumons qui se tuent à remonter leur foutu ruisseau, les Tibétains de la fin des années 1940 ont tardivement mais activement tenté d’obtenir la reconnaissance de leur indépendance. La tentative la plus remarquable (mais bien trop tardive) viendra à la toute fin de 1947 sous la forme d’une mission commerciale envoyée par le gouvernement tibétain en Inde et en Chine, mais aussi et surtout aux États-Unis et en Grande-Bretagne.

La mission dirigée par le tsipön (fonctionnaire des Finances) Wangchu Deden Shakabpa est la première délégation envoyée hors du Tibet depuis la convention de Simla de 1914. Elle obéit à trois motivations :
– chercher un assouplissement des relations commerciales entre le Tibet et l’Inde nouvellement indépendante, obtenir des paiements en dollars américains ou en livres sterling, importer des nouvelles technologies pour l’agriculture et le travail de la laine.
– acheter des lingots d’or pour garantir la monnaie tibétaine.
– établir des relations formelles avec d’autres pays.
Il faut dire qu’en 1947, les réserves d’or et de grains du gouvernement sont au plus bas et qu’il a besoin d’or pour garantir sa monnaie papier. Comme l’or est moins cher en Occident qu’en Inde, le kashag autorise l’envoi d’une mission. Les Tibétains sont confiants car en juillet 1947, le gouvernement britannique affirmait son souhait de maintenir ses relations avec le Tibet malgré l’indépendance indienne. Pourtant, les Tibétains ne prennent pas contact avec le représentant britannique en Inde mais avec l’ambassade américaine qui transmet leur souhait à Londres. La Grande-Bretagne est embarrassée car elle sait que cette mission commerciale est un prétexte et que la Chine cherchera à empêcher tout ce qui pourrait marquer un début de reconnaissance officielle. Elle ne sait toutefois sur quel pied danser car l’Inde est concernée au premier chef, et la reconnaissance de la mission serait considérée de sa part comme un changement de politique. D’un autre coté, Londres imagine mal ne pas recevoir les Tibétains alors qu’il lui a fallu des années avant de pouvoir envoyer une mission dans leur pays. Quand les Tibétains arrivent à Delhi en décembre 1947, on décide donc d’accorder des visas en tant qu’individus et non en tant que mission commerciale. Ces visas ne leurs permettent de venir qu’au Royaume-Uni (ce qu’on ne leur dit pas), hors les Tibétains doivent se rendre à Nankin, et la Chine n’acceptera jamais leurs passeports tibétains. Pour ce faire, ils utilisent donc des passeports chinois pendant leur séjour. Sur place ils affirment que la pression chinoise est trop forte et qu’il rentrent au Tibet par l’Inde et demandent à l’ambassade britannique l’autorisation d’obtenir leurs visas à Hong Kong. Lorsqu’ils y sont ils obtiennent des visas du consulat américain. Aux États-Unis, les visas britanniques ont expiré, mais la Chine ayant protesté après l’entourloupe de Nankin, Londres argue qu’il y a eu une erreur technique de son ambassade et refuse que les passeports tibétains soient visés. La position du Foreign Office est que le gouvernement tibétain n’ayant pas officiellement sollicité la venue d’une mission, les envoyés tibétains ne doivent être considérés que comme des hôtes d’honneur. Reconnaitre leurs passeports reviendrait à reconnaitre l’indépendance du Tibet. De son coté le Commonwealth Relations Office s’insurge de cette interprétation : pour lui la lettre du kashag remise au haut-commissaire de Delhi était une sollicitation officielle au moins pour les Tibétains. Mais le Foreign Office n’en a cure.

Le passeport de Shakabpa © Tibetjustice.org Wangchuk Deden Shakabpa (1908-1989), à gauche © The Tibet Album

Le passeport de Shakabpa © Tibetjustice.org
Wangchuk Deden Shakabpa (1908-1989), à gauche © The Tibet Album

Shakabpa est toutefois déterminé à ne pas céder et à éviter toute entremise chinoise. il a ainsi préféré ne pas rencontrer le président américain que de le voir en compagnie de l’ambassadeur chinois. De même, lorsque l’ambassade britannique refuse de viser son passeport et tente de le convaincre qu’un affidavit aura strictement la même valeur, il refuse tout net. Il faut dire que le papier en question comporte des phrases où le porteur reconnait qu’il a perdu sa nationalité ou qu’il ne peut obtenir de passeport national… Face à cette situation, Shakabpa préfère annoncer aux Britanniques qu’il annule sa visite au Royaume-Uni et rentrera en Inde en passant par la France. Cette situation alarme Londres qui envisageait d’envoyer une nouvelle mission à Lhassa en 1949. Mis au pied du mur, la solution s’annonce d’elle-même : on ne fera rien. Plutôt que de renouveler les passeports tibétains, l’ambassade de Washington reçoit l’ordre d’étendre le plus discrètement possible la validité du visa accordé par celle de Nankin. La mission arrive donc en Grande-Bretagne en novembre 1948 et rencontre le Premier Ministre Clement Attlee à qui elle remet des lettres du kashag et du régent Tagtrag. Contre toute attente, celles-ci n’ont pas de contenu politique et se bornent à évoquer le commerce. Le motif officiel de la mission s’avère finalement décevant : la Grande-Bretagne est à court d’or et suggère de voir plutôt avec l’Inde, les Tibétains n’achètent que deux voitures et ne vendent que le musc qu’ils avaient emporté…

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