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La découverte, reconnaissance et installation du XIVe Dalaï-lama par B. J. Gould (CMG, CIE*), officier politique au Sikkim [avec les commentaires d’Alastair Lamb] 05/08/2010

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Craquement de doigts. Bien, secouons notre carcasse de feignant indécrottable et reprenons là où nous en étions. Ce chapitre est un rapport jamais édité auparavant de Sir Basil Gould, représentant britannique au Sikkim et au Tibet, venu tout spécialement à Lhassa pour l’installation sur le trône du tout jeune XIVe Dalaï-lama. Il livre quantité d’informations sur la société tibétaine et s’attarde bien sûr sur les cérémonies.
* CMC = Ordre de Saint-Michel et Saint-George
CIE = Ordre de l’Empire des Indes.

Après la mort du XIIIe Dalaï-lama en 1933, le régent Reting a la tâche de rechercher sa prochaine incarnation sur terre par la divination et l’examen de signes spécifiques. Mais il faut attendre 1935 pour que les choses bougent : s’étant rendu au lac de Chökhorgye, le régent y a une vision. Elle est relativement obscure, mais on estime qu’il faut orienter les recherches vers l’est et l’Amdo (nord-est du Tibet, actuelle province du Qinghaï). Trois équipes sont constituées, chacune étant dirigée par un lama réincarné, et sont envoyées au nord-est, à l’est et au sud-est. L’équipe envoyée au nord-est est menée par Kyitsang. À Jyekundo, il contacte le Panchen-lama, qui négocie alors son retour au Tibet, et qui lui parle de trois candidats potentiels. Sur les trois, un est mort, et un autre ne manifeste aucun signe d’être le Dalaï-lama. Le village du troisième est conforme à la vision de Reting. Kyitsang échange ses vêtements avec un officiel qui l’accompagne pour se faire passer pour un serviteur, un moine du Kumbum servant d’interprète. Kyitsang et ce dernier doivent attendre dans la cuisine mais l’enfant s’y trouve déjà. Lorsque Kyistang entre dans la pièce, l’enfant l’appelle par un mot local désignant un moine et réclame son collier qui avait appartenu au XIIIe Dalaï-lama. Kyitsang est convaincu et revient avec d’autres membres de son équipe. L’enfant arrive à distinguer les objets ayant appartenu au XIIIe Dalaï-lama parmi des copies conformes. Averti à la mi-1938, le gouvernement ordonne à Kyitsang de ramener l’enfant à Lhassa pour un complément d’enquête. Hélas, les choses se compliquent très vite car le gouverneur chinois local refuse de le laisser partir et exige qu’on lui paye cent mille dollars chinois (le gouvernement de Xining, le commandant-en-chef de la région et l’amban obtenant chacun un tiers du pactole, le monastère de Kumbum touchant dix mille dollars). Ce n’est qu’un début. Le Kumbum refuse alors de laisser partir l’enfant qu’il héberge s’il n’est pas intronisé dans ses murs et le gouverneur impose une escorte qu’il faut payer. Il faut donc encore payer 330 000 dollars… En fin de compte ce sont des marchands musulmans devant se rendre à la Mecque via l’Inde qui versent 300 000 dollars en échange d’un remboursement à un taux de change avantageux et escortent la mission jusqu’à Nagchuka où attendent les officiels tibétains. Il semblerait que le gouvernement chinois aurait versé de son coté 55 000 dollars pour couvrir les frais de la mission. Lhassa attend que l’escorte ait quitté le territoire chinois pour reconnaitre la nouvelle incarnation, afin d’éviter une escorte militaire chinoise. Ce n’est donc qu’à l’automne 1939 qu’on annonce avoir trouvé la réincarnation près du monastère de Kumbum et qu’il est désormais à dix jours de Lhassa. Des officiels partent donc à fond de train pour accueillir son escorte et faciliter son retour, car il faut qu’il soit arrivé à Lhassa avant le neuvième mois du calendrier tibétain jugé néfaste.

Le XIVe Dalaï-lama en 1939 © The Tibet Album Ma Bufang (1903–1975), gouverneur du Qinghaï - Wikicommons

Le XIVe Dalaï-lama en 1939 © The Tibet Album
Ma Bufang (1903–1975), gouverneur du Qinghaï - Wikicommons

Le XIVe Dalaï-lama serait né le 8 juin 1935 sous le nom de Phamo (plutôt Lhamo) Dhondup dans le village de Taktser. La langue natale de la famille est l’objet de débat : on parle sans doute aussi bien le dialecte chinois local qu’un dialecte de l’Amdo. Le frère ainé est déjà l’incarnation du Kumbum, les deux frères suivants entreront dans les ordres à Lhassa, la grande sœur est déjà mariée. À Lhassa le Dalaï-lama est rebaptisé Jetsun Jampel Ngawang Yeshe Tenzin Gyatso (Saint Seigneur, Douce Gloire, Compatissant, Défenseur de la Foi, Océan de Sagesse) et loge au palais d’été du Norbulingka. Comme il ne s’agit pas d’un nouveau souverain mais du même Dalaï-lama qui se réincarne à chaque fois, la cérémonie qui l’attend (le Sertri Ngasöl) est plus un retour sur le trône qu’une intronisation à l’européenne. Le nouvel an (Losar) et la fête de la grande prière (Mönlam Chenmo) sont proches, des dizaines de milliers de Tibétains sont venus à Lhassa, les récoltes sont terminées, la terre est au repos, les troupeaux ne nécessitent pas de soins particuliers… C’est le moment idéal pour installer le nouveau Dalaï-lama. En décembre 1939, les représentants chinois arrivent via l’Inde et sont à Lhassa le 15 janvier 1940. Les conditions météo sont exceptionnellement favorables et bénéficient aussi aux Britanniques qui envoient Basil Gould. Le 7 février, une foule dense se rassemble aux pieds du Potala pour assister au rituel du nouvel an. Le 9, les Britanniques assistent à une cérémonie du nouvel an au palais. Ils doivent attendre le 13 pour être reçus par le Dalaï-lama (après les Chinois) au Norbulingka. Les jours suivants consistent en visites auprès du régent, au Lönchen (premier ministre), aux membres du gouvernement, à la famille du souverain que Gould trouve très unie et heureuse. Le 21, le Dalaï-lama est transféré au Potala et tout les Tibétains présents s’entassent le long du parcours pour voire passer le cortège. Pendant plusieurs jours il va occuper le trône, recevoir et bénir des visiteurs, et recevoir des cadeaux. Le 22 est la journée où le Dalaï-lama reçoit tout le gouvernement tibétain, et les délégations chinoises, népalaises et bhoutanaises dans la salle du trône. C’est une cérémonie religieuse qui donne l’occasion de mettre tels individus ou délégations en valeur. Malheureusement pour eux, les Britanniques sont casés le jour suivant, avec les Sikkimais et les Ladakhis (parents pauvres du Tibet) et les représentants du monastère de Tashlhumpo (celui du Panchen-lama, et qui sont peu appréciés), ce que Gould tente de minorer (la pilule a dû être dure à avaler). Malgré son avantage sur eux, le chef de la délégation chinoise est vexé de sa position (lui donnant pourtant la prééminence sur les autres) lors de la cérémonie et choisit de ne pas assister aux remises de cadeaux. Par la suite ça ne l’empêchera pas de jouir d’une position très proche de celle des anciens ambans (son successeur sera même autorisé à fonder un hôpital avant les Britanniques) et plus durablement que ses rivaux. Le jour suivant, les Britanniques peuvent enfin offrir leurs cadeaux.

Des images filmées par Basil Gould en 1940 © BFI

Le Dalaï-lama ne peut alors être rencontré, mais Gould découvre qu’il a déjà un fort caractère et qu’il aime les oiseaux : parmi les cadeaux se trouvaient un couple de perruches qui furent conservées un temps à la mission britannique dans l’espoir qu’elles se remettent du voyage et puissent se reproduire. Informé, le Dalaï-lama envoie messager sur messager pour les réclamer. Une fois livrés, il veut tout savoir sur la façon dont on s’en occupe. Il les renvoie toutefois peu après à Reginald Fox, opérateur radio britannique, qu’il pense plus à même d’en prendre soin (ou alors c’est juste qu’il est capricieux, allez savoir…). Peu après, Gould est officiellement présenté à la famille du souverain lors d’une fête d’enfants (lesquels apprécient beaucoup le cinéma, un arbre de Noël et les deux premiers Pères Noëls tibétains de l’histoire !)

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