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La conspiration de Reting de 1947 / Hugh Richardson 18/07/2010

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Continuons à évoluer dans le monde louche et torve [y a pas, j’adore cette expression trouvée chez Jean Yanne] de la politique tibétaine des années 1940. Nous découvrons comment le régent Reting, jeune merdeux ambitieux et avide, a tenté de revenir à la place dont on l’avait viré et a provoqué une mini-guerre civile au moment où le pays en avait le moins besoin.

En 1933, quatre jours après le décès du XIIIe Dalaï-lama, le Tsongdu (assemblée des officiels du gouvernement et des grands monastères) désignait le nouveau régent devant gérer le Tibet en attendant que la prochaine incarnation du souverain soit découverte et atteigne l’âge de régner. L’heureux élu est l’incarnation du monastère de Reting. D’origine pauvre, il a 20 ans et aucune expérience politique. Il doit sa nomination à Lungshar, homme fort du pays qui vient de se débarrasser de son rival à l’occasion du décès du Dalaï-lama. Lungshar espère bien profiter de l’inexpérience du jeune homme pour en faire un pion. Hélas pour lui, un projet d’assassinat d’un rival est éventé et provoque sa chute, laissant le régent gouverner seul. L’auteur, agent politique britannique (1936-1940) puis indien (1947-1950) au Tibet l’avait rencontré en 1936 et le décrivait comme un jeune homme maladroit et immature surtout intéressé par l’argent et les beaux cadeaux. Pour ne rien arranger, il était aussi semble-t-il égoïste, naïf et n’hésitait pas à se venger durement de ceux qui lui avaient déplu. Malgré tout, il n’a pas pu devenir un despote absolu, le Tsongdu s’en tenant au testament de feu le Dalaï-lama. N’ayant pas le statut d’un souverain, il était quand même contraint de composer avec les différents collèges de son monastère et des autres pour ne pas faire de jaloux (ce qui avait provoqué la chute d’un prédécesseur régent au XIXe siècle).

Thupten Jampel Yeshe Gyantsen, Ve incarnation de Reting © The Tibet Album Ngawang Sungrab Thutob (1874-1952), IIe incarnation de Tagtrag © Western Shugden Society

Thupten Jampel Yeshe Gyantsen (1911-1947), Ve incarnation de Reting © The Tibet Album
Ngawang Sungrab Thutob (1874-1952), IIe incarnation de Tagtrag © Western Shugden Society

Quand le XIVe Dalaï-lama est installé à Lhassa en 1940, Reting se retire au prétexte que des mauvais présages l’incitent à se concentrer sur le bouddhisme. Il semblerait qu’en fait il ne se serait pas estimé digne d’être le tuteur du Dalaï-lama pour avoir rompu son vœu de chasteté et qu’il ait essuyé de nombreux reproches concernant son monastère plus préoccupé de commerce que de bouddhisme. Il s’arrange toutefois pour faire nommer son successeur, l’incarnation du monastère de Tagtrag, qui montre vite qu’elle n’a aucune intention de repartir. C’est que Reting a bien, lui, l’intention de revenir dès lors que les circonstances seront favorables. Il semble s’y préparer en se rendant en décembre au collège de Je du monastère de Sera (Reting étant affilié à ce grand monastère). Ce collège est alors en froid avec le gouvernement après avoir tué un officiel pour une histoire fiscale. La réponse ne se fait pas attendre : l’armée est envoyée prendre le monastère. Reting a assez de jugeote pour partir avant que les choses n’empirent trop car il ne souhaite pas apparaitre comme une menace potentielle pour le gouvernement, mais le mal est fait. Reting recevra un colis piégé contenant une grenade à main qui ne fera aucun dégât mais dont le message est clair. En avril 1947, la résidence de Reting à Lhassa est mise sous scellés et plusieurs de ses soutiens sont arrêtées. L’armée est envoyée arrêter l’ancien régent à son monastère, ce qui se fait sans heurts. Par contre, lorsque la nouvelle atteint Sera, le collège de Je explose et les moines tuent leur abbé qui tentait de les retenir. Lorsque l’escorte de Reting passe devant le monastère, elle essuie quelques tirs mais arrive sans encombre à Lhassa où Reting est enfermé au Potala. Les jours suivants la noblesse va s’y réfugier et on distribue des armes aux officiels dans la crainte des moines de Sera. On demande à Reginald Fox, opérateur radio britannique, de remettre celle du gouvernement en état de marche et l’armée positionne deux canons de montagne devant Sera. Les soldats de Drabzhi quant à eux, se mettent à piller les échoppes de Lhassa (tout va bien, l’ordre règne !) et l’insécurité interrompt le ravitaillement de la ville. À la fin du mois, les troupes sont assez nombreuses pour lancer un assaut sur le collège au moment où le procès de Reting s’ouvre. Celui-ci se confesse et tente de sauver les meubles mais des lettres révèlent qu’il a tenté d’obtenir de l’aide auprès de a Chine et un de ses proches craque et révèle une conspiration projetant l’assassinat de Tagtrag. C’en est trop pour le gouvernement qui décide d’en finir avec ce satané collège de Je. Ce dernier résiste (lui seul est visé, les autres collèges n’ayant jamais pris partie pour Reting) avec des fusils et un canon bricolé, mais les moines doivent fuir et sont traqués jusqu’au monastère de Reting, également pris.

L’ex-régent meurt en détention, ce qui suscite bien des rumeurs. Son corps est toutefois examiné par les abbés de plusieurs monastères et bon nombre d’officiels qui ne voient rien de suspect si ce n’est deux marques bleues sur la cuisse. Les causes de la mort varient selon les sources. Officiellement, Reting se serait suicidé, d’autres croient à un empoisonnement ou à un étouffement après qu’on lui ait glissé une écharpe dans la gorge. La version la plus répandue voudrait qu’il soit mort après qu’on lui ait broyé les parties… (so charming, so delightful !). Parmi ses soutiens, quelques uns sont condamnés à être fouettés, d’autres à être enchainés ou emprisonnés chez des officiels. La propriété privée de Reting est exorcisée (ta mère suce des bouddhas en enfeeeer ! 😛 ) et vendue aux enchères. Le gouvernement sort pourtant rudement éprouvée de cette épreuve, Tagtrag étant accusé d’être le nouveau Lang Darma (dernier empereur tibétain accusé d’avoir persécuté les bouddhistes).

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Commentaires»

1. Ran - 20/07/2010

J’aime bien les qualificatifs du Reting Rimpoche dans le premier paragraphe… C’est de McKay ou c’est de l’auteur de ce blog ? 🙂

2. Rincevent - 20/07/2010

Toutes les informations sérieuses viennent bien de Richardson. Par contre, si c’est entre parenthèses, c’est de moi. 😀


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