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Tom Browns d’Asie centrale / Alastair Lamb 07/04/2010

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Voilà un petit article assez frais et divertissant. Avant toute chose, signalons que le Tom Browns évoqué en titre est une nouvelle de Thomas Hughes de 1857 qui raconte la vie d’un jeune anglais dans son école de Rugby. Ici, il est question de quatre jeunes tibétains envoyés en Angleterre en 1913 pour y étudier.

Lungshar et ses jeunes élèves à Buckingham en 1913 - Wikicommons

Lungshar et ses jeunes élèves à Buckingham en 1913 – Wikicommons

L’idée d’envoyer de jeunes tibétains étudier au royaume-Uni n’est pas une nouveauté puisqu’elle est déjà évoquée en 1904. Mais c’est l’exil indien du XIIIe Dalaï-lama et la proximité de Charles Bell qui relance vraiment les discussions entre 1910 et 1912. En août de cette année, le souverain propose donc d’envoyer des jeunes gens de bonne famillle. Ceux-ci sont rassemblés en 1913 à Gyantse où Lungshar, favori du Dalaï-lama, présente la demande officielle à l’agent commercial britannique. Ce dernier, Basil Gould, étant sur le point de rentrer au bercail, ses supérieurs décident qu’il servira de guide aux Tibétains jusqu’à leur arrivée en Angleterre. Il faut dire que les quatre adolescents choisis ne partent pas seuls. Leur chaperon officiel est Lungshar, accompagné de sa femme ; Laden La, policier sikkimais, et son fils Sönam Tobgye ; et deux serviteurs. Les élus s’appellent Möndo (moine de 17 ans), Kyipup / Kyibu (16 ans), Gongkar (16 ans) et Rinchengang (11 ans).

Dorje Tsegyel alias Lungshar (1880-1938)  © Jamyang Norbu Madame Lungshar et Möndo (à droite) en 1938 - Wikicommons

Dorje Tsegyel alias Lungshar (1880-1938) © Jamyang Norbu
Madame Lungshar et Möndo (à droite) en 1938 - Wikicommons

En Angleterre, ce petit monde est logé dans la ville de Farnham où les jeunes gens apprennent l’anglais sous la férule de l’école de langue de Berlitz. Lungshar irrite les Britanniques avant même d’embarquer : à Calcutta il fraye avec des représentants du Japon qui cherchent à détourner les jeunes de leur destination et une fois arrivé, il envisage déjà de se rendre dans d’autres pays. Il faut dire qu’il se considère comme un vrai ambassadeur tibétain et souhaite rencontrer George V, tout en rencontrant un étudiant indien aux opinions « avancées ». Il maintient aussi des relations avec l’ambassade de Chine, ce qui laisse perplexe les Britanniques. Sa cote auprès des autorités britanniques chute donc vite, et le fait que sa femme séduise un des élèves n’arrange rien… Il ne lui faut que trois mois pour leur donner envie de réclamer son renvoi au Dalaï-lama… Les Britanniques craignent par dessus tout que sa présence ne fournisse un motif de plainte à la Russie par rapport à la convention anglo-russe de 1907. Mais étant donné que ceux-ci reçoivent eux-même Agvan Dorjiev, le risque leur semble minime. En juin 1913, Lungshar est enfin reçu par le roi à Buckingham et procède à un échange de cadeaux.

Khenrab Kunzang alias Möndo (1897-?) © Tibet Album Wangdi Norbhu alias Kyibu (1896-1918) © Tibet Album

Khenrab Kunzang alias Möndo (1897-?) © Tibet Album
Wangdi Norbhu alias Kyibu (1896-1918) et sa femme © Tibet Album

Les Tibétains ne sont pas tout de suite placés car un certain flou règne en ce qui concerne l’établissement à choisir : l’école choisie en premier lieu est rejetée car les trois fils du président chinois Yuan Shikai ont déjà demandé à y être inscrit. On préfère éviter les soucis et garder ces élèves plus prestigieux, alors l’école de Rugby est choisie à la place. Rinchengang continuera ses études à l’université où il étudiera l’ingénierie électrique. Gongkar servira pendant un temps comme officier instructeur au Tibet mais mourra de pneumonie en 1917, privant ses compatriotes de l’expérience acquise. Les autres reviennent au Tibet mais sont mis à l’écart par les cercles dirigeants (sans doute étaient-ils trop contaminés par l’Occident pour valoir encore quelque chose). En 1940, il ne restera qu’un seul survivant du groupe. Cette expérience restera sans lendemain : elle n’aura strictement aucun impact sur le développement du Tibet et n’aura pas contribué à populariser les relations avec la Grande-Bretagne.

Rinzin Dorji alias Chang Ngönpa / Rinchengang (1901-1945) © Tibet Album Sir Basil John Gould (1883 -1956) © Tibet Album

Rinzin Dorji alias Chang Ngönpa / Rinchengang (1901-1945) © Tibet Album
Sir Basil John Gould (1883 -1956) © Tibet Album

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