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Un incident de frontière / Louis Magrath King 16/02/2010

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Ce récit se déroule immédiatement après la courte guerre que se sont livrées le Tibet et le général de Chamdo en 1917-1918. L’auteur, diplomate britannique comme l’était Eric Teichman nous raconte comment un an à peine après ces événements, un nouveau conflit à failli éclater. Alors qu’en 1917 les Tibétains avaient dû réagir à l’agression d’un seul officier chinois, ici ce sont des Chinois acculés au pied du mur qui ont dû déployer des trésors de patience et de compromis pour ne pas faire s’embraser de nouveau toute la région.

En 1918, les négociations entre le Tibet et la Chine avaient partagé les royaumes du Kham entre les deux pays, établissant une frontière temporaire ne devant durer que jusqu’à ce que la question du statut du Tibet soit définitivement résolue par voie diplomatique. En attendant le vainqueur tibétain, le Kalön lama, était l’homme fort de la région. Jampa Tendar occupait probablement le poste le plus difficile de son pays : il était un des quatre membres du kashag (cabinet ou conseil des ministres), commandant en chef de l’armée et gouverneur du Kham, province tout juste étendue au détriment de la Chine. Aucune des deux parties n’ayant les moyens de vaincre l’autre, l’armistice est respecté. Et si le commerce a repris, il n’y a aucune coopération politique ou militaire. Du coté chinois, c’est le chaos des seigneurs de la guerre. Le gouverneur chinois résidant à Tatsienlu est dans une situation extrêmement difficile non pas à cause des Tibétains mais de ses petits copains qui se sont taillés des fiefs au Sichuan. Il manque de tout, et particulièrement de fonds et d’armes mais a la « chance » de soutenir le parti alors au pouvoir à Pékin. Pour ne pas perdre un soutien dans cette époque troublée, ce dernier décide de lui venir en aide et lui envoie une cargaison immédiatement absorbée par l’un ou l’autre des seigneurs dont elle avait traversé le territoire. Une deuxième cargaison lui est alors envoyée par une route détournée évitant les fiefs hostiles. Le convoi s’arrêtera à Jyekundo, dans le territoire du Kokonor (actuel Qinghai) et le gouverneur devra assurer lui-même la dernière partie du voyage. Mais il y a un hic : la route est maintenant coupée par les nouveaux territoires tibétains. Pour le gouverneur, ces fonds et armements sont absolument vitaux et uniquement destinés à tenir face à ses rivaux chinois. Persuadé qu’il ne subira pas de refus, il envoie deux représentants demander au Kalön lama l’autorisation de faire passer le convoi par son territoire. C’est à ce moment que M. King arrive à Tatsienlu après un voyage de plusieurs mois et y retrouve son ami qui le sollicite pour aller défendre sa cause auprès du gouverneur tibétain. Ce que King refuse car il doit rester neutre. Lorsqu’il arrive à la frontière, il trouve les deux représentants que le Kalön lama refuse de recevoir. Une fois à Chamdo (où il est reçu en grande pompe), celui-ci lui fait savoir qu’il n’a aucune intention de laisser les Chinois passer et que leurs problèmes le laissent totalement indifférent.

Le Kalön lama Jampa Tendar, commandant en chef (1870-1922) © Phayul.com

Le Kalön lama Jampa Tendar, commandant en chef (1870-1922) © Phayul.com

L’auteur décrit longuement Jampa Tendar. Le gouverneur tibétain apparait comme un homme placide que son statut isole totalement du commun des mortels mais qui subit sa solitude et sa douleur (il souffre de crises de goutte) sans piper mot. Le moine semble l’impressionner tant il reste impassible et supporte le lourd cérémonial. King voit en lui un leader né. Un aller-retour à Jyekundo lui apprend que le convoi chinois n’est pas arrivé puis il part pour deux mois au sud, vers Atentze. C’est alors que la cargaison arrive à Jyekundo et que le gouverneur chinois décide de la faire passer quand même. Si les Tibétains s’y opposent, ils porteront la responsabilité d’un conflit. Il ne leur demande pourtant même pas d’évacuer le terrain, mais juste de laisser passer le convoi. Mais même si c’était une caravane tibétaine qui assurait le transport (ce qui n’est pas possible étant donné le danger que représentent les bandes de brigands), le Kalön lama refuserait. King avertit d’ailleurs le Chinois que passer en force serait un acte de guerre. Une fois revenu à Chamdo, King apprend que le convoi ne passera plus par la route initiale, mais par une route détournée contournant l’essentiel du territoire tibétain, à l’exception de l’extrême nord-est de la zone. Le gouverneur chinois préfère donc le faire passer par une route infestée de brigands que provoquer un nouveau conflit. De plus, le territoire traversé n’abrite pas de troupes tibétaines. Donc soit ceux-ci le laissent passer, soit ils viennent spécialement pour bloquer le convoi. Cette alternative est un effort remarquable de la part du Chinois.

Lorsque le convoi franchit la frontière, les généraux tibétains réclament au Kalön lama l’autorisation de pouvoir l’attaquer. Mais ce dernier est maintenant devant un dilemme et ne sait pas ce qu’il doit faire : il avait averti Lhassa des projets chinois et avait reçu l’ordre de garder sa position coûte que coûte. Mais il n’a aucune instruction pour ce nouveau développement. Cela le met dans une position intenable en raison du climat politique tibétain. Deux camps d’égale importance s’affrontent : les nationalistes / modernistes soutenus par l’armée et les officiels, et les conservateurs soutenus par le clergé. Les uns guettent la moindre opportunité d’agrandir encore le territoire tibétain au détriment de la Chine, les seconds veulent contrer l’influence européenne en se rapprochant de cette dernière. Quel que soit le choix que Jampa Tendar fera, il en paiera le prix fort. Devant une telle pression, le Kalön lama décide de consulter King en tant que représentant d’une tierce partie. Celui-ci lui conseille alors de ne pas bouger et de laisser passer le convoi chinois, ce qui soulage grandement le religieux qui était parvenu à la même décision. King sera pourtant par la suite accusé d’avoir influencé ce choix, mais il rejette ces accusations car le Kalön lama n’était pas quelqu’un d’influençable et lui même n’avait aucune autorité sur les acteurs de l’affaire, se contentant de servir d’intermédiaire neutre. Son conseil a pourtant permis au Kalön lama de se défausser d’une partie de la rancœur de ses ennemis politique sur lui. Une partie seulement car il est mort peu après, empoisonné selon les uns, victime d’une malédiction selon les autres. On crut d’ailleurs utile de signaler à King qu’on faisait dire des prières de protection pour lui…

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