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Enclaves ladakhies et bhoutanaises au Tibet / John Bray 30/01/2010

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Dans cet article, M. Bray nous fait découvrir des enclaves étrangères de la région du mont Kailash / Tise. Je me suis pas mal amusé à les situer sur la carte, avec plus ou moins de difficultés (il y a trois listes dans l’article).

L’ouest du Tibet n’a pas toujours dépendu de Lhassa puisqu’après la désintégration de l’empire des royaumes s’y sont constitués et ont longtemps résisté aux tentatives des pouvoirs du Tibet central de les ramener dans son giron. Cette région appelée Ngari s’est vite fractionnée en trois royaumes : le Ladakh, le Guge et le Purang. Depuis au moins la fin du XVIe siècle, les rois du Ladakh s’étaient alliés à la sous-école drukpa de l’école Kagyü. Lorsque celle-ci s’est divisée au XVIIe siècle au sujet du choix de la réincarnation de son dirigeant, les rois ladakhis ont continué à maintenir des relations avec les deux courants. L’un des prétendants dut fuir le Tibet central où son rival avait trouvé un soutien en la personne du prince du Tsang, et s’exila dans le sud où il fonda le premier État bhoutanais. Le frère cadet du roi du Ladakh s’y rendit et y servit comme gouverneur avant d’affronter les Tibétains en 1639. L’école étant liée depuis ses origines à la région du Kailash, le roi du Ladakh offrit au souverain du Bhoutan plusieurs de ses monastères qui constitueront un ensemble d’enclaves. Alliés une nouvelle fois contre le Tibet en 1681, les deux royaumes furent battus, le Ladakh devant céder le Ngari sauf son enclave de Minsar.

En rouge : Minsar, en bleu : les enclaves bhoutanaises. Notez la distance les séparant de leurs métropoles.

Les revenus de l’enclave de Minsar / Menser servaient à couvrir les dépenses des offrandes religieuses de la région. Ce petit établissement passa sous contrôle cachemiri lorsque le Ladakh fut envahi en 1834, puis le Jammu-et-Cachemire fut à son tour intégré à l’empire des Indes qui gérait théoriquement les affaires étrangères des États princiers. Les nouveaux maîtres continuèrent à percevoir les revenus de l’enclave. Les Britanniques connaissaient l’existence de l’enclave au moins au début du XXe siècle puisqu’ils mentionnent la corvée de transport gratuite dont le Ladakh pouvait bénéficier pour aller et revenir de Lhassa tous les ans afin d’y porter un tribut symbolique. C’est à cette époque que Lhassa commence à affirmer ses droits et exige que l’enclave fournisse la corvée de transport à ses officiels, y lève des impôts et contraint les habitants à acheter du thé plus cher que les prix du marché. Car il y a une différence de perception très nette : pour le Ladakh, l’enclave est un territoire où s’exerce sa souveraineté ; mais pour le Tibet, c’est une propriété étrangère sur une terre tibétaine. Pendant ce temps, les habitants sont pris entre le marteau et l’enclume jusque dans les années 1940. Lors de la partition de l’Inde, le Pakistan envahit une partie du Ladakh avant que le cessez-le-feu mette un terme au conflit. L’enclave passe donc au second plan, d’autant plus que comme l’Inde maintient désormais de bonnes relations avec la Chine, on n’aborde pas ce sujet après l’invasion du Tibet. Lorsque les deux géants entrent en guerre en 1962, il est désormais trop tard pour l’Inde car Minsar est occupé et intégré au Tibet depuis plusieurs années.

Minsar et Darchen : les enclaves au Tibet

Après la guerre de 1681-1683, le Bhoutan réussit à conserver ses terres au Ngari. Celles-ci sont plus nombreuses et importantes que l’enclave de Minsar car Darchen Labrang est le point de départ des pèlerins venant au mont Kailash. De plus, un marché où se rendent les marchands indiens s’y tient en été. C’est donc une affaire juteuse pour le gouvernement bhoutanais qui y nomme un lama expérimenté, le Gangri Dordzin, pour un temps défini. Il est responsable de la régulation des prix du marché et arbitre les disputes. Tout comme pour Minsar, le Bhoutan affirme que ces terres sont sous sa souveraineté, ce que conteste le Tibet. En 1904, la Grande-Bretagne profite de la convention imposée à Lhassa par l’expédition Younghusband pour envoyer un agent commercial dans l’enclave pendant l’été. Elle se montre toutefois peu intéressée par ces confettis, ce qui n’est pas le cas du Bhoutan. Lorsque le pays signe un traité avec les Britanniques en 1910 (lequel leur confie la gestion des affaires étrangères du royaume), le roi exige de ces derniers qu’il soutienne ses prétentions. Mais la Grande-Bretagne ne souhaite pas se mêler de ça. La tension augmente dans les années 1920 car le Tibet modernise son armée et doit donc augmenter des taxes qu’il commence à imposer aux enclaves. Le meurtre d’un commerçant indien en 1927 suscite de fortes tensions : attaqué par des brigands non loin de Darchen, il y est amené et y meurt. La Grande-Bretagne exigeant que les coupables soient châtiés, les Tibétains font monter la pression sur l’administrateur intérimaire des enclaves. L’affaire durera des années et ne sera jamais résolue. Lorsque le Bhoutan nomme un administrateur laïc en 1930, Lhassa est profondément irritée car il s’oppose avec virulence aux taxes tibétaines et récupère des habitants recensés comme Tibétains par Lhassa. En réponse, les Tibétains les battent et les forcent à abandonner leur nationalité. Deux ans plus tard, le roi du Bhoutan demande à l’officier politique au Sikkim de plaider sa cause à Lhassa. Celui-ci comprend vite le fond du problème : les enclaves sont-elles tibétaines ou bhoutanaises ? Mais les deux parties évitent ce sujet épineux et Lhassa envoie une lettre de conciliation. En 1937 les Britanniques découvrent que les autorités de Darchen ont fait fouetter le serviteur d’un marchand indien sans les consulter et taxent les marchands indiens sans que l’agent commercial le sache. Mais Darchen s’abrite derrière l’argument de sa nationalité bhoutanaise, les règlement commerciaux ne concernant que le Tibet. En 1959, la Chine prend le contrôle des enclaves. Cette irruption pousse le Bhoutan à signer avec l’Inde un traité identique à celui signé avec la Grande-Bretagne. Si le sujet a été évoqué par l’Inde en 1960, les choses sont restées en l’état depuis, le Bhoutan semblant renoncer aux enclaves au profit d’un règlement global avec la Chine.

La nature floue de ces enclaves n’a rien d’extraordinaire dans une région où la distinction religieux/temporelle l’était elle-même. La mission annuelle envoyée par le Ladakh se rendait à Lhassa pour les célébrations de Mönlam Chenmo et y faisait des offrandes religieuses. Si le Tibet y voyait une reconnaissance de sa suzeraineté, ça n’empêchait pas le Ladakh de verser tribut à l’empire moghol avant son annexion par le Cachemire. Au XXe siècle, elle n’avait plus qu’un but commercial. C’est donc l’effort de modernisation et de centralisation mené par le Tibet au début du XXe siècle qui a bousculé les rapports traditionnels et mis en lumière l’anachronisme de ces enclaves.

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