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Le traité Mongolie-Tibet du 11 janvier 1913 / Parshotam Mehra 25/01/2010

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Bien, activons nous un peu après un mois passé en Afrique. Cet article retrace les origines du traité signé par le Tibet et la Mongolie en 1913 (déjà évoqué ici) et explique comment les manipulations russes ont, par ricochet, semé la zizanie en Asie.

Le 1er décembre 1912, les princes mongols se sont formellement prononcé pour le rejet de l’allégeance à la Chine alors en pleine révolution et proclament l’indépendance de la Mongolie. Le dirigeant du pays est le Jetsun Dampa, chef religieux de l’école gelugpa dominante. Enclavée entre la Chine et la Russie, la Mongolie n’a pris cette décision que suite aux incitations de cette dernière qui lui a livré de l’armement. Un mois plus tôt, la Russie reconnaissait le souhait des Mongols d’assurer la pérennité de leur pays et leur volonté de mettre fin à leurs relations avec la Chine. La Russie promet d’assister la Mongolie et soutient son droit à une armée, un accord précisant ses droits et privilèges et lui donnant un droit de regard sur la politique étrangère mongole. Très loin de là le Tibet, qui partage la même foi que la Mongolie, subit aussi les remous de la révolution chinoise : le Dalaï-lama revient de son exil indien au moment même où les troupes chinoises sont expulsées. En juillet 1912, le souverain est très probablement au courant de la situation par son conseiller Agvan Dorjiev mais lui-même n’a pas encore rompu avec Pékin. Toutes les parties sont conscientes qu’il va falloir trouver de nouveaux statuts pour les deux pays, en particulier la Chine qui souhaite les conserver dans son giron. Malgré les protestations de bonne foi et les promesses, Yuan Shikai, nouvel homme fort de la Chine n’arrive pas à convaincre les anciennes dépendances. Mais il lui faut d’abord assurer son propre pouvoir, et il laisse donc les choses en l’état.

Le traité est signé à Ourga (actuelle Oulan-Bator) le 11 janvier 1913 par Agvan Dorjiev qui représente le Dalaï-lama et le ministre des Affaires Étrangères mongol, Lama Rabdan. Le traité est signé et entre en application sans procédure de ratification, ce qui inquiète particulièrement la Grande-Bretagne, qui ne sait même pas s’il y a bien eu un traité et y voit une manigance russe. Malgré les questions répétées sur la réalité du traité, les Britanniques ne reçoivent que des réponses évasives. Dans le doute, la Grande-Bretagne décide de faire comme s’il était bien réel pour pouvoir se rapprocher du Tibet mais évite d’évoquer le sujet ouvertement. Le fait est que Londres craint plus que tout que la Russie n’étende son influence au Tibet via la Mongolie. La conférence de Simla devant définir le statut du Tibet est l’occasion de faire des propositions servant les intérêts britanniques. Pour éviter l’influence russe, on divise le pays en Tibet extérieur (très autonome et relevant du Dalaï-lama) et intérieur (administré par la Chine), le second devant servir de tampon entre la Mongolie sous influence russe et le Tibet central sous influence britannique. Tant la Chine que le Tibet avait accepté une solution qui ne faisait que confirmer une division historique séparant le Tibet soumis à Lhassa du Tibet oriental émietté en principautés rivales. Hélas, les tentatives de McMahon de repousser les frontières de l’Inde font capoter les négociations. Le Tibet intérieur souhaité par les Britanniques reste donc sur le papier. Cette frontière agitée et incertaine pèsera lourdement sur la politique tibétaine des années suivantes.

Le traité de 1913 © Phayül.com

Le traité de 1913 © Phayül.com

Pendant ce temps, l’indépendance mongole s’avère des plus théorique puisque la Russie qui l’avait pourtant soutenue a passé un traité avec la Chine afin de faire du désert de Gobi une frontière naturelle avantageuse. La Russie s’était réservée le droit de définir les frontières de la Mongolie tout court, mais le nouveau traité passé avec la Chine reconnait que la Mongolie extérieure (l’actuelle république de Mongolie) fait partie de la Chine et que ses frontières seront définies par la suite. Face à cette avancée diplomatique, la Grande-Bretagne demande à pouvoir faire de même au Tibet alors qu’elle est liée par le traité anglo-russe de 1907 (version française sur Wikisource) le lui interdisant (lequel ne mentionnait pas la Mongolie). La Russie le lui refuse au motif que son opinion publique ne le tolérerait pas sans d’importantes concessions. Les négociations échouent donc et pour ne rien arranger la Russie ne reconnait pas le traité tibéto-mongol car Agvan Dorjiev n’était pas tibétain. La réussite russe tient à trois choses : elle n’a pas attendu la réaction chinoise, elle ne s’est pas soucié de définir les frontières, et n’a pas fait perdre la face à la Chine. La Mongolie, quant à elle, se tourna vers le Japon occupant la Mandchourie voisine mais se heurta à une fin de non recevoir. Elle ne put même pas obtenir une représentation diplomatique à Saint-Petersbourg.

Au cours des années suivantes, la faction militariste au pouvoir en Chine freina autant que possible les négociations, stimulée en cela par une reconquête militaire de la Mongolie. Le Tibet lui étant associé, la Chine guetta la première occasion de reprendre le contrôle du pays. Une situation et une politique ressemblant autant à celles de Zhao Erfeng sautait aux yeux de tous. Lhassa savait que quelles que puissent être les promesses chinoises, elle perdrait toute autonomie dès lors que des troupes pénétreraient son territoire. Ni le Tibet ni la Mongolie ne faisaient confiance à la Chine, mais les deux pays se heurtèrent à leur éternel problème : il leur était impossible de négocier avec la Chine sans le soutien d’une tierce partie suffisamment forte.

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