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Histoire de l’Afrique : des origines à nos jours / Bernard Lugan 16/01/2010

Posted by Rincevent in Mes lectures.
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Mmm, il m’a fait de l’œil un petit moment, celui-là. Je l’ai regardé une ou deux fois à la librairie, ai hésité, l’ai reposé, réexaminé la fois suivante avant de finir par le prendre. Histoire de l’Afrique : des origines à nos jours de Bernard Lugan paru en 2009 chez Ellipses Marketing est un monumental pavé de 1245 pages. De quoi en effrayer plus d’un…

Histoire de l'Afrique : des origines à nos jours / Bernard Lugan

Histoire de l'Afrique : des origines à nos jours / Bernard Lugan

J’avoue quand même avoir hésité à le prendre quand j’ai commencé à me renseigner sur l’auteur et que j’ai vu qu’il suscitait une abondante polémique sur Wikipedia (et ailleurs). Mais quelqu’un l’ayant lu m’a assuré qu’il ne contenait aucun propos raciste ou dégradant pour l’Afrique et que les éventuels passages polémiques se limitaient à contredire certaines thèses. Malgré sa taille, l’ouvrage m’a paru très abordable, grâce à de nombreux encarts venant préciser certains points au fils du récit, et de nombreuses cartes issues de l’Atlas historique de l’Afrique des origines à nos jours publié par l’auteur en 2001 (entre autres). On découvre rapidement la préhistoire du continent, où les alternances de réchauffement et de refroidissement ont réduit ou étendu le Sahara et la forêt tropicale (chacun leur tour, bien entendu). Cette partie m’a permis de découvrir que lorsque la température monte, la forêt s’étend et le désert se réduit (plus d’évaporation = plus de pluie), avant que la situation ne s’inverse lorsque la balance climatique s’inverse à son tour. La partie sur l’Égypte antique est traitée de manière vraiment simple, la vingtaine de dynasties qu’elle a connue défilant en quelques pages. Ça peut paraître excessivement simplifié, mais il ne faut pas oublier que c’est tout le continent qui est traité et depuis les origines, ce qui oblige donc l’auteur à être très synthétique. Quelques petites coquilles parfois rigolotes viennent parfois se glisser ici ou là, comme cet oncle et son neveu qui s’entretuent mais échangent leur situation familiale au détour d’une phrase (j’ai pas noté le passage exact, ayé, a retrouvé ! p. 292 : il s’agit de Mohammed al-Mutawakil et de son tonton Abd al-Malek, tous deux membres de la dynastie marocaine des Saadiens en 1574-1576). Il m’a aussi semblé voir des erreurs cartographiques (inversions des royaumes Zirides et Hammadides), du moins en me basant sur les quelques atlas historiques que je possède. Le seul gros regret c’est qu’il n’y a qu’un index des personnes. Il aurait été plus que pratique de rajouter aussi un index des peuples ou des lieux. Mais bon, l’ouvrage était déjà assez imposant comme ça (n’empêche, ça aurait bien aidé)…

Voici les huit parties évoquées :
L’Afrique des origines jusqu’au VIe siècle après JC
L’Afrique du VIIe siècle jusqu’au XVe siècle
L’Afrique du XVIe siècle jusqu’au XVIIIe siècle
L’Afrique au XIXe siècle : 1800-1884
L’Afrique de 1885 à 1914
L’Afrique de 1914 à 1945
Les décolonisations
L’Afrique de 1960 à 2008

L’histoire africaine jusqu’au XIXe siècle est traitée rapidement et clairement puisque la colonisation active (donc milieu des années 1880) n’est abordée qu’un peu avant la moitié du livre. J’ai donc découvert que si Léopold II s’était lancé dans la conquête du Congo pour réaliser son rêve en puisant dans sa fortune personnelle, il a assez vite dû faire appel aux finances de l’État belge (alors qu’il avait promis juré craché que ça n’arriverait pas). Le plus drôle dans l’affaire c’est que le Congo a équilibré les dépenses et commencé à rapporter des bénéfices juste après ça (c’est qu’il fallait construire un réseau de transport pour acheminer le caoutchouc en évitant les rapides de l’embouchure du Congo). De même le chapitre sur les traites esclavagiste remet quelques pendules à l’heure en rappelant qu’à aucun moment les Européens n’ont pu imposer le commerce d’esclaves, mais qu’au contraire ce sont les sociétés africaines déjà esclavagistes qui ont trouvé un nouveau débouché et ont imposé aux blancs leurs conditions. Ainsi, à la question de savoir si la traite a permis l’essor économique de l’Europe, Lugan répond que :
– elle n’a constitué qu’une part infime du commerce atlantique (au XVIIIe les négriers britanniques représentaient 1.5% de la flotte et 3% du tonnage)
– les bénéfices en étaient tous comptes faits assez limités (au mieux, les négriers français firent 6% de profit contre 2.1% pour les Hollandais)
– de même, la traite n’est liée en rien à la révolution industrielle puisque les pays l’ayant pratiqué le plus ou le plus longtemps furent ceux qui connurent la révolution industrielle en dernier. La France avait ainsi un commerce colonial supérieur à celui de l’Angleterre mais connut sa révolution après l’abolition de l’esclavage, et en premier lieu dans l’est de la France et non près des grands ports de traite.

J’ai bien aimé le passage sur la Première Guerre mondiale. Si l’Afrique n’était qu’un théâtre d’opération marginal à l’exception de l’Égypte devant protéger le canal de Suez, les possessions allemandes ont toutefois dû faire face aux invasions alliées malgré le souhait allemand que les colonies restent neutres (souhait partagé par la Belgique et certains gradés alliés). Si l’affaire du Togo a été réglée rapidement en raison de sa petite taille, les autres colonies ont posé un peu plus de problèmes, tout particulièrement l’Afrique orientale allemande (future Tanzanie), mais aussi le Sud-Ouest africain allemand (future Namibie). C’est aussi l’occasion de se souvenir que le Portugal s’est battu aux cotés des Alliés et que ses colonies ont aussi connues la guerre.

Les combats de 1914-1918 en Afrique Orientale Allemande - Wikicommons

Les combats de 1914-1918 en Afrique Orientale Allemande - Wikicommons

Les combats de 1914-1915 dans le Sud-ouest africain allemand - Wikicommons

Les combats de 1914-1915 dans le Sud-ouest africain allemand - Wikicommons

La dernière partie est visiblement aussi l’occasion pour l’auteur de régler quelques comptes avec ses collègues. J’en ai trouvé la lecture un peu moins facile, les partis / mouvements insurrectionnels souvent à base ethnique s’accumulant au fil des scissions et rébellions. On perd donc un peu le fil du qui fait quoi, d’autant plus que les conflits ethniques inter-frontaliers s’accompagnent quasi invariablement de cette habitude des dirigeants à soutenir les insurgés du voisins, au risque de déstabiliser leur propre autorité. On peut ainsi évoquer la guerre aux Libéria qui fit tache d’huile sur les pays voisins, chaque dirigeant soutenant un rebelle proche de ses propres origines. Le cas le plus flagrant se trouve au Tchad, où règne l’anarchie la plus complète et la plus imprévisible. Lugan veille toutefois à planter quelques phrases qui permettent de recadrer la situation tant on a le tournis face à ce tumulte. Au final, l’ouvrage m’a semblé être une bonne référence du genre indispensable en bibliothèque car il peut répondre à bien des questions et fournir une aide précieuse tant aux élèves et étudiants qu’aux néophytes.

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Commentaires»

1. Oscar Pfouma - 18/10/2014

Bernard Lugan pollue l’espace médiatique. Manque de méthode, incompétence et idéologie frelatée. O.P.

Rincevent - 18/10/2014

Ma foi, pour ma part je ne le connaissais pas avant et je ne suis pas qualifié pour évaluer la rigueur de son travail. Tout ce que je peux en dire c’est qu’il a écrit un ouvrage très intéressant sur l’histoire de l’Afrique et qu’une certaine affection envers ses habitants transparait de temps en temps dans son écriture.

2. JB - 28/01/2015

Tache d’huile, please, pas « tâche d’huile ». Une tache d’encre ne nécessite pas nécessairement une lourde tâche pour l’enlever. 🙂

Rincevent - 28/01/2015

Oh la vilaine coquille ! On a beau se relire, il en reste toujours, hélas. Merci de me le signaler.


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