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La Grande-Bretagne, la Chine et le statut du Tibet, 1914-1921 / Clive Christie 30/11/2009

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Cet article reprend le récit là où s’était arrêté le précédent, c’est-à-dire au moment où éclate la Première Guerre mondiale. De la fin de 1913 à mars 1914, Britanniques, Chinois et Tibétains s’étaient réunis au nord-ouest de l’Inde pour discuter du statut du Tibet. La tentative britannique de déplacer la frontière indo-tibétaine de quelques kilomètres au nord sans en parler avec la Chine poussa celle-ci à refuser de signer le texte final. Les années suivantes vont voir l’Inde hésiter sur la politique à adopter alors même que la Chine en plein chaos fait traîner les choses et que le Japon prend la place que lui laisse la Russie.

La guerre crée un vide politique en Asie : la Russie va sombrer dans l’anarchie de la révolution alors que la Chine ne s’est toujours pas remise de la sienne. Si certains Britanniques plaident pour une politique plus active, d’autres ne veulent surtout pas sacrifier les intérêts de l’empire sur le long terme. Pour le moment, le Tibet est un État tampon stable qui protège la frontière indienne sans être indépendant pour autant. Depuis 1912, on le préfère autonome afin de pouvoir tenir la Chine à distance, mais le statut du pays reste flou. Quoi qu’il en soit, une nouvelle menace pèse sur la sécurité des Indes : le Japon qui cherche à s’assurer une place de choix en Asie et se pose de plus en plus en concurrent de la Grande-Bretagne. Pour ce faire, il soutient les mouvements insurrectionnels indiens et tente d’établir un gouvernement chinois fantoche dans les provinces voisines du Tibet, à partir desquelles son influence pourrait s’étendre. La Grande-Bretagne est alors face à un dilemme : s’entendre avec le Japon et se partager la Chine quitte à abandonner des intérêts commerciaux, ou lui tenir tête. Entre la sécurité de l’Inde et le commerce, on préfère la première, mais on manœuvre assez bien pour éviter les concessions douloureuses. La menace japonaise est très hypothétique (pour l’instant !) mais elle souligne bien le risque à laisser le Tibet dans le flou juridique. Pourtant les hautes instances temporisent alors que l’Inde presse Londres de développer des liens plus forts avec le Tibet sans en référer à la Chine. Mais le traité anglo-russe de 1907 interdisant ce genre de relations bloque tout. C’est finalement la Chine et le Tibet qui font bouger les choses sans vraiment le vouloir. À l’été 1917, la province chinoise du Sichuan rejette le contrôle exercé par sa voisine du Yunnan. Lors du conflit qui s’ensuit un commandant profite d’escarmouches entre Tibétains et Chinois pour jetter ses garnisons frontalières sur le Tibet. En avril 1918, les Tibétains ont répliqué et repris Chamdo avant de pousser leur avantage au point de menacer Tatsienlu. C’est là qu’Eric Teichman, officier consulaire britannique, réussit à obtenir une trêve d’un an et une ligne de cessez-le-feu. Optimiste, il s’imagine que la Chine sera trop contente d’avoir une frontière qui n’empiète pas sur son territoire et que ça relancera le dialogue… L’ambassade britannique de Pékin le désavoue car la Grande-Bretagne ne doit pas être trop liée au Tibet. Et la Chine est parfaitement conscience que l’exploit militaire tibétain est dû à l’armement fourni par l’Inde.

La fin du conflit en Europe ne rapproche pourtant pas la Chine de la table de négociation : Londres ne veut pas aborder la question du Tibet à la conférence de la paix à Paris, Pékin pense profiter de la sympathie américaine et espère réduire les tensions qui l’oppose à Canton. Mais en février 1919 il devient clair que l’unité chinoise n’est pas pour tout de suite et que le soutien américain a été surévalué. Le ministre chinois des Affaires Étrangères fait donc quelques propositions en mai : amender la convention de Simla pour inclure Chamdo au Tibet intérieur (contrôlé par la Chine), insister sur le fait que le Tibet fait partie de la Chine et rajouter une clause l’obligeant à reconnaitre la suzeraineté chinoise, obtenir le droit pour les agents commerciaux chinois de travailler sur les marchés tibétains. Ces demandes modérées surprennent les Britanniques qui veulent se contenter du droit d’envoyer un représentant à Lhassa s’ils le décident. Les négociations reprennent en août mais s’arrêtent presque aussitôt. Les Britanniques soupçonnent le Japon d’en être à l’origine : celui-ci fait une grosse publicité aux négociations et accuse la Grande-Bretagne de tenter de dépecer encore la Chine… pour mieux faire oublier qu’il vient de prendre le contrôle de l’ancienne concession allemande de la baie de Jiaozhou où se trouve la ville de Qingdao. Les négociations reprennent mais s’arrêtent une fois de plus. Cette fois, c’est la Chine qui s’y oppose : son incapacité à défendre ses intérêts à Paris provoque une montée nationaliste stimulée par ailleurs par la réoccupation de la Mongolie. Plus question de céder quoi que ce soit. Lord Curzon, maintenant au Foreign Office, est furieux et avertit la Chine que cette attitude aura des répercussions sur leurs relations, en vain. Pour la Chine, la situation au Tibet ne peut pas s’aggraver, alors il faut laisser le temps jouer contre ses adversaires.

Lorsque les Britanniques apprennent que la Chine dépêche une mission diplomatique au Tibet, ils savent qu’il faut réagir vite. Mais les opinions divergent sur la suite à donner :
– l’ambassade de Pékin plaide pour qu’on traite le Tibet comme un pays indépendant de facto et à qui on fournirait plus d’armes. À l’isolement succéderait une politique de porte ouverte.
– le gouvernement indien est d’accord pour établir des relations bilatérales, mais ne veut pas de porte ouverte de crainte de pénétration russe ou japonaise, sans compter que les Tibétains eux-mêmes s’y opposeraient. Mieux vaut des missions diplomatiques temporaires et juste assez d’armes pour tenir la Chine éloignée.
– le Foreign Office garde la politique générale en tête et ne veut surtout pas sacrifier ses bonnes relations avec la Chine. Il serait contre-productif de braquer la Chine car tout règlement de la question ne peut passer que par elle.
Étant donnée l’urgence, le Foreign Office donne son accord pour envoyer une mission à Lhassa afin de évaluer les avancées chinoises. En mars 1920 le traité anglo-russe est opportunément considéré comme caduc puisque les Russes blancs n’ont pas réussi à renverser les Bolcheviks. Charles Bell, ancien résident politique au Sikkim et ami du XIIIe Dalaï-lama, fait toutefois bien comprendre que s’il doit aller à Lhassa il n’obtiendra rien s’il se présente les mains vides : on décide donc d’obtenir d’une manière ou d’une autre l’assurance écrite de la Chine qu’elle n’a pas d’intentions hostile envers le Tibet. Si ce devait être le cas, Bell en informerait Lhassa. Il y arrive en novembre 1920 et est si bien reçu qu’il obtient de rester plus longtemps que prévu. Les Tibétains demandent soit un règlement de la question se basant sur la convention de Simla, soit un soutien marqué de la Grande-Bretagne vis-à-vis de l’autonomie du Tibet. En mai 1921, l’Inde propose de signaler à la Chine que la Grande-Bretagne va reconnaître l’autonomie tibétaine et permettre le transit d’armes. Si la Chine venait à franchir la ligne de cessez-le-feu, la Grande-Bretagne pourrait même aller plus loin. Le Foreign Office ne peut refuser tant la Chine s’oppose aux négociations et Curzon envoie un ultimatum pour tenter de rouvrir les discussions. La Chine n’accepte pas vraiment et demande un délai supplémentaire pour pouvoir se concentrer sur la conférence navale de Washington de 1922. Londres accepte avec réticence et avertit Lhassa de ne pas en profiter pour violer la trêve. Lorsque Bell repart, c’est un succès pour l’Inde : le Tibet ne risque plus de tomber sous l’influence chinoise et la Grande-Bretagne n’est plus dans une impasse, le Tibet étant désormais stable et indépendant de fait. Mais son statut n’est toujours pas défini : fin 1921 la Grande-Bretagne reconnait toujours la suzeraineté théorique de la Chine mais traite le Tibet en État autonome. De plus, la perspective d’indépendance de l’Inde ne l’incite pas à en faire plus pour le Tibet au risque de nuire à ses propres intérêts.

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