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La ligne McMahon / Alastair Lamb 25/11/2009

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Encore un gros chapitre. Ici, nous découvrons comment l’Inde britannique a su… grappiller, dirons-nous, quelques territoires tibétains au nord-ouest et au nord-est de son territoire, au grand dam de la Chine qui n’a toujours pas reconnu cet agrandissement de territoire. (NEFA signifie North-East Frontier Agency)

La convention de Simla, signée entre le Tibet et la Grande-Bretagne, avait pour objectif de préciser les limites entre le Tibet extérieur (dépendant de Lhassa) et le Tibet intérieur (dépendant de Pékin), mais la Chine refusa de la signer. Ça n’a pas empêché le gouvernement indien de profiter des discussions pour obtenir du Tibet un tracé frontalier avantageux au nord-est. En 1910, les Britanniques n’ont que superficiellement exploré la région (et encore, seulement certains endroits) et y ont rencontré des postes tibétains, autant dire que l’Inde ne pouvait que difficilement revendiquer la région. Lord Minto, vice-roi de 1905 à 1910, propose donc de créer un tampon entre l’Inde et la Chine en avançant la frontière plus au nord. la nouvelle limite doit suivre la ligne de crête de l’Himalaya en partant de l’est de la région de Tawang jusqu’à la ligne de partage des eaux entre l’Irrawaddy et la Salouen. Tawang est alors considéré comme pleinement tibétain. Dès l’année suivante, des missions d’explorations doivent suivre et déterminer le position idéale de la frontière. Ces missions n’ont pas tardé à découvrir à quel point il était difficile de tracer une frontière au milieu de groupes mélangés. Aux Tibétains du nord de la région s’ajoutent donc des populations tribales souvent très hostiles (Mishmi, Abors…), mais aussi des migrants venus du Bhoutan voisin et s’en considérant toujours sujets. Dans bien des cas, les populations tribales ont dû céder la place face à l’arrivée de Tibétains et leur en gardent donc une vive hostilité rendant la cohabitation difficile. À l’est de la région, une mission n’hésitera pas à déplacer et cacher des bornes frontières posées par les Chinois en 1910 et 1912… En 1913, le gouvernement a récolté suffisamment d’informations pour dresser une carte qui servira lors de la conférence de Simla.

Les territoires disputés de la NEFA (aujourd'hui État d'Arunachal Pradesh) suivant la ligne McMahon © Université d'Austin, Texas

Les territoires disputés de la NEFA (aujourd'hui État d'Arunachal Pradesh) suivant la ligne McMahon © Université d'Austin, Texas

Le principe de démarcation adopté est la ligne de partage des eaux entre les rivières coulant vers l’Assam et celle coulant vers le Tibet. Problème, la géographie ne se prête pas à ce petit jeu : l’Himalaya est traversé par plusieurs rivières et suivre le strict partage des eaux intègrerait une part importante du Tibet. La ligne suit donc une série de lignes de partage entre différentes vallées, et à plusieurs endroits il a fallu choisir entre deux lignes de partage. Dans la pratique, la frontière suit essentiellement la limite de population tibétaine. En traçant cette frontière, on se heurte à Tawang qui constitue un saillant tibétain au sud de l’Himalaya. On ne peut l’annexer car ça violerait le traité anglo-russe de 1907. Jusqu’en octobre 1913, McMahon s’en tient toujours à une frontière s’arrêtant au pied de Tawang. Mais en novembre, il ramène la frontière au col de Sela, tout près de Tawang ; puis en février 1914, la frontière est maintenant au nord de Tawang ! Les raisons de ce changement sont floues car il ne reste pas d’archives des discussions (en 1966 en tout cas). McMahon, a probablement eu accès à des informations récentes et plus exactes qui lui ont fait comprendre à quel point le monastère de Tawang jouait un rôle important dans l’administration des tribus. Conserver ce monastère pourrait donc servir les intérêts britanniques et permettrait peut-être de réactiver une vieille route commerciale.

Les districts de la NEFA nommés d'après leurs rivières - Wikicommons

Les districts de la NEFA nommés d'après leurs rivières - Wikicommons

Une fois la frontière décidée, il faut encore convaincre les Tibétains d’abandonner autant de territoires. Les discussions sont menées lors de la conférence de Simla par des échanges de notes. La carte réalisée grâce aux missions d’exploration est avant tout destinée aux propositions de délimitation entre le Tibet extérieur et le Tibet intérieur, mais McMahon délimite l’ensemble d’une ligne rouge qui, elle, est discrètement ramenée au nord et signifie que les territoires au sud ne font pas partie du Tibet (et donc de la Chine). Il est possible que Löchen Shatra ait accepté le marché dans l’espoir d’un soutien plus marqué de la Grande-Bretagne vis-à-vis de la Chine. De toute façon, il ne perd pas grand chose puisque le Tibet préserve ses droits : il pourra continuer à percevoir des impôts, la puissante famille Lhalu conserve ses propriétés, les pèlerinages pourront continuer comme avant, et McMahon a semble-t-il laissé la porte ouverte à de nouvelles négociations. Quoi qu’il en soit, si l’Inde s’agrandit sur la carte, en pratique c’est autre chose puisque les territoires « acquis » restent tibétains en pratique. Il s’agirait plus d’une région sous protectorat que d’une réelle annexion (le marchandage n’y sera pas publiquement évoqué avant les années 1930…). La ligne McMahon délimite une zone d’influence anti-chinoise où le Tibet laisse les coudées franches à l’Inde tant qu’elle n’en abuse pas. McMahon aurait souhaité obtenir l’accord chinois, mais les autorités indiennes préfèrent ne pas demander l’aval pour un transfert de territoire gardé secret… Quoi qu’il en soit, le représentant chinois à Simla ne réagit pas plus que cela : soit il n’a pas remarqué que la frontière du Tibet passe plus au nord que prévu, soit il n’a pas osé réagir. Dans tous les cas il appose ses initiales sur la carte. mais comme elle est liée à la conférence et que les résultats de celle-ci sont inacceptable pour la Chine, il doit se douter que son gouvernement rejettera tout ce qui sera proposé.

Les territoires disputés de l'Aksai Chin (aujourd'hui État de Jammu & Cachemire) © Université d'Austin, Texas

Les territoires disputés de l'Aksai Chin (aujourd'hui État de Jammu & Cachemire) © Université d'Austin, Texas

La ligne McMahon marque les frontières du Tibet, mais elle s’arrête à l’extrême nord-ouest de l’Inde. Le gouvernement indien ne veut pas définir sa frontière nord-ouest à Simla car cela l’obligerait à inviter aussi les représentants du Népal et de la Russie présente en Asie centrale, et surtout ça risquerait d’attirer l’attention sur le nord-est. Pourtant la région a pris une importance stratégique en 1912. Les Russes profitent alors du chaos de la révolution chinoise pour envoyer des troupes au Xinjiang au prétexte de protéger leurs ressortissants. Hors l’Aksai Chine, et donc l’Inde, sont limitrophes du Xinjiang. La Grande-Bretagne ne peut annexer la région, mais elle peut s’arranger pour en faire une région tibétaine et elle intègre donc une partie de cette région déserte au Tibet.

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Commentaires»

1. Aksai Chin : informations, photos, carte, vue satellite - 19/12/2009

[…] Tax department, with maps showing Aksai Chin as part of China while PoK is depicted as being in …McKay Tome III, Chapitre LXXXV « Le catablogLes territoires disputés de l'Aksai Chin (aujourd'hui État de Jammu & Cachemire) © Université […]


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