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Le soldat / Louis Magrath King 22/11/2009

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Ce chapitre, très court, est intéressant car il nous donne le point de vue d’un caporal chinois ayant participé à l’expédition au Tibet de 1909-1910. L’auteur a publié ce passage en 1927, soit pas trop longtemps après les faits.

Le soldat en question n’est jamais nommé. Son histoire est peut-être similaire à des milliers d’autres chinois ayant servi l’Empire sur ses derniers jours. Ce soldat s’est enrôlé à 18 ans, à une époque où la carrière militaire n’avait aucun prestige, et participe à plusieurs campagnes au Tibet pendant une dizaine d’années. Il y a subi plusieurs blessures. En 1909-1910, il fait partie de l’expédition militaire menée par Chung Ying envoyée au Tibet pour réaffirmer la présence chinoise suite à l’expédition britannique de 1904. Au bout de cinq mois, les 1 500 hommes de la troupe se heurtent au premier barrage érigé par les Tibétains et le franchissent en tuant beaucoup d’ennemis. Il faut dire que les Chinois ont un avantage certain sur leurs adversaires : face aux épées et aux mousquets, ils arrivent avec des fusils modernes. Il n’y a toutefois plus de résistance et la troupe atteint Lhassa en pleines fêtes du nouvel an, là où la population atteint son maximum. Si les Chinois y entrent sans rencontrer de résistance, ils comprennent tout de suite qu’ils sont en terrain hostile. Pour dissuader les Tibétains de tenter quoi que ce soit, les officiers ordonnent de tirer en l’air. C’est une mauvaise idée, car des tirs touchent le Potala que le Dalaï-lama vient tout juste de quitter pour se réfugier en Inde. Pour les autorités chinoises qui voulaient le garder sous la main, c’est raté. L’amban devra en porter la responsabilité alors qu’il n’a rien à voir avec l’affaire.

Pendant un ou deux ans, le calme règne à Lhassa. Le caporal fait partie d’une expédition chargée d’ouvrir une ligne de communication directe avec la frontière. Les Tibétains résistent et les Chinois ne sont libres que de leurs mouvements. Les opérations se suivent et se ressemblent : les Chinois progressent puis tombent sur un barrage de murs de pierre où les attendent les Tibétains. Ceux-ci sont souvent délogés à coups de fusils mais chargent parfois à l’épée. C’est ainsi que le caporal sera blessé. Lorsque la révolution éclate en Chine, la troupe qui n’a pas reçu de solde depuis des mois se révoltent pour la soutenir. Mais la seule autorité contre qui se tourner est l’amban. Les soldats commencent donc à piller leurs concitoyens présents à Lhassa puis s’en prennent aux Tibétains. Ceux-ci ne se laissent pas faire et les Chinois sont très vite dans une situation impossible. La diplomatie les fait alors rapatrier via l’Inde. Le caporal, lui, n’a pas cette chance car il était en garnison à six jours de Lhassa avec une centaine d’hommes. Ils essaient de rejoindre la ville mais sont bloqués par des Tibétains et n’ont plus les moyens de passer en force. Ils doivent donc rejoindre directement la Chine, la route étant couverte de barrages et la garnison la plus proche, à un mois (pour un voyageur bien équipé), est elle-même assiégée ! Les Tibétains ne coordonnent pas leurs mouvements, ce qui permet aux Chinois de progresser. Une trentaine d’hommes est séparée du groupe à un moment et doit battre en retraite en en perdant douze. Ils se retranchent dans un hameau pendant six mois avant que les Tibétains coupent leur approvisionnement en eau. Trois jours plus tard, ils font une sortie surprise et perdent dix hommes. Un an après être parti, 35 soldats atteignent une garnison frontalière où vient d’arriver la relève.

Le caporal n’est pas sorti de là pour autant : il est immédiatement renvoyé dans une garnison isolée et doit encore se battre. Les Chinois cherchent à expulser des Tibétains du fort que ces derniers ont pris mais ne peuvent les affamer. Le commandant réclame donc des volontaires pour aller incendier le fort. Le caporal se présente, non pas pas courage mais parce qu’il y est habitué et parce qu’on lui a promis une prime de 25 roupies. Ils y arrivent et liquident les Tibétains. Pendant quelques temps, le front se calme et les diplomates tentent de s’entendre. Trois ans plus tard, le caporal est toujours en garnison quand les hostilités reprennent. Cette fois, les Tibétains ont retenu les leçons des expéditions britanniques et chinoises : ils viennent organisés et armés de fusils, et repoussent les garnisons frontalières jusqu’aux quartiers généraux. D’après le caporal, la majorité des hommes refusent de se rendre, surtout les vétérans. Mais ils finissent par le faire car les officiers leurs promettent trois mois de solde et le retour à la maison. S’ils n’obtiennent pas les trois mois promis, ils peuvent se mettre en marche pour la Chine. Le caporal emprunte la même route qu’à l’arrivée mais son pied l’abandonne à l’endroit même du premier barrage. Il doit rester là pendant six mois puis repart pour l’ancien quartier général toujours contrôlé par les Tibétains et y reste encore six mois. C’est là que l’auteur le rencontre lui et un autre et les ramène. Quelques jours après ils font leurs adieux aux deux Tibétaines qui s’étaient occupées d’eux… Le caporal part en larme au triple galop.

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