jump to navigation

La proclamation de 1901 de S. S. le XIIIe Dalaï-lama / Tenzing Chhodak 12/10/2009

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
Tags: , ,
trackback

Article sur Google books

Et nous voilà relancés dans l’histoire du Tibet. Nous entamons donc le troisième volume dirigé par Alex McKay, qui traite du Tibet de la fin du XIXe siècle à 1959. Le premier article de l’ouvrage est une traduction d’une proclamation faite par le XIIIe Dalaï-lama au tout début du XXe siècle.

En 1901, les autorités tibétaines sont dans un grand embarras car elles constatent, malgré leur volonté d’isolement, que les Britanniques présents en Inde se rapprochent dangereusement de leurs frontières et prennent pied dans leurs anciennes zones d’influence. Bien que nominalement sous suzeraineté chinoise, le Tibet conserve alors depuis des siècles des liens avec les royaumes du Ladakh, du Sikkim, du Bhoutan et du remuant Népal. Le Dalaï-lama se remet tout juste de la variole et d’une tentative d’assassinat deux ans auparavant (le régent Demo Rinpoche n’ayant visiblement pas eu envie de lui laisser les clés). Il lui est donc nécessaire de réaffirmer son autorité au Tibet même, mais également aux yeux des étrangers si proches.

Sa proclamation s’adresse à tous les religieux et laïcs du pays. le traducteur ajoute une classification :
– Code de préservation de la religion et de la discipline religieuse : la proclamation commence par affirmer que les enseignements du Bouddha sont le sources de tout le bien et le bonheur de l’univers ; et que ses moines et lamas, en particulier ceux des grands monastères de Drepung, Sera et Ganden, doivent suivre scrupuleusement le code discipline monastique.
– Code de conduite officielle : De même, rappel est fait aux officiers locaux ou gouvernementaux qu’ils n’ont pas le droit d’abuser de leur autorité ni d’imposer des taxes ou lois pour leur seul profit. Si un document officiel permet à son porteur d’obtenir gratuitement et obligatoirement des facilités de transport, il revient aux autorités locales de vérifier que l’utilisation qui en est faite est conforme à la loi. Les autorités doivent assurer la sécurité des biens et des personnes en luttant contre le brigandage et la négligence envers les parents agés.
– Code de conduite publique : on attend de chaque région qu’elle prenne en charge l’entretien et l’activité des établissements religieux en empêchant la destruction d’objets rituels. Les usuriers ne doivent pas dépasser les taux indiqués par la loi et n’ont pas le droit de confisquer terres ou animaux pour se rembourser. Le texte insiste sur la nécessité de protéger les faibles de la rapacité des grands.
– Interdiction de la chasse : elle s’étend du premier mois de l’année jusqu’au 13e jour du 7e mois (lunaire). D’une manière générale, les animaux non domestiqués ne doivent pas être tués.
– Étude et récitation de sutras et mantras : les activités religieuses telles que la lecture et l’étude des textes religieux, les donations, les prières sont autant de geste assurant la paix et le bonheur du pays.
– Obligations rituelles et restauration : les temps et autels doivent être restaurés et maintenus autant que possible. Les cérémonies doivent être pratiquées avec assiduité pour le bien de tous.
– Justification de la proclamation : les lois sont faites pour protéger le Tibet et promouvoir le bien. Quelques personnes persistent toutefois à ignorer et à nuire à la politique du gouvernement du XIIIe Dalaï-lama. Les contrevenants devront faire face à une enquête et risqueront châtiments physiques ou bannissement, leurs terres et biens étant confiqués.

Le document traduit par M. Chhodak est inhabituellement luxueux : il s’agit d’un papier de 140*40 pouces (soit 3.55*1.01 mètres) avec un texte de 38 lignes, certaines syllabes ou phrases étant écrites en rouge. Le papier est manuscrit et orné de deux animaux mythiques : un lion des neiges et un garuda tenant chacun un lotus. Les cotés sont ornées de colonnes de volutes de fleurs. Pour le propriétaire du document, ce texte était destiné avant tout aux Occidentaux et devait leur prouver que le Tibet n’était pas une terre barbare mais un pays où existait un code de lois. Mais cette proclamation n’a pas pu être diffusée au Tibet sous une forme si élaborée. M. Chhodak voit également quelques détails étranges : le sceau carré figurant sur le document est celui du gouvernement, pas celui du Dalaï-lama (rond), bien qu’il utilise le rouge, couleur qui lui est normalement réservée. De plus, le texte est précédé d’une annonce utilisant des mots que n’employait jamais le Dalaï-lama pour parler de lui-même et évoquant sa reconnaissance par l’empereur de Chine. Le texte d’origine fut vraisemblablement diffusé sur un papier différent, l’auteur étant bien le Dalaï-lama.

Le document aurait en fait été réalisé au moment de l’arrivée de l’expédition de Sir Francis Younghusband en 1904 (dépêchée sur place suite à des rumeurs parlant de la présence de troupes russes à Lhassa). Le Dalaï-lama ayant pris la fuite, le gouvernement aurait fait faire cette copie de luxe à destination des envahisseurs.

Publicités

Commentaires»

No comments yet — be the first.

Vous avez quelque chose à dire ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :