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La Pologne : histoire, société, culture / Daniel Beauvois 05/10/2009

Posted by Rincevent in Mes lectures.
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J’aime bien passer d’un sujet à l’autre, dans mes lectures, même si elles sont toujours plus ou moins historiques (plutôt plus que moins, d’ailleurs). Je me suis donc attaqué à La Pologne : histoire, société, culture de Daniel Beauvois, paru chez La Martinière en 2004. J’ai particulièrement apprécié l’ouvrage pour sa description de l’entre-deux-guerres, période presque systématiquement passée sous silence. Elle donne pourtant un tout autre éclairage à la Seconde Guerre mondiale. Il doit être de très mauvais ton de rappeler que la Pologne des années 30 était une dictature…

La Pologne : histoire, société, culture / Daniel Beauvois

La Pologne : histoire, société, culture / Daniel Beauvois

Je l’avais vu en rangeant quelques documentaires et je m’étais dit « Tiens ! Il faudrait que j’approfondisse un peu ma connaissance des pays de l’Est. Commençons donc par la Pologne. » L’auteur, spécialiste du monde polono-lituano-ukraino-biélorusse nous fait donc découvrir l’essor, la grandeur, le déclin et les multiples souffrances endurées sur cette terre. J’avoue qu’au départ j’ai eu un peu de mal à me faire à tous ces noms remplis de Z, mais après tout, ça reste bien moins pénible que la translittération du tibétain… Le pays se constitue au Xe siècle avec les premiers princes des Polanes (du vieux slave pole : champ/plaine) de la dynastie Piast qui ont fort à faire pour imposer leur pouvoir à leurs sujets et surtout pour s’affirmer face à leurs voisins, qu’il s’agisse des peuples germaniques et catholiques, chacun recherchant l’approbation de Rome ; ou des princes ruthènes orthodoxes de l’est. Les souverains ont pour nom Mieszko Ier, Bolesław, Władysław, Casimir.

La Pologne du Xe au XIVe siècle © Alain Houot

En 1386, le grand-duc de Lituanie épouse la fille du roi de Hongrie issu des Anjou. Cet événement aura des répercussions considérables puisqu’ils sera à l’origine d’une des plus grande puissances des siècles à venir : l’Union polono-lituanienne. Tout d’abord, les deux pays ne sont unis que par un même souverain, et sont de culture et de religion différente (bien qu’issu de la Lituanie, l’essentiel du grand-duché est en fait peuplé de ruthènes orthodoxes) malgré une opposition commune à l’Ordre teutonique. Déjà, les déboires militaires et successoraux du roi permet à la noblesse de le forcer à octroyer de nouveaux privilèges et à réduire ses prérogatives. C’est un mouvement qui sera là aussi à un grand développement. À coté des grands magnats rivalisant en pouvoir et en richesse avec le roi se développe alors la szlachata : la petite noblesse, pauvre et pléthorique qui imposa une « démocratie nobiliaire » en constituant de multiples diètes régionales ainsi que la diète royale. Rapidement manipulés par les magnats, cette petite noblesse se considère comme la seule incarnation de la nation et donc la seule capable d’œuvrer pour le bien public. Le XVIe siècle voit la Pologne connaître un essor considérable : les nobles ne participant plus à la guerre et ne payant pas d’impôts mirent en valeur leurs domaines qui alimentaient le commerce de céréales et de bétail (tout celà en pressurant de plus en plus les paysans). Cette aisance vit cohabiter diverses tendances religieuses avec peu de violence au moment où la France connaissait la Saint-Barthélémy : orthodoxes, catholiques, protestants et juifs se côtoyaient sans réel problèmes. Après un court interrègne voyant passer un roi français puis un hongrois, les grands choisirent le suédois Zygmunt III Vasa. Admirant les Habsbourg au point de nuire à la raison d’État, le jeune roi rêvait de conquérir la Moscovie et de chasser les Trucs d’Europe.

Premières armoiries des Piast (© Arnaud Bunel) : De gueules, à l'aigle d'argent, becquée, languée, membrée, liée et couronnée d'or.

Ses successeurs ne purent que voir la Pologne se faire ravager par les troupes suédoises, russes, ou ottomanes. Face au poids croissant du servage, les paysans se tournèrent vers les cosaques, fugitifs organisés en compagnies militaires libres. Les paysans ukrainiens se soulevèrent contre leurs maîtres polonais et les massacrèrent ainsi que le clergé catholiques et les juifs. Leur chef se tourna alors vers le Tsar, trop heureux de pouvoir établir une filiation de Moscou avec l’ancienne Rous de Kiev. Très affaiblie, la Pologne sombra vite dans l’anarchie, la noblesse s’arcboutant sur son statut et son catholicisme pour refuser tout changement. Nombre d’entre eux revinrent d’eux-même au catholicisme pendant que les juifs subirent de nombreux harcèlements. Le XVIIIe permit aux voisins de la Pologne de profiter de son anarchie nobiliaire pour se la partager successivement en 1772, 1793 et 1795. Ce sont ces coups du sort qui réveillèrent la conscience polonaise culminant lors de la réaction de la constitution du 3 mai 1791. Alors que les Français abolissaient l’absolutisme, les Polonais œuvraient pour le renforcement de la monarchie. Mais ce mouvement se heurta à l’hostilité des puissances voisines qui achevèrent le royaume.

Les partitions de la Pologne © Alain Houot

Le XIXe fut donc un siècle d’occupation étrangère, où le territoire divisé connut pourtant le soubresaut des insurrections de 1830, 1848 et 163, l’essor du socialisme puis du nationalisme. Le bref épisode napoléonien laissera une trace durable dans les esprits polonais guettant un nouvel homme providentiel capable de leur redonner un pays indépendant. Le siècle fut celui de la renaissance culturelle, qui ne profita pas ou peu à la masse paysanne, jusqu’en 1864 où le pays fut soumis à une intense russification. Dans les années 1870, c’est le tronçon allemand qui subit à son tour une forte germanisation. Le tronçon autrichien prit alors le relai, fort des libertés accordées par l’empereur d’Autriche. La fin de siècle vit l’industrialisation bouleverser la structure économique et sociale du vieux pays agraire d’ancien régime.

La Première Guerre mondiale vit les Polonais combattre dans chaque camp. Piłsudski pénétra dans le tronçon russe avec l’accord des Autrichiens et le reflux russe fut accueilli avec soulagement. En 1916, les austro-allemands acceptaient l’idée d’une Pologne reconstituée. Ce thème allait être repris par tous les belligérants. Piłsudski finit pourtant par rompre avec ses protecteurs devant leur peu d’empressement à accéder à ses demandes. La victoire des alliés lui permit de prendre le pouvoir. Issus des rangs socialistes, ses partisans mirent en place une république rompant radicalement avec les régimes précédents. Néanmoins, le pays dut dès le départ faire face à des troubles sociaux et ethniques et des tensions frontalières avec la Tchécoslovaquie, l’URSS, la Lituanie tant la nostalgie de la grandeur passée était vive. Une vie parlementaire se développa, les paysans et les juifs disposant de leurs propres partis. Néanmoins, la vie politique était très agitée, la droite entretenant l’instabilité et assassinant même le premier président accusé d’avoir été élu grâce aux voies juives. En 1926, Piłsudski marcha sur Varsovie à l’appel de la gauche craignant l’établissement d’une dictature de droite.

La reconstitution de la Pologne (1919-1923) © Alain Houot

La reconstitution de la Pologne (1919-1923) © Alain Houot

Après ce coup d’État, Piłsudski se mit au-dessus de la mêlée en refusant de devenir président, mais conserva jusqu’à sa mort les postes de ministre de la guerre et d’inspecteur général des armées. Son régime reposa sur l’idée d’assainissement (Sanacja) : lutte contre la corruption, discipline, patriotisme, coopération avec les minorités. Une conjoncture économique favorable fit passer la pilule assez facilement. La crise de 1929 durcit le régime qui tenta alors de nouer de bonnes relations avec Hitler. Intérieurement, la vie politique et sociale était de plus en plus muselée et mise au pas. Sa mort permit à la droite nationaliste de passer à la vitesse supérieure en exigeant une Pologne débarrassée des juifs et des minorités nationales. La minorité allemande adopta vite le nazisme et se montra de plus en plus hostile au régime. Les Ukrainiens subirent une féroce répression et seule la famine organisée par l’URSS les calma un peu. Après l’arrivée au pouvoir du général Rydz-Śmigły, la gauche se désolidarisera du régime nationaliste. Staline renforça d’ailleurs ce dernier en supprimant les chefs du PC polonais. La Sanacja et la national-démocratie se fondirent alors dans une même glorification du surhomme Rydz-Śmigły. Jusqu’en 1938, les Polonais restèrent totalement confiant dans la politique étrangère d’Hitler. Rydz-Śmigły participa à la curée en prélevant sa part de territoire Tchécoslovaque et rêvait d’un Anschluss lituanien. En janvier 1939, Ribbentrop assistait à Varsovie à l’anniversaire du pacte de non-agression de 1934. Deux mois plus tard, les exigences allemandes sur Gdansk/Dantzig poussent le régime à entamer une mobilisation partielle. Malgré l’agitation qui suivit, les Polonais refusent toujours toute coopération avec l’URSS, à la grande exaspération des Alliés. Ce refus poussa les Soviétiques à signer le pacte de non-agression avec l’Allemagne…

Józef Klemens Piłsudski (1867-1935) et Edward Rydz-Śmigły (1886-1941) - Wikicommons

Je ne m’étendrais pas sur la période de guerre et ses atrocités, mais l’ouvrage rappelle fort bien que les Alliés lâchèrent presque aussitôt la Pologne pour se concentrer sur l’Allemagne. De même, les atrocités subies par les juifs furent aussi l’œuvre des Polonais, Ukrainiens, et autres. La montée en puissance de l’URSS lui permit de créer une résistance communiste concurrente et ressusciter le PC. La résistance non communiste se ferait éliminer, soit par les Allemands, soit par les Soviétiques, qui laissèrent les premiers raser Varsovie et son insurrection pendant deux mois. L’après-guerre vit les différentes tendances cohabiter pendant quelques temps. Mais les communistes minimisèrent constamment l’action de leurs opposants pendant la guerre et les écartèrent progressivement du pouvoir. L’ère communiste connut pourtant des soubresaut : révolte ouvrière en 1956, sursaut estudiantin en 1968, révolte ouvrière en 1970. Celles-ci furent vite matées, la Pologne retrouvant vite une bonne position en Europe de l’Est et voyant sa production industrielle augmenter. Les années 1970 furent assez euphoriques : le rétablissement de contacts avec l’Occident s’accompagna d’importations croissantes et massives de biens. La médaille avait son revers : une dette colossale s’était creusée. Le parti ne pouvant plus maintenir les prix, la contestation repris de plus belle. L’élection de Jean-Paul II puis les grèves des chantiers navals de 1980 secouèrent le pouvoir et le poussèrent à instaurer la loi martiale (1982-1988). Les dévaluations qui furent appliquées firent monter la tension et en 1989, le PC renonçait à son rôle de parti unique.

La Pologne de l'après-guerre © Alain Houot

La Pologne de l'après-guerre © Alain Houot

Commentaires»

1. Claude GOURLIER - 14/03/2010

Je vois que nous avons les mêmes centres d’intérêt : la Pologne et le Tibet. Ces quelques lignes donc pour vous faire part part du plaisir que j’ai eu à consulter votre blog, clair, simple tout en étant bien documenté, propre et sympathique.
S’il vous plaît… ne vous arrêtez pas !

Cordialement.

Rincevent - 14/03/2010

Merci de l’intérêt que vous portez à ce très modeste blog. À bientôt pour d’autres billets.


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