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Extraits de « Général Zorawar Singh » / Sukhdev Singh Charak 23/07/2009

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Cet article, long et touffu, nous détaille par le menu l’invasion du Tibet occidental par une armée dogra en 1841-1842. Les Dogras vivent majoritairement dans leur ancienne principauté de Jammu (hindoue) et ont été vassaux du royaume sikh du Penjab à partir de la fin du XVIIIe siècle. Dès 1834, Zorawar Singh, général dogra, avait conquis les royaumes himalayens de langues tibétaines (Ladakh bouddhiste, Baltistan musulman). Cette conquête ouvrit des perspectives aux Sikhs appréciant moyennement la proximité britannique. Car le nord-est permettait de se rapprocher du royaume du Népal, à l’anglophilie elle aussi très modérée. Toutefois, les deux alliés potentiels étaient séparés par les districts de l’ouest du Tibet, à savoir Ngari, Rudok, et Jangthang. Lorsque le maharadja de Jammu meurt en 1839, Zorawar et son protecteur Gulab Singh sont en situation délicate et en passe d’être évincés du pouvoir. Car la cour de Jammu voit s’opposer leur faction à celle promouvant l’influence britannique. Ils passent donc à l’action en annexant de nouveau territoires, histoire d’assurer leur position et éventuellement de se tailler un royaume au pied de l’Himalaya en cas de revers de fortune.

Les principautés faisant partie du Jammu et Cachemire en 1947 © Joaquín de Salas Vara de Rey

Les principautés faisant partie du Jammu et Cachemire en 1947 © Joaquín de Salas Vara de Rey

Voir aussi cette carte pdf de l’expansion du Jammu et Cachemire sous les Dogras.

En 1841, Zorawar Singh reprend à son compte les revendications du roi du Ladakh dont les ancêtres avaient perdu le Ngari en 1684 lors d’une guerre contre le Tibet. Bien que désolée, la région n’est pas dépourvue de richesse puisque ses chèvres produisent la célèbre laine pashmina qui sert à fabriquer les cachemires. Gulab Singh veut donc capter ce commerce lucratif et utiliser cette ressources pour acheter la tranquillité des populations conquises. Le moment est crucial : le royaume sikh est secoué par des querelles internes, les Britanniques sont en guerre en Afghanistan et en pleines négociations avec la Chine après la première guerre de l’opium, et tant les Népalais que les Tibétains sont divisés. Zorawar mobilise donc des troupes qu’il amène jusqu’à la frontière en exigeant la restitution des anciennes terres ladakhies et que la laine ne soit vendue qu’aux Ladakhis. En juin 1841, les Dogras alliés aux Ladakhis et Baltis (environ 10 000 hommes, dont seulement la moitié de combattants incluant 2000 Dogras) pénètrent au Ngari, divisés en trois corps. Deux colonnes Ladakhies et Balties occupent diverses places pendant que l’armée principale progresse vers Garthok. Zorawar intègre immédiatement les terres conquises à l’administration dogra. La progression est rapide et les Tibétains se font repousser jusqu’au col de Mayum à l’est des lacs sacrés. Le gouverneur local rassemble en toute hâte 1200 hommes du coin et des tribus voisines afin de bloquer la progression (voir la carte sur Google Books).

Les lieux de l'action © Tibettrip.com

Les lieux de l'action © Tibettrip.com

Les Tibétains réagissent immédiatement et dépêchent des troupes. L’amban, représentant de l’empereur de Chine à Lhassa, l’informe immédiatement. Le général chinois dépêché sur place pour évaluer la situation comprend que Zorawar ne compte pas s’arrêter là et réclame des renforts. Le 29 août, 2000 hommes partent du Tibet central et occupent des points stratégiques afin d’éviter les accrochages. À la mi-septembre, Zorawar a pourtant encore avancé. Il a conquis 720 km en trois mois et demi et se paie le luxe de se baigner dans le lac Manassarovar et d’offrir des idoles en or au temple du mont Kailash. Hélas pour lui, il a trop étendu ses lignes de communication alors que l’hiver tibétain s’annonce. En attendant, il intègre les terres conquises à son administration : construction de forteresses dogras, réparations des routes, collecte des impôts, régulation du commerce de la laine orientée vers le Ladakh. Lorsque des négociateurs tibétains se présentent, Zorawar promet de se retirer en échange d’un tribut et de la reconnaissance de sa souveraineté sur les terres conquises. Il exige du Tibet toute sa production de laine et menace d’envahir Lhassa.

Zorawar Singh (1786-1841) © Tribune India

Zorawar Singh (1786-1841) © Tribune India

Si les Tibétains sont déterminés à résister, d’autres s’irritent aussi des succès de Zorawar. Les Britanniques les voient d’un très mauvais œil et craignent par dessus-tout la création d’un royaume transhimalayen menaçant leurs intérêts. Ils cherchent par tous les moyens à obtenir des informations sur ses progrès et font pression sur le maharaja de Lahore pour qu’il rappelle son vassal, mais celui-ci laisse traîner le plus possible. Les Sikhs eux-mêmes se plaignent que l’invasion perturbe l’approvisionnement en laine. Un conflit oppose le maharaja lui-même et son premier ministre qui tente de rallier les Britanniques au motif que les Sikhs les aident en Afghanistan (ce qu’ils refusent). Ceci contraint Zorawar à rappeler les hommes des avant-postes, ce qui va lui coûter cher. En septembre, les Tibétains envoient un renfort de 2500 hommes. Malgré la neige, ils préfèrent ne pas attendre pour ne pas donner l’occasion aux Dogras de se renforcer et prennent donc position en divers points stratégiques puis attaquent sur deux fronts. Les détachement Dogras sont anéantis les uns après les autres et coupés en deux. Les Tibétains assiègent un fort construit à Chitang, obligeant Zorawar à venir à son secours alors que de plus en plus d’hommes fuient ou meurent de froid ou de faim. Le fort devait fixer les Tibétains et fournir une base de départ vers Lhassa. Zorawar décide de livrer une attaque massive afin de couper les lignes tibétaines, mais il se fait encercler pendant la nuit. Il ne peut plus attendre aucune aide des princes dogras qui préfèrent l’oublier voire lui réclamer des hommes. Totalement isolé, il mène une attaque le 10 décembre et commence à faire creuser des tranchées. Les Tibétains les laissent passer pour leur tendre une embuscade. Le 12 décembre, Zorawar Singh se fait tuer par un cavalier tibétain. Ses hommes continuent la lutte quelques temps avant de fuir dans toutes les directions (ils seront traqués tout le long et beaucoup mourront en tentant de franchir les montagnes), le fort tenant un peu plus longtemps mais subissant le même sort final. Sur les 10 000 hommes, il n’y eut que 1000 rescapés dont 700 prisonniers, seul un tiers des victimes étant décédées dans les combats. La tête de Zorawar est emmenée et exposée à Lhassa, où plusieurs chefs ennemis (notamment les Ladakhis et Baltis) sont torturés / exécutés. La majorité des prisonniers seront toutefois bien traités et bon nombre préfèreront s’installer au Tibet que rentrer au pays. »

Commentaires»

1. Jonathan Guyon Le Bouffy - 07/03/2012

Sur les campagnes de Zorawar voir aussi le livre de Chaman Lal Datta, « General Zorawar Singh His Life and Achievements in Ladakh, Baltistan and Tibet », Delhi, Deep & Deep, 1984, 129 p.

et aussi un vieil article : Charles-Eudes Bonin, « La conquête du Petit-Tibet » dans Revue du monde musulman, vol. XI, n°6, 1910, pp. 207-231. à voir sur http://www.archive.org/details/n6revuedumondemu11miss


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