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Missions catholiques françaises et politiques de Chine et du Tibet (1846-1865) / John Bray 18/07/2009

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Cet article aborde le même sujet que Laurent Deshayes dans son livre Tibet (1846-1952) : les missionnaires de l’impossible, à savoir l’installation difficile de missionnaires français dans le Tibet oriental et leurs relations difficiles tant avec les Tibétains que les Chinois.

Je n'ai pas été foutu de trouver l'emplacement exact de Bonga (en jaune).

Lorsqu’en 1846 le Vatican assigne la responsabilité d’évangéliser le Tibet à la Société des Missions étrangères de Paris (SME), la situation est très loin d’être idéale pour les prêtres français car tous les missionnaires et explorateurs qui se sont aventurés dans le pays en ont été expulsés ou sont morts. De plus, la situation politique particulière de la région rend le voyage périlleux : la Chine subit de plein fouet les agressions coloniales européennes et le Tibet se ferme devant les avancées britanniques au sud. En 1852, le père Charles René Alexis Renou s’infiltre dans les Marches tibétaines déguisé en marchand chinois et cherche à développer un établissement chrétien le plus près possible du Tibet en vue d’évangéliser le pays. Il y arrive en achetant une terre à un noble appelé Tsewang. Celle-ci se trouve dans la vallée du village de Bonga, à l’intérieur du Tibet administré par Lhassa. Sa présence intrigue mais le propriétaire est ravi de trouver quelqu’un pour mettre en valeur une terre isolée (notons que Renou conçoit son achat à l’européenne, hors Tsewang ne lui a vendu que le droit d’utiliser la terre). Les relations sont bonnes et Renou reçoit l’autorisation officielle de travailler cette terre (introduction de nouveaux légumes, affranchissement d’enfants esclaves baptisés, recrutement de laboureurs). Très vite pourtant, lui et le père Fage font face à une hostilité croissante : Tsewang veut récupérer la terre mise en valeur, les habitants comprennent qu’ils ne sont pas chinois et surtout les monastères gelugpa ne tolèrent pas cette intrusion. Tout au long de l’année 1958 ils voient leurs ouvriers se rétracter, un noble voisin leur extorquer un prêt. Ils choisissent donc le repli au Yunnan mais Renou va porter plainte devant les autorités provinciales de Markham-Gartok puis l’évêque Thomine-Desmazures va à Pékin étant donné leur lenteur.

Cette décision repose en fait sur l’issue de la deuxième guerre de l’opium. Le traité de Pékin signé par la France, la Grande-Bretagne et la Chine en 1860 oblige celle-ci à garantir la liberté de religion dans l’empire. Les missionnaires exultent et réussissent à obtenir des autorités chinoises un jugement favorable : le titre de propriété est confirmé. La chance sourit légèrement aux prêtres puisque des villages se convertissent suite au procès. Mais à l’automne 1863, le gouvernement tibétain émet un édit ordonnant aux convertis de revenir au bouddhisme sous peine de graves châtiments. Malgré les protestations des missionnaires, ni la Chine ni la France ne sont disposées à intervenir. En 1864, la plupart des chrétiens abjurent, les autres fuient et certains sont tués (dont un missionnaire). En 1865, Bonga est évacuée par les missionnaires.

Les archives diplomatiques et celles de la SME permettent de se faire une idée des différents points de vue.
– Les Tibétains : bien que peu nombreux, les convertis se révèlent très fidèles aux missionnaires. Ceux-ci ne sont toutefois pas dupes et savent parfaitement que leurs ouailles ne les ont jeoints que parce qu’ils espèrent échapper à la domination économique et sociale des grands monastères gelugpa. Les bruits de bottes britanniques au sud de l’Himalaya et la guerre contre la France persuade Lhassa et les Ambans que les missionnaires annoncent une invasion à l’est, facilitée par la proximité de l’Indochine et des concessions du sud de la Chine.
– Les Chinois : ils n’aident les missionnaires que parce qu’ils y sont contraints par une grande puissance qui occupe une partie de leur pays. S’ils délivrent des passeports pour le Tibet, ils déclinent toute responsabilité. De plus, l’empire vacillant ne peut plus imposer sa volonté aussi facilement aux Tibetains. Ceux-ci ne reconnaissent son autorité temporelle qu’à la condition que la Chine reconnaisse l’autorité spirituelle des Dalaï-lama. Aider les missionnaires reviendrait à nuire au bouddhisme, et donc à se tirer une balle dans le pied dans les relations avec les Tibétains.
– La France : si la légation assume pleinement son devoir de protection envers ses ressortissants, les relations avec les missionnaires ne sont pas forcément au beau fixe et dépendent de la personnalité des représentants français. Les diplomates craignent par dessus tout que la progression des missionnaires ne poussent leurs rivaux britanniques et russes à avancer leurs propres pions. L’aide apportée aux prêtres sera donc le plus souvent officieuse, d’autant plus que les exigence de ces derniers sont parfois jugées irréaliste voire contre-productives. La Chine ne pouvant assurer la sécurité des missionnaires, il revient aux diplomates de les freiner.

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