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Le renouveau nyingmapa et le mouvement Rime / Geoffrey Samuel 12/07/2009

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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J’arrive doucement vers la fin du deuxième tome. On se rapproche désormais de l’époque moderne. L’auteur nous présente ici deux phénomènes religieux parallèles qu’on pourrait décrire comme nés en réaction à la domination écrasante exercée tant sur la vie religieuse que sur la vie politique et économique par l’école Gelug à partir du XVIIe siècle. En effet, si le pouvoir des Dalaï-lamas a pu mettre du temps à se consolider, leur école d’origine sut parfaitement mettre à profit la protection dont la gratifiaient les Mongols et les Tibétains puissants pour écraser toute opposition et étendre son influence de plus en plus loin, de plus en plus intensément.

Les grands centres nyingmapa du XVIIe siècle.

Les principaux centres de l’école ont été fondés entre 1656 et 1685. Malgré les destructions dues à l’invasion dzoungare, l’école se développe et se dote de grands centres maintenant une tradition monastique et académique (ses monastères étant jusque là petits et éparpillés sur le territoire), profitant de la bienveillance du Ve Dalaï-lama. Ce renouveau se manifeste par l’apparition de nouveaux termas (textes « cachés » puis redécouverts au moment voulu) et un sursaut d’activité érudite. L’un des découvreurs de texte, Jigme Lingpa (1730-1798), reçut en vision des enseignements d’un lama du XIVe siècle, qu’il transmit par écrit. Ce texte énumère les différences entre le dzogchen et les autres traditions du bouddhisme tibétain. Le dzogchen y est décrit comme une tradition qui ne se laisse pas leurrer par les apparences, les pratiques et les concepts. Il manifeste un profond intérêt pour l’état d’éveil et recours à l’analogie plutôt qu’à la logique. Pour lui s’attacher à des concepts intellectuels ne fait que piéger le pratiquant en lui faisant confondre la voie et le but quand le but doit être la voie. L’enseignement de Jigme Lingpa insiste sur l’auto-discipline du yogin plutôt que sur la discipline monastique imposée, ainsi que sur l’ouverture et la pureté de l’état d’éveil.

Jigme Lingpa (1730-1798) © Himalayanart.org

Jigme Lingpa (1730-1798) © Himalayanart.org

L’œuvre de Jigme Lingpa eut énormément d’influence et posa les bases du mouvement Rime. Le bouddhisme tibétain en dehors de l’école Gelug est aujourd’hui largement issu de celui-ci. Le Rime n’est pas une école constituée avec une position doctrinale : il ne possède pas de monastère, et ses membres suivent les doctrines et pratiques de leurs écoles d’origine. Le Rime, souvent traduit par « éclectique » est un mouvement universaliste et encyclopédiste qui se veut non-sectaire et impartial. Le mouvement a ainsi contribué à apaiser les tensions nées entre les écoles au fil du temps, et son ouverture fut telle qu’il accueillit également des maîtres bönpo. L’idéal universel du dzogchen a donc trouvé un terreau fertile chez ses membres. Si le mouvement prône un retour aux textes originaux indiens, il ne condamne pas pour autant les pratiques qui n’en sont pas issues : celles-ci n’ont qu’à être ignorées. Bien que fruit de lamas de haut niveau, ceux-ci ont toutefois su garder une forte base populaire en diffusant leurs enseignement en langue vernaculaire, notamment en s’inspirant des contes populaires comme l’épopée du roi Gesar de Ling. De même, le mouvement préfère laisser le choix à ses adeptes de suivre la voie monastique ou la voie du yogin : beaucoup de maîtres furent mariés ou prirent des compagnes religieuses (pas nonnes, religieuses). Le mouvement insiste tout particulièrement sur la réunion et la transmission de différentes traditions tantriques répandues ou pas, celles-ci étant vues comme un ensemble d’approches pouvant permettre à des étudiants de niveau différents de progresser chacun à leur manière. Les maîtres Rime ont ainsi fait œuvre de conservation du patrimoine religieux, probablement conscient du risque de disparition de ces savoirs à une époque troublée : le royaume de Derge était en effet occupé et le grand monastère karma-kagyüpa de Pelpung menacé de fermeture lorsque le royaume voisin du Nyarong tenta une brève guerre de conquête en 1863-1865. Celle-ci permit à Lhassa d’envoyer des troupes d’occupation qui permirent à l’ordre Gelug de renforcer son influence dans la région.

Le monastère de Dzogchen © Maria Shiota

Le monastère de Dzogchen © Maria Shiota

Si ce mouvement a pu prendre autant de poids sur la scène religieuse tibétaine, c’est aussi parce que les enseignements gelugpa devenaient de plus en plus arides et scolastiques, la plupart des érudits ne faisant plus que gloser sur les œuvres des fondateurs de l’école. Celle-ci mettait l’accent sur la logique et le débat au détriment de la méditation et de l’expérience directe. De vrais petits guides du débatteur apportaient des réponses toutes faites aux élèves qui n’avaient dès lors plus qu’à les mémoriser et les réutiliser. Tous les savoirs jugés essentiels au bouddhisme devaient donc être réduits autant que possible à un cadre d’étude normatif. C’est l’opposé exact de l’approche Rime.

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