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Une note sur la tribu Chikya et les deux clans Qi de l’Amdo / Elliot Sperling 07/07/2009

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Cet article nous présente une tribu de l’Amdo, province du Nord-Ouest tibétain (ou de l’Ouest chinois, c’est selon) et nous montre à quel point l’appartenance ethnique peut être floue dans le temps et l’espace. La tribu Chikya vit dans les environs du monastère de Kumbum et fait remonter ses origines à un Mongol surnommé Qi ayant servit comme fonctionnaire des frontières (nangso). La tribu fait de généreux dons au monastère de Kumbum aux cotés de lignages princiers. Les nangso issus de plusieurs tribus différentes financent ainsi des visites aux lieux saints, des prières pour le nouvel an, la construction de bâtiments… Au XVIIe siècle, les six tribus de la région se composent d’unités sédentaires plus petites, parmi laquelle se trouve la lignée de Taktser, village où est né le XIVe Dalaï-lama.

Entrée du monastère de Kumbum / Ta'er Si © Engaging Digital Tibet

Entrée du monastère de Kumbum / Ta'er Si © Engaging Digital Tibet

Les sources chinoises mentionnent aussi la tribu et l’appellent Qijia (familles [sujettes des] Qi) que les Tibétains transformeront en Chikia. Les nangso y apparaissent comme des seigneurs prenant en main les affaires tribales. Les sources évoquent pourtant deux fonctionnaires de la dynastie Yuan portant ce nom. L’un a connu son heure de gloire sous la dynastie Ming et est lié à la région du Kumbum, l’autre en est plus éloigné vers l’Est mais la tradition le retient comme fondateur du clan du nangso des Chikya également lié au Kumbum. Les dirigeants de ce clan siégeaient à Nianbai (aujourd’hui Ledu) et étaient reconnus comme les seigneurs des Chikya vivant autour du Kumbum, leur pouvoir s’étendant aussi au territoire du temple de Drotsang. Les sources les distinguent en les nommant Qi occidentaux et orientaux et les considèrent comme appartenant à l’ethnie Monguor (Tu).

En bleu : les sites liés à la tribu Chikya, en rouge les monastères qu'ils finançaient.

Les Qi occidentaux apparaissent avec Qi Gongge Xingji (en tibétain : Künga Senge). Ce dernier sert sous les Yuan au sein du bureau du secrétaire judiciaire du Gansu (province incluant alors Xining). Il se soumet en 1368/1369 à l’administration Ming après que celle-ci a chassé les Mongols de Chine et se consacrera à la pacification des Tibétains ou Mongols de la région. Jusqu’au XIXe siècle, ses descendants se transmettront leurs charges, de plus en plus hautes avec le temps. Ils continueront à lutter contre les turbulents habitants du haut-plateau puis contre les vestiges de la dynastie Ming après 1644. Il semble toutefois que le nom Qi n’ait été adopté que par les descendants de Gongge Xingji qui l’attribuèrent rétrospectivement à leurs ancêtres. En effet, Qi est un nom important pour les peuples liés aux Mongols car il retranscrit la première syllabe du nom du clan Kiyad auquel appartenait Gengis Khan.

Les Qi orientaux apparaissent avec Duoerzhi Shijie (en tibétain : Dorje Shige). Aide de camp (pas sûr de la traduction : right aide) au Gansu, son commandant mongol l’envoie présenter un tribut à la cour des Ming, mais à son retour ce dernier refuse d’accepter le mandat impérial. Duoerzhi en avertit la cour qui lui attribue les troupes de son commandant et un sceau officiel. Les hommes qui l’ont suivi formèrent probablement la base de la tribu Chikya. Lui et ses héritiers affrontèrent aussi Mongols, vestiges Ming, brigands, Tibétains et même Mandchous auxquels ils se soumettront pourtant.

Le stupa du temple de Drotsang © Engaging Digital Tibet

Le stupa du temple de Drotsang © Engaging Digital Tibet

Bien que d’origine mongole, les deux clans sont devenus Monguors lorsque ceux-ci se séparèrent de leurs cousins et calquèrent leur autorité sur celle de la bureaucratie chinoise. On note toutefois que même au bout de plusieurs siècles, les Chikya ont conservé une identité propre et ne se sont pas fondus dans la population chinoise. Au contraire, tout comme d’autres groupes de la frontière, ils se définissent avant tout par leurs origines non chinoises et par leur intégration à la civilisation bouddhiste tibétaine (ce dont ils témoignent par leurs dons). Les limites sont toutefois poreuses : il y a des Monguors tibétophones ; et si la langue tibétaine a influencé les langues environnantes, la réciproque est vraie. Ainsi les groupes tibétains de la région parlent d’abord le dialecte chinois de Xining (oui oui, le Dalaï-lama a grandi en parlant chinois).

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