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Contributions sur la religion Bön dans l’Amdo : la tradition monastique de Jadur Gamel dans le Sharkhog / Toni Huber 29/06/2009

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Il m’a donné du mal cet article là ! Sérieusement ! Les deux premières sections passent tout à fait bien mais la troisième est en fait un condensé d’un ouvrage dressant l’histoire d’un monastère bönpo. L’auteur a bien éludé pas mal de passages d’énumération et reformulé une bonne partie du reste, ça restait profondément indigeste. Je tire mon chapeau à ceux qui doivent se taper des sources écrites en tibétain : pas d’espace ; pas de ponctuation ni de majuscule ; de nombreuses incises, énumérations ou digressions à l’intérieur d’une même phrase… Ça tient du tour de force et surtout d’une très très grande patience. Pour reprendre la formule de Joseph Morsel, l’histoire du Moyen-Âge du Tibet est un sport de combat ! Heureusement la dernière section éclaircit énormément les choses, ce qui est une bonne chose car j’avais vraiment failli laisser tomber.

Hors doncque, plongeons-nous dans le sujet. L’article de M. Huber nous présente une communauté religieuse bönpo à l’extrême est du Tibet ethnique, là où se rejoignent les vallées agricoles du Kham, le plateau nomade de l’Amdo et la Chine de l’Ouest. Le Sharkhog, situé non loin de la ville de garnison de Songpan, comprenait plusieurs principautés indépendantes. La région est également appelée Zungchu par les Tibétains plus éloignés. D’après les légendes bönpo, la région s’appelait d’abord Zingchu, du nom de la rivière qu’un magicien fit jaillir du mont Jang Jadur (4050 m.). La population y est très mélangée : Tibétains, Qiang (population parlant des langues parentes du tibétain), Chinois Han et Hui (musulmans) et est bönpo à 95%. C’est une région fertile et propice à l’agriculture.

Sur la carte, le Sharkhog est la région la plus proche du cadre à l'Est © Andreas Gruschke

Sur la carte, le Sharkhog est la région la plus proche du cadre à l'Est © Andreas Gruschke

Cette région riche mais peu peuplée (moins de 6500 personnes en 1990) comptait pourtant une trentaine de communautés bönpo jusque dans les années 1950. La libéralisation religieuse des années 1980 s’est traduite par un renouveau des différents sites. Jadur Gamel semble avoir été un des plus anciens monastères de Sharkhog, réputé pour son érudition et ses pratiques de haut niveau. Au cours de son histoire, le monastère a connu trois établissements différents, chacun correspondant à une étape de son développement.
– Le premier monastère est celui de Tsabtsa Göntha également appelé vieux Gamel, fondé en 1378.
– Le second est Jadur Gamel ou Gamel supérieur car bâti sur les flancs du mont Jang Jadur. La date de fondation est incertaine mais se situerait il y a 300 ans (donc au XVIIe siècle).
– Le troisième est Gamel Gönog ou Gamel inférieur car bâti dans la plaine en contrebas de la montagne en 1854. Il a été détruit en 1959, l’enseignement du bön disparaissant totalement en 1966.
– Le quatrième et dernier site, Tönpa Gönpa ou nouveau Gamel, a été bâti au même endroit que le précédent lors de la libéralisation des années 1980. Pour l’anecdote, comme il a été construit avant que son prédécesseur ne soit rebâti, il a été inscrit auprès de l’administration sous le nom de ce dernier, le privant donc de toute reconnaissance officielle (et suscitant donc un conflit durable entre les deux monastères). L’abbé du monastère a d’ailleurs parfois été obligé de prendre femme afin d’assurer la pérennité de la famille.

Les sources indiquent que la direction du monastère suivait celle de la famille Khyung-nag (Khyung noirs) : l’abbé du premier étant presque toujours le frère du chef de clan et transmettant son siège à son neveu.

Le Sharkhog. Les trois sites de Gamel sont en bleu.

Comme l’explique l’auteur, le bön s’est développé dans la région au XIe siècle et s’est diffusé au Sharkhog au début du XIIe siècle. Si la date de fondation attribuée au monastère est raisonnable, celui-ci n’est peut-être pas le plus ancien de la vallée, les sources ne concordant pas (querelles de chapelles oblige), il est difficile de l’affirmer. De même, Gamel affirme avoir maintenu une continuité au sein de la lignée monastique familiale et dans ses enseignements. Hors ça ne peut être vrai qu’à petite échelle (village ou maisonnée). Les grosses communautés bönpo ne sont apparues qu’aux XVIIe-XVIIIe siècles. Le formidable essor de cette période résulte de l’explosion du commerce frontalier dont les Sharwa détenaient le monopole en tant qu’intermédiaires. Ceux-ci échangeaient le thé chinois contre le sel, la laine, le musc et d’autres produits venus du Tibet. Les surplus dégagés permirent ainsi aux habitants de financer les monastères (à la différences des monastères bouddhistes qui tiraient leurs revenus de leurs propriétés foncières, les bönpo tiraient les leurs des dons, du paiement des rituels et de leur activité bancaire). Gamel a su maintenir des liens à la fois avec le Tibet et avec la Chine. Le Tibet voyait les moines effectuer pèlerinages et formations auprès de maîtres prestigieux. Les relations avec la Chine étaient ambiguës : au prestige qu’on tirait de ses relations avec la cour et l’administration chinoise pouvait succéder la guerre ouverte.

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