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Canons bönpo et canons jésuites : quelques facteurs sectaires liés à la seconde expédition de la Rivière d’or de 1771-1776 de l’empereur Qianlong, à partir de certaines sources tibétaines / Dan Martin 01/06/2009

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Et ben ça c’est du titre clair et concis ! Si ça peut intéresser quelqu’un, Dan Martin est aussi l’auteur du blog Tibeto-logic. Derrière ce titre muni d’un calembour (en anglais : canon = canon religieux, cannon = canon militaire) se trouve une étude portant sur les rivalités religieuses qui accompagnèrent (et motivèrent en partie) la deuxième guerre du Gyelrong (Jinchuan en chinois, ce qui signifie Rivière d’or) de 1771-1776.

La première moitié du XVIIIe siècle vit l’influence chinoise au Tibet s’affirmer de plus en plus au point de susciter un soulèvement mené par le régent du moment en 1750. Celui-ci aura un tel retentissement qu’il masquera complètement la première guerre du Gyelrong de 1747-1749 pendant laquelle la Chine tentera en vain d’imposer sa volonté aux petits royaumes de la région (voir chapitre précédent). Moins de 30 ans plus tard, les mêmes trublions (Rabten et Tsenla, encore) recommenceront à se chamailler et obligeront l’empereur Qianlong à intervenir. À première vue, on pourrait croire qu’il ne s’agit là que d’une affaire strictement chinoise car depuis 1725, le Kham ou Tibet oriental est partagé entre le Tibet central administré par les Dalaï-lamas et la Chine de la dynastie Qing. La partie orientale de la région est donc administrée par les roitelets intégrés (avec difficulté) à la structure mandchoue, privant Lhassa d’influence politique. Jusqu’au XXe siècle, la capitale tibétaine compensera ce manque en s’appuyant sur le réseau de monastères de l’école Gelug dans la région. Hors, et c’est tout l’intérêt de ce chapitre, les moines bouddhistes Gelugpa ne sont pas forcément en terre amie puisque le Gyelrong est un bastion du bön, religion indigène tibétaine, et où toutes les autres écoles tibétaines prospèrent. En effet, avec le temps, l’école Gelug vit son pouvoir croître en même temps que celui du Dalaï-lama et commença à entrer en conflit avec les écoles qui lui tinrent tête (notamment les Karmapa). Le meilleur moyen d’éradiquer les menaces était donc la conversion forcée ou la destruction des monastères rivaux en recourant à la force militaire de puissants protecteurs.

Revenons un peu en arrière. Rölpe Dorje (1717-1786) est reconnu comme la nouvelle incarnation du Changkya Huthugthu (l’orthographe du titre est plus que fluctuante !) quand, à sept ans, son monastère est rasé par les troupes chinoises qui le ramènent à Pékin. Là, il reçoit une éducation polyglotte (tibétain, chinois, mandchou, mongol, sanskrit, lui-même étant apparemment monguor). Après une courte visite au Tibet, il devient le plus haut dignitaire du bouddhisme tibétain de la cour grâce au nouvel empereur Qianlong. Il travaille beaucoup sur la traduction de textes en mandchou, fonde une université monastique et un monastère pour Mandchous et devient un proche de l’empereur. Sa position lui permit certainement de l’influencer en faveur de l’école Gelug dont il fait partie. Il sera ainsi mis à contribution pour traduire des cartes de la région et surtout pour célébrer des rituels de destruction à l’encontre du roi de Rabten. Ses adversaires virent fondre sur eux des masses de flamme accompagnées de coups de tonnerre et d’éclairs qui les poussa à se soumettre. Concrètement, les bönpo découvrirent (un peu brutalement, certes) des canons construits par le jésuite portugais Felix da Rocha (1713-1781). Les auteurs tibétain ne manquent pas de rappeler que les empereurs de Chine sont considérés comme des émanation de Manjushri, bodhisattva de la sagesse (les Mandchous eux-même s’associent à ce personnage, peut-être du fait de la quasi homophonie), et qu’ils ne peuvent donc agir contre le bouddhisme. S’ils s’en prennent aux bönpo, c’est que ceux-ci ne pratiquent pas la bonne religion (CQFD…). Une fois les dernières résistances écrasées, les monastères bönpo sont alors rasés et transférés de force aux Gelugpa.

Rölpe Dorje enseigne à Qianlong que s’il existe différentes tradition bouddhistes au Tibet, certaines se sont éloignées des enseignements originels, et que seule la lignée Gelug est inégalée. Qianlong émet alors un édit louant celle-ci et arguant qu’elle devrait l’école la plus importante. Certains moines le prirent à tord comme une incitation à la destruction des autres écoles, mais ce n’était pas l’intention de Rölpe Dorje qui maintenait de bonnes relations avec elles. Comme le conclut Dan Martin, l’ironie c’est que les Gelugpa ont pu s’imposer grâce à des canons jésuite, que le coût de cette guerre saigna les finances impériales au point que la dynastie n’atteindrait plus jamais le même niveau, et surtout que Rölpe Dorje réussit à transformer une défaite bönpo et un désastre financier chinois en victoire religieuse pour son école.

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