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Une brève introduction à la première guerre du Jinchuan / Roger Greatrex 27/05/2009

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Voilà un article fort intéressant qui traite d’un pan de l’histoire sino-tibétaine dont je n’avais jamais entendu parler. Le Jinchuan dont il est question est en fait le nom chinois du Gyelrong, région limitrophe de la Chine proche de Chengdu à l’époque majoritairement adepte du bön et pas encore du bouddhisme. Cette histoire doit être connue en Chine sous le nom de « la fois où s’est fait niquer la gueule pour un résultat nul à cause de ces petits connards planqués dans leurs tours à la con ». Car en effet, la région a connu un conflit plus important que les autres entre 1747 et 1749 opposant la Chine gouvernée par la dynastie mandchoue des Qing aux roitelets de Rabten et de Tsenla. En effet, ces deux conflits coûtèrent plus cher que toutes les autres opérations qui se déroulèrent pendant le règne de l’empereur Qianlong : plus de 8 millions de taels pour l’un et plus de 53 millions pour l’autre (contre 9 millions pour la campagne de Birmanie des années 1760).

Qianlong (1711-1799), quatrième empereur Qing - Wikicommons

Qianlong (1711-1799), quatrième empereur Qing - Wikicommons

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le Rabten n’avait rien d’un ennemi puissant et menaçant. Ce petit royaume était avant tout un pays pauvre au climat rude (il y neige en été !) et au relief escarpé rendant les communications difficiles. Il apparait dans les chroniques chinoises sous un jour favorable puisque son seigneur, Lobpön (titre religieux, son nom étant inconnu) aidera la Chine à réprimer un soulèvement populaire. Si ce dernier connait de nombreux conflits avec ses voisins, c’est qu’ils font partie des rapports de voisinage habituels où des escarmouches périodiques se terminent avec l’arrivée de l’hiver ou parce que les parties sont (temporairement) parvenues à un accord. Du reste, le Rabten ne doit pas compter plus de 50 000 habitants (20 à 30 000 pour le Tsenla), population qui ne lui permet de ne mobiliser que 800 hommes quand ses plus puissants voisins en ont 1 300… Les rois locaux se marient entre eux et fondent leurs alliances sur des considérations de parenté. Entre 1745 et 1747, Lobpön annexe quelques villages voisins puis profite du mariage de sa fille avec le roi de Tsenla pour remplacer ce dernier par son frère, soulevant une levée de bouclier chez ses voisins. Ces deux actes sont les causes officielles de l’intervention chinoise.

À l'ouest du Gyelrong, le Dradül où les brigands ayant attaqué des soldats se sont réfugiés.

Bien qu’ils fassent appel à des troupes locales, les Chinois ne peuvent compter sur elles. En juin 1747, il y a déjà 20 000 hommes au Gyelrong. Après une progression rapide, la campagne se détériore vite car les tours de guet du Rabten sont en pierre (et non en bois comme au Dradül) et imprenables. Il est nécessaire de recourir aux canons, mais des neiges estivales et des pluies torrentielles retardent les opérations. Le principal camp chinois est ainsi entouré de plus de 300 tours, chacune nécessitant une centaine d’hommes pendant quinze jours pour s’assurer de sa prise et de sa destruction. La tâche est insurmontable car dès que les Chinois quittent une tour, celle-ci est rapidement reconstruite. Les Tibétains utilisent des catapultes et détournent les cours d’eaux pour détruire remparts et fortifications chinoises. De plus, le camp chinois est divisé, ses dirigeants ne s’entendant pas et agissant de manière autonomes (aidés en cela par les espions de Lobpön leurs servant de conseillers). En mars 1748, on est à court de canons opérationnels, de matériel et d’artisans pour les réparer. On doit creuser sous les tours pour y placer des explosifs. Le tiers des Chinois est blessé, beaucoup ayant déjà reçu quatre ou cinq blessures. Face à cette situation, le responsable chinois décide de négocier. La chose est aisée car ses adversaires sont en position précaire.

Des tours du Gyelrong © Jamyang Norbu

Des tours du Gyelrong © Jamyang Norbu

Les opérations s’arrêtent lorsqu’on découvre que le roi de Dradül était caché plus à l’ouest. L’empereur souhaite que les combats ne se prolongent au-delà de mi-mai, et Lobpön se rend en mars. L’empereur adopte une attitude de conciliation et reconnait que Lobpön et ses alliés ont fait amende honorable. Le traité présenté aux rois du Gyelrong ne mentionne aucune punition pour le Rabten ni même la destruction de tours. Lobpön offre 10 000 onces d’argent, qui sont refusées, et adopte une attitude de soumission. Le roi de Dradül, capturé, n’est pas plus inquiété. Cruauté du sort, les perdants sont les divers responsables des troupes chinoises qui seront presque tous exécutés pour incompétence, gaspillage des ressources impériales, lâcheté ou mensonge.

Commentaires»

1. Le manchou, une langue injustement négligée | Panchronica - 28/09/2016

[…] aux langues gyalrong, le mandchou présente un intérêt direct, car en raison des guerres du Jinchuan, on dispose de plusieurs documents historiques en mandchou qui contiennent des informations […]


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