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Lajang Khan, le dernier souverain Qoshot du Tibet (1705-1717) / Luciano Petech 21/05/2009

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Cet article présente la vie politique tibétaine de l’extrême fin du XVIIe siècle et du début du XVIIIe, dominée par Lajang Khan (Lhabzang Khan en tibétain). Ce dernier prend la tête des Mongols Qoshot en 1703 dans un contexte particulier. En effet, si son ancêtre Gushri Khan avait laissé le pouvoir religieux puis temporel au Ve Dalaï-lama et à ses régents, la mort dissimulée de ce dernier par son régent Sangye Gyatso et plus encore la découverte d’un successeur refusant de porter la robe provoqua des remous jusqu’en Chine. Quand il accède au pouvoir, Lajang Khan se révolte contre le déclin de son clan et s’intéresse donc à la situation au Tibet. En 1705, le régent propose au clergé de liquider Lajang mais se heurte à l’opposition des moines de Drepung qui conseillent au mongol de fuir. Il s’exécute mais revient accompagné de troupes. Sangye Gyatso mobilise alors les troupes tibétaines qu’il groupe autour de Lhassa. Lajang peut donc avancer et affronte les Tibétains au nord de Lhassa. Battu, le régent abandonne en échange de la promesse de la vie sauve en exil. Pas de chance, la femme de son vainqueur le fait arrêter et mettre à mort. Lajang commence alors son règne par quelques actes de violence : il se débarrasse d’un des abbés de Sera, le monastère échappant de peu à la destruction, et fait fouetter et emprisonner des opposants. Cette sévérité s’explique par la situation inconfortable de Lajang : il a certes éliminé le régent, mais le VIe Dalaï-lama est intouchable. Bien qu’indigne de sa fonction, il reste légitime aux yeux de la population.

Lajang Khan - Wikicommons

Lajang Khan - Wikicommons

N’étant pas assez fort, Lajang doit chercher le soutien de l’empereur de Chine alors tourné contre les Mongols Dzoungares. Si ceux-ci ralliaient le Dalaï-lama à leur cause, les princes Mongols auraient pu réexaminer leur loyauté envers la Chine. L’empereur approuve donc les actions de Lajang et lui décerne des titres pour le soutenir contre le Dalaï-lama. La prudence est toutefois de mise. Lajang tente d’obtenir des grands lamas le désaveu du Dalaï-lama. Face à leur refus, il passe à l’action, le dépose et l’envoie immédiatement vers Pékin. C’est en arrivant devant le monastère de Drepung que la foule attaque l’escorte et libère le Dalaï-lama puis le ramène dans le monastère voisin. Les troupes de Lajang reviennent pourtant avec de l’artillerie. Pour éviter un massacre, le Dalaï-lama finit par se livrer prisonnier, ce qui n’empêche pas le monastère d’être mis à sac. Il repart vers la Chine en passant par Xining et meurt près du lac Künganor en 1706 (si la rumeur populaire croit au meurtre, les sources tibétaines et chinoises évoquent la maladie). Lajang trouve alors un Dalaï-lama fantoche qu’il installe au Potala, ce qui divise les Qoshot. Face au mécontentement, l’empereur envoie une mission au Tibet pour ramener l’ordre. Il comprend toutefois que la politique de Lajang est vouée à l’échec sans son soutien et ordonne l’installation du faux Dalaï-lama.

Lajang a pourtant commis une erreur : si le VIe Dalaï-lama était peu respecté, il restait légitime aux yeux des Tibétains, lesquels détestaient qu’on intervienne dans le mode de succession. La situation devient tendue quand la nouvelle de la découverte du VIIe Dalaï-lama à Lithang se répand. Celle-ci atteint la région du Kokonor où certains Qoshot y voient un moyen de nuire à leur parent Lajang. Deux chefs affirment qu’il est la réincarnation du Vie Dalaï-lama, ce qui oblige Lajang à réagir. Il envoie deux missions enquêter sur l’enfant, mais le père de ce dernier se méfie de la seconde et met son fils à l’abri. Les chefs Qoshot, réunis en assemblée, demande à l’empereur de Chine de le reconnaître. Celui-ci demande d’abord au Panchen-lama s’il reconnait l’enfant ou non, ce qui n’est pas le cas. Le jeune garçon et son père doivent donc rester dans un monastère des confins. Cette décision ne convient pas aux Qoshot et on frôle un conflit armé, évité par l’envoi de troupes chinoises. Face à l’interruption des dons des princes Mongols aux grands monastères, le Panchen-lama mène une mission de conciliation. Les chefs opposés à Lajang obtiennent de l’empereur que le Dalaï-lama soit placé au monastère de Kumbum.

La situation est un échec pour Lajang Khan. S’il conserve le soutien de la Chine jusqu’à la fin, sa politique religieuse lui cause du tord. En effet, la présence de missionnaires italiens à Lhassa et l’apparente bienveillance qu’il leurs témoigne suscite l’hostilité du clergé. En plus de cette hostilité durable qui nuit à son pouvoir, Lajang se heurte à l’hostilité partielle de l’aristocratie écartée du pouvoir et souhaitant s’affranchir de toute tutelle étrangère. Cette hostilité n’est pas totale car les nobles du Tsang sont globalement favorables au pouvoir mongol alors que ceux du Ü partagent l’opposition du clergé. De plus, la politique de Lajang reste soumise à l’autorité chinoise. Quand il tente d’agir seul en envahissant le Bhoutan voisin en 1714, la situation ne tourne pas à son avantage et il doit ordonner le repli. Au début de 1717, Lajang est donc dans une situation difficile qui voit l’influence directe de la Chine dans les affaires tibétaines se faire de plus en plus forte. Cette tendance est brutalement interrompue (en même temps que la vie de Lajang) par l’invasion des Mongols Dzoungares.

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