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Les Dalaï-lama et régents du Tibet : une étude chronologique / Luciano Petech 11/05/2009

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Cet article répond assez bien au précédent dans la mesure où il s’attarde particulièrement sur les régents du Tibet, dirigeants réels du pays, surtout aux XVIIIe et XIXe siècles.

La fonction de régent (desi, depa ou sikyong) est créée en 1642 quand Gushri Khan remet le Tibet au Ve Dalaï-lama. Si on considère que la fonction est celle d’un administrateur gérant les pouvoirs spirituels et temporels du Dalaï-lama en son nom, on peut voir trois périodes dans l’histoire tibétaine :
– De 1642 à 1706, le régent est un administrateur civil et politique exerçant le pouvoir temporel du Dalaï-lama en son nom.
– De 1706 à 1717, période suivant l’exil et la mort du VIe Dalaï-lama, il n’y a qu’un chef d’État qui ne reconnait que la suzeraineté de la Chine, le nouveau Dalaï-lama n’étant pas encore accepté par celle-ci. Pendant l’exil de ce dernier, il n’y a q’un repréentant disposant de pouvoirs spirituels et disciplinaires.
– Après 1757, le régent n’exerce plus que des pouvoirs séculiers et disciplinaires (pour la partie religieuse). Il est en poste pendant les minorités et ne peut être qu’un moine choisi parmi un nombre restreint de dignitaires religieux.

En 1642 donc, Sönam Chöphel (?-1658) est nommé régent peut-être même avant la donation du Tibet au Ve Dalaï-lama. Celui-ci fera la jonction entre lui et ses successeurs Trinle Gyatso (?-1668) puis Lobzang Thutob qui sera contraint d’abandonner sa charge à cause d’un scandale impliquant une nonne. Conservant le soutien des moines de Sera, Drepung et des officiels, il ne sera pas poursuivi. Lobzang Jinpa, ancien intendant du monastère du Potala, démissionne aussi vite pour se retirer en méditation. C’est à ce moment qu’apparait Sangye Gyatso, neveu de Trinle Gyatso, qui lui succède en 1679 et fait des dégâts en dissimulant la mort du Dalaï-lama. Attaqué par Lhabzang Khan, chef des Mongols Qoshot, il fuit mais est capturé puis exécuté sur l’ordre de la femme de ce dernier en 1705. Légalement, il n’était plus régent depuis qu’il avait transmis le titre à son fils aîné tout en conservant le pouvoir réel, peut-être à cause du refus du VIe Dalaï-lama de rentrer dans les ordres. Son fils est donc démis et exilé.

Après le conflit opposant Tibétains, Mongols Qoshot, Mongols Dzoungares et Chinois (voir article précédent), les Chinois ne reconnaissent pas tout de suite le VIIe Dalaï-lama dont le pouvoir est limité à la religion. Exilé avec son père par le noble Phola Sönam Tobgye, le Dalaï-lama peut toutefois nommer un vice-régent pour les questions disciplinaires. Jigme Yeshe Dragpa reste en fonction jusqu’au retour du Dalaï-lama en 1735. À la mort du fils de Phola, il gouvernera assisté de quatre ministres. Après sa propre mort en 1757, le conseil des ministres (kashag) gouverne nomme le supérieur du monastère de Demo, Ngawang Jamphel Deleg Gyatso, résidant au monastère de Tengyeling à Lhassa. Il reste en fonction jusqu’en 1777 non sans désigner un nouveau régent avec les Dalaï-lama et Panchen-lama. Ngawang Tsultrim avait été envoyé pendant quinze ans à Pékin pour être le tuteur de l’empereur et jouissait de sa confiance. Il arrive à Lhassa en 1777 et entre en fonction l’année suivante. Il sera choisi par le clergé pour devenir également le LXIe Ganden Tripa (supérieur de l’école Gelug, ce que ne sont pas les Dalaï-lama) pour sept ans.

Le Dalaï-lama ayant atteint sa majorité en 1781, le régent peut enfin retourner en Chine. Le jeune souverain ne brille pourtant pas et face à l’invasion des Gurkha du Népal, il se montre incapable et indécis. La tension redescendue, l’empereur nomme régent le supérieur du monastère de Kündeling, Tatsag Tülku Yeshe Lobzang Tenpe Gönpo. La situation ne s’améliore pourtant pas car le Dalaï-lama est aussi pieux que crédule et dépourvu d’autorité. De plus sa famille à commencer par son frère harcèlent les commerçants et exploitent les pèlerins avec le soutien du régent. Pékin finit par les exiler et convoquer celui-ci en 1790, obligeant Demo à revenir au Tibet avec la mission de réorganiser les relations entre le Dalaï-lama et les ministres. Sa mort au bout de trois mois permet à Kündeling de revenir, Pékin n’ayant pas le choix. Il gouverne donc pendant la guerre contre le Népal et reste après la réorganisation de 1793 limitant ses pouvoirs et ceux du gouvernement au profit des ambans (commissaires impériaux dépéchés par Pékin). À sa mort en 1810, c’est le nouveau supérieur de Demo, Lobzang Thubten Jigme Gyatso, qui est choisi et confirmé après la mort du IXe Dalaï-lama. Il entre pourtant en conflit avec Pékin en refusant de suivre la procédure chinoise de découverte du Dalaï-lama par tirage au sort, et insiste au coté de l’amban pour que Pékin reconnaisse l’enfant découvert à Lithang. Il est révoqué en 1819 et menacé d’arrestation s’il tentait de se rendre à Pékin pour défendre sa cause, ce qui n’empêche pas l’enfant choisi de devenir le Xe Dalaï-lama.

Les ambans nomment alors le supérieur de Tsomönling, Ngawang Jamphel Tsultrim. Il se maintient au pouvoir jusqu’en 1844, mais on ne sait pas grand chose de lui sinon qu’il a été déposé après plainte du kashag. Cette déposition suscite le soulèvement des moines de Sera qui le libèreront, mais il choisira de se constituer prisonnier et de se faire exiler. Le Panchen-lama tient les rênes pendant quelques mois avant de laisser la place en 1845 au supérieur de Reting, Ngawang Yeshe Tsultrim Gyeltsen qui reste en fonction jusqu’à la prise de pouvoir du XIe Dalaï-lama. Il doit toutefois revenir en 1856 à cause de la maladie puis de la mort de ce dernier. Ses pouvoirs ont toutefois été réduits puisqu’il n’est plus chargé que des finances du Ü (la région de Lhassa), le Tsang étant géré par le régent du jeune Panchen-lama. En 1862 un conflit éclate entre le régent et les moines de Drepung et Sera. La situation se bloque et dégénère en guerre civile, les moines prenant les armes. Reting fuit en Chine (où il sera sous le coup d’un mandat d’arrêt) devant la menace, les ambans chargeant le respecté ministre Shatra de calmer la situation. Shatra Wangchug Gyelpo prend sa succession mais meurt deux ans plus tard en 1864. Le nouveau régent, Lobzang Khyenrab Wangchug, est le tuteur du XIIe Dalaï-lama et n’a eu d’autre gros problème que la tentative de coup d’État orchestrée à partir du monastère de Ganden. La situation l’obligea à faire attaquer le monastère et exécuter le meneur. Il meurt en 1872 et n’est pas remplacé, le XIIe Dalaï-lama entrant en fonction.

C’est après la mort de ce dernier qu’apparait le Tsongdu ou assemblée générale ecclésiastique, qui nomme le supérieur de Kündeling, Ngawang Palden Chökyi Gyeltsen en 1875, puis celui de Demo, Ngawang Lobzang Trinle Rabgye en 1886. Le XIIIe Dalaï-lama entrant en fonction doit le faire arrêter pour conspiration, et il meurt de façon pas très naturelle. Le Tsongdu désignera encore le supérieur de Reting, Thubten Jamphel Yeshe Gyeltsen en 1934 mais celui-ci devra se retirer en 1941 et sera arrêté en 1947 pour conspiration. Le supérieur de Tagdrag, Ngawang Sünrab Drubthob Tenpe Gyeltsen sera choisi comme régent intérimaire (pléonasme !) en 1941 jusqu’à ce que le XIVe Dalaï-lama soit intronisé en 1950.

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