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Les Dalaï-lamas / Hugh Richardson 08/05/2009

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Super ce chapitre ! Comme tous ceux qu’il a écrit d’ailleurs. La simplicité du titre fait écho à son style clair et léger. Quoi qu’il en soit, Mister Richardson nous livre ici un compte-rendu de la lignée des Dalaï-lamas, de sa genèse, de ses représentants et des rapports au pouvoir qu’ils eurent (ou pas), ainsi que des circonstances historiques (quand même) auxquels ils furent confrontés. Lire aussi le billet sur le livre Les Dalaï-lamas : les 14 réincarnations du bodhisattva Avalokitesvara de Martin Brauen.

Dès le départ, les Dalaï-lama sont les créations des moines de l’école Gelug fondée par Tsongkhapa (1357-1419). Celui-ci cherchait à régéner le monachisme en remettant à l’honneur la discipline monastique, souvent mise à mal par les intérêts séculiers des différentes écoles et de leurs alliés laïcs. Cette attitude lui attire de nombreux adeptes et soutiens, tout particulièrement dans la région de Lhassa. Le maître et ses disciples fonderont ainsi les futurs grands monastères de Ganden (futur siège de l’ordre), Drepung et Sera. Avant sa mort, il confie la gestion du premier à l’aîné de ses disciples, auquel en succèdera un autre. Leurs successeurs immédiats sont aussi des disciples du maître, très respectés, mais ils ne sont pour autant que des primus inter pares. Face au vieillissement de ces aînés apparaît Gendün Drub (1391-1475) qui fonde le monastère de Trashilhünpo (futur siège des Panchen lama) en 1447. Étant le plus vaillant des disciples survivants, il devient le représentant de l’ordre jusqu’à sa mort. Peu après, un enfant né près du Trashilhünpo est considéré comme sa réincarnation et nommé Gendün Gyatso (1475-1541).

L’utilisation d’enfants réincarnés comme chefs d’école n’est pas une idée originale car plusieurs d’entre elles l’utilisent déjà comme les Karmapa. Les Gelugpa gardent à l’esprit que la transmission héréditaire des Sakyapa a débouché sur des luttes de clans, tout comme pour les Phagmodrupa et Drigungpa. Gendün Gyatso n’est pourtant pas immédiatement reconnu comme chef du monastère de son prédécesseur. L’hostilité des autres écoles l’oblige à fuir dans l’est du Tibet. Ce n’est qu’en 1517 qu’il peut revenir au Tibet central où il devient abbé de Drepung et Sera, confortant sa position de leader. La tradition lui attribue le souhait de revenir dans le corps d’un jeune homme. Un enfant est donc est vite reconnu et nommé Sönam Gyatso (1543-1588). Ses successeurs seront tous des enfants vus comme des réincarnations, objets de vénération et de points de ralliement souvent découverts au sein de familles influentes. Tous comme les Sakyapa s’étant alliés aux Mongols, le nouveau supérieur se rend en 1578 dans le nord-est du Tibet sur l’invitation d’un prince mongol de clan Tumed. Altan Khan le comble de cadeaux et lui décerne le titre de Dalaï-lama vajradhara (lama océan (au sens d’universel), détenteur de la foudre) ainsi qu’à ses deux prédécesseurs. Le Dalaï-lama gagne un champ de mission vierge de toute concurrence et un champion possible contre les rivaux de son ordre. Il meurt en 1588 sans jamais être revenu au Tibet. Avec un sens certain de l’opportunisme, sa nouvelle incarnation est découverte en la personne du petit-fils du khan par son propre père. L’enfant est nommé Yönten Gyatso (1589-1616). Ses parents le ramènent au Tibet avec force troupes, soulevant l’inquiétude des Tibétains, y compris les Gelugpa. Le jeune Dalaï-lama meurt jeune, peut-être empoisonné, et on découvre vite un nouveau successeur au Tibet central, manière d’éviter une nouvelle domination mongole.

Ngawang Lobsang Gyatso (1617-1682) vient d’une famille suffisamment puissante pour que les Karmapa tentent d’en faire un des leurs. La menace Tumed est écartée, ceux-ci ayant été écrasés par le clan rival des Qoshot. Leur chef Gushri Khan se laisse persuader par le conseiller du Dalaï-lama d’envahir le Tibet et d’écraser le prince du Tsang, soutien des Karmapa. Il n’y arrive qu’avec difficulté et doit faire face à une résistance durable. Une fois le calme rétabli, il fait du Dalaï-lama le dirigeant spirituel du Tibet. S’il n’a pas le prestige des anciens empereurs mongols de Chine, lui réside au Tibet jusqu’à sa mort. Il semble qu’il n’ait pas cherché à dominer et qu’il ait au contraire cherché à étendre l’autorité du Dalaï-lama sur un territoire jamais aussi étendu et unifié depuis le IXe siècle. La suprématie de ce dernier est rapidement reconnue, seuls ses rivaux Karmapa ayant particulièrement souffert. C’est un véritable homme d’État qui développe seul sa politique. Néanmoins, sa mort marque le début de nombreux problèmes. Craignant des troubles interrègnes, le régent la fait passer pour une retraite spirituelle, le jeune Tsangyang Gyatso (1683-1706) étant élevé en secret. Fait singulier, celui-ci est le seul de la lignée qui refusera d’entrer dans les ordres, préférant la poésie, l’alcool et les femmes aux prières. Il n’en conservera pas moins l’affection du peuple et des moines. Le régent cherche à s’allier aux Mongols Dzoungares et aux vestiges de la dynastie Ming réfugiés dans le Yunnan. C’est un camouflet pour la dynastie mandchoue des Qing au pouvoir en Chine depuis 1644. Les choses auraient pu en rester là si l’héritier des Qoshot n’avait pas décidé d’assumer pleinement son titre de roi du Tibet. Il dépose donc le Dalaï-lama avec le soutien de la Chine et le déporte en Chine. Pour éviter un bain de sang, celui-ci décide de s’exiler volontairement. Il meurt pourtant en route en 1706, soulevant la suspicion envers la Chine qui déshonora son cadavre.

Les Qoshot tentent de nommer un 6e Dalaï-lama fantoche, mais les Tibétains trouvent l’incarnation du 7e : Kelzang Gyatso (1708-1757). De plus, les monastères provoquent l’intervention de leurs rivaux Dzoungares. Ceux-ci cherchent à s’emparer de l’enfant mais sont devancés par la Chine. Après s’être débarrassés des Qoshot, les Dzoungares se retournent contre les Tibétains, pillant et tuant à qui mieux-mieux. La Chine intervient sous le prétexte de rétablir la jeune incarnation et instaure un protectorat sur le pays. Les intrigues auxquelles prend part le père du Dalaï-lama provoquent leur bannissement pour plus de dix ans par le régent du moment. Les familles des souverains seront dès lors exclues de tout poste à responsabilité. Le régent dirige le pays sans troubles particuliers pendant vingt ans, et le Dalaï-lama pend enfin le pouvoir quand le fils autoritaire de ce dernier meurt. Il gouverne alors avec succès pendant sept ans, ancrant définitivement l’idée de supériorité du gouvernement religieux, les seigneurs laïcs s’étant discrédités. Pourtant, il faut maintenant attendre plus de 150 ans avant qu’un Dalaï-lama ne règne réellement. Jamphel Gyatso (1758-1804) se réfugie dans la vie religieuse et ses rares actions politiques n’ont apparemment pas été brillantes. Ses quatre successeurs mourront tous trop jeunes ou peu après avoir été intronisés. Il s’agit de Lungtok Gyatso (1806–1815), Tsultrim Gyatso (1816–1837), Khedrup Gyatso (1838–1856) et Trinle Gyatso (1857–1875)

Thubten Gyatso (1875-1933) est investit à vingt ans au lieu de dix-huit (le régent et son frère suscitant la méfiance). Le nouveau dirigeant, bien qu’assez compétent et mû par la volonté de défendre les intérêts du payx, est aussi un homme autoritaire et colérique. Impliqué malgré lui dans le Grand Jeu opposant Russie et Grande-Bretagne, il doit fuir en Chine puis en Inde face à des expéditions britanniques puis chinoises. Revenu au pays en 1913 à la faveur de la Révolution chinoise, il tente d’introduire des pratiques nouvelles, mais est pris entre deux feux. D’un coté le gouvernement indien ne l’a pas aidé à affirmer son indépendance à un moment clé de l’histoire du pays, de l’autre il se heurte au conservatisme des grands monastères. Alors qu’il a atteint un stade de pouvoir jamais atteint par ses prédécesseurs, il découvre qu’il ne peut malgré tout aller contre leur volonté. Frustré, il se retire de la vie politique et se repose sur des favoris. Il a toutefois marqué le pays au point que même après sa mort, les représentants du gouvernement préféreront repousser une décision plutôt que de devoir en rendre compte auprès de son successeur. Tenzin Gyatso (1935-?) n’est pas vraiment inquiété par les troubles politiques habituels, mais est hâtivement intronisé en 1950 à l’âge de 15 ans et doit partir en exil en 1959.

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