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Remarques sur le Mani Kambum et le culte d’Avalokiteshvara au Tibet / Matthew Kapstein 13/04/2009

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Pas passionnant ce chapitre. Matthew Kapstein nous présente ici le Mani Kambum, un des terma (texte religieux « caché » puis redécouvert) les plus répandus au Tibet. L’ouvrage est un ensemble hétérogène de textes attribués à l’ancien empereur Songtsen Gampo. Ils parlent principalement du culte au bodhisattva Avalokiteshvara (le « seigneur qui écoute les appels »). Comme tous les terma, le Mani Kambum fut découvert en plusieurs étapes par trois tertön (découvreurs de trésors) sur une période d’un siècle à compter du milieu du XIIe siècle. Cela représente une masse de 700 feuilles en deux volumes, divisée en trois cycles : cycle des sutras, des réalisations, des préceptes auxquels est parfois rajouté un texte sur la révélation de l’invisible. Le Mani Kambum développe une vision particulière du Tibet et de sa place dans le monde. Deux éléments sont fondamentaux : l’idée qu’Avalokiteshvara est le saint-patron du Tibet, et qu’il est associé à Songtsen Gampo (ce dernier étant une de ses manifestations terrestres). Ces éléments sont d’ailleurs considérés comme une loi de l’univers et non comme le fruit de l’histoire.

Si les historiens tibétains attribuent l’introduction du culte d’Avalokiteshvara à Songtsen Gampo, les savants occidentaux sont nettement plus prudents et doutent qu’il ait pu apparaître avant le XIe siècle. Pourtant, l’histoire de la traduction de textes bouddhistes nous informe que des textes indiens et chinois étaient disponibles au Tibet dès 812. L’école la plus ancienne, celle des Nyingmapa qui affirme représenter une tradition non interrompue depuis la première introduction du bouddhisme (et donc possédant sûrement les textes les plus anciens), ne lui accorde que peu d’attention. Ce n’est qu’à l’apparition du Mani Kambum que le bodhisattva prend une importance considérable. De fait, la première grande figure à le promouvoir fut le maître Atisha, mais Avalokiteshvara n’est évoqué comme le saint-patron du pays qu’à la fin du XIe siècle.

L’association du personnage au premier empereur historique est une croyance tardive destinée à renforcer le bouddhisme et donner plus de poids à Avalokiteshvara. Ce mythe n’est développé qu’au XIIIe siècle, au point que la cour impériale devienne un Camelot tibétain (dixit l’auteur). Le bodhisattva passe alors pour un deux-ex-machina intervenant quand la situation l’exige, que ce soit dans le passé, le présent ou le futur. De plus, le thème du roi religieux diffuse l’idée que les affaires temporelles doivent être confiées aux religieux. Quand le pays connaîtra une unité relative au XVIIe siècle, ce sera sous l’autorité d’une émanation d’Avalokiteshvara (le Ve Dalaï-lama) se faisant bâtir un palais portant le même nom que celui du bodhisattva.

Le Mani Kambum reprend vraisemblablement des idées présentes au moins depuis le IXe siècle, à savoir qu’Avalokiteshvara est la divinité principale du pays. S’il n’est au départ qu’un bodhisattva parmi d’autres, à terme il occupe la place centrale, au point que le Tibet lui-même ne soit qu’un des aspects de son activité créatrice.

L’œuvre est très particulière car elle n’a pas de plan d’ensemble ni de cohérence interne : elle n’explique pas les événements du monde réel mais propage le culte d’Avalokiteshvara et son mantra à six syllabes (le très célèbre Om mani padme hum). Le but est de montrer que ce culte est le plus efficace, surtout pour les Tibétains. Les éléments évoqués ci-dessus n’occupent pourtant que le tiers de l’œuvre, le reste traitant de systèmes de méditation. Les sections doctrinales font appel à une variété de systèmes selon les besoins. Apparemment incohérent, l’ensemble ne sert qu’à illustrer la doctrine d’Avalokiteshvara reposant sur les concepts de compassion et de vacuité. Bien qu’indivisibles sur le plan de l’illumination, celles-ci doivent être exposées de manière séparées afin de mieux percevoir leur unité sous-jacente.

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