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Tribut lama sous la dynastie Ming / Turrell V. Wylie 05/04/2009

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Voilà un article assez court mais très intéressant sur la politique que la dynastie Ming adopta envers les lamas tibétains. Pour rappel, lorsque les Mongols conquirent la Chine, ils y fondèrent la dynastie Yuan qui s’y maintint jusqu’en 1368. À cette date, les anciens envahisseurs furent jetés dehors par une rébellion dont le meneur devint le premier empereur Ming. Sa dynastie avait pour habitude d’inviter des lamas tibétains à la cour et de leur octroyer titres et cadeaux. M. Wylie explique que beaucoup d’auteurs chinois interprètent (article écrit en 1980) ces invitations comme un signe de continuité entre les deux dynasties, impliquant le maintien de la suzeraineté chinoise. Il s’agit pour lui de démontrer que ce raisonnement n’est pas valide.

Tout d’abord, il rappelle que les missions de tribut tibétaines ne peuvent être vues comme une marque de suzeraineté de la Chine sur le Tibet : les lamas en tiraient de si grands profits que la cour dut limiter celles-ci à cause de leur coût. De même, l’octroi de titres et de cadeaux ne peut être vu comme une reconduction chinoise des dignitaires précédemment nommés par les Mongols. Tout d’abord parce que ceux-ci furent nommés avant que la Chine soit conquise (il n’étaient donc pas des Tibétains au service de l’empire mongol de Chine), et surtout qu’il n’y a eu aucune continuité dans les titres. Les Yuan se reposaient entièrement sur l’école Sakya, dont les hiérarques occupaient la position de vice-rois du Tibet. Non seulement les Ming ne reprirent pas les titres utilisés jusque-là, mais en plus ils invitèrent d’autres lamas, quelles qu’aient pu être leurs écoles. Ainsi, si le hiérarque Phagmodru, nouvel homme fort du Tibet central, reçut le titre de Wang (roi), ce fut aussi le cas des hiérarques de Drigung, Tsedong et Ling. On ne peut voir ces titres comme une reconduction, d’autant plus que les mêmes Phagmodru avaient remplacés les anciens administrateurs nommés par Sakya (myriarques et chiliarques) par un nouveau personnel sans lien avec l’ancien pouvoir. Le titre précédemment attribué aux hiérarques de Sakya ne revint pas à leurs successeurs sakyapa, ni même aux nouveaux dirigeants, mais au Ve Karmapa qui n’avait jamais été myriarque pour avoir rejeté une invitation mongole.

Un contre-exemple intéressant est le cas de Chörje Shakya Yeshe. Disciple du réformateur Tsongkhapa (fondateur de l’école Gelug), il fut envoyé à la cour chinoise parce que son maître avait refusé d’y aller malgré plusieurs invitations. S’il reçut un titre identique à celui du hiérarque Phagmodru, les refus de son maître provoquèrent le bannissement de son école. Le nom de l’école et celui de son fondateur n’apparait donc pas dans les sources chinoises de l’époque : la politique impériale envers les lamas étant mal vue, divulguer publiquement ces refus auraient fait perdre la face à l’empereur.

Au XVIe sicle, l’empereur Jiajing (1521-1566) pratiquant le taoïsme humilia les lamas et tenta de supprimer le bouddhisme. Les visites de lamas s’interrompirent immédiatement (quelle surprise !). Ce changement brutal de politique a une explication très terre-à-terre. Il correspond à un renouveau mongol dans la région du Kokonor s’accompagnant de harcèlement contre la frontière chinoise. Les Mongols finissent par faire la paix, mais ils se tournent vers le Tibet et s’allient à l’école Gelug dont un représentant reçoit le titre de Dalaï-lama (3e dans la liste, deux prédécesseurs étant aussi comptés a posteriori). Son successeur (n°4) est opportunément trouvé parmi les descendant du khan mongol. Par la suite, les Mongols écraseront les opposants tibétains de leur protégé puis remettront le pouvoir spirituel et temporel à son successeur (n°5).

En fait de continuité avec leurs prédécesseurs mongols, les Ming montrent plutôt peu d’intérêt envers le Tibet. Pour M. Wylie, leur objectif était surtout de semer la dissension entre lamas par la corruption et d’éviter la restauration de la relation chö-yön avec leurs anciens ennemis Mongols. Une fois que cette dernière eut lieu, il n’est pas surprenant que la dynastie Ming cesse de distribuer titres et cadeaux et donc que les Tibétains ne fassent plus le voyage. De même, ce n’est pas une coïncidence si le lama ayant rétablit les liens avec les Mongols appartienne à l’école Gelug punie pour avoir refusé les invitations chinoises.

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